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Critique d'album

Jack White


Boarding House Reach


(23/03/2018 - - Blues rock - Genre : Rock)
Produit par

1- Connected by Love / 2- Why Walk A Dog? / 3- Corporation / 4- Abulia and Akrasia / 5- Hypermisophoniac / 6- Ice Station Zebra / 7- Over and Over and Over / 8- Everything You've Ever Learned / 9- Respect Commander / 10- Ezmerelda Steals The Show / 11- Get In The Mind Shaft / 12- What's Done is Done / 13- Humoresque
Note de 3/5
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Note de 2.5/5 pour cet album
"Le boucan excessif d'un prodige désaxé"
Benjamin, le 17/09/2018
( mots)

Ne serait-il pas temps de revenir sur le dernier album controversé de Jack White ? Sorti il y a six mois maintenant, le bidule avait tellement décontenancé la rédaction d'Albumrock que personne n'a eu le courage de le chroniquer. Pensez donc, le dernier vétéran du rock à l'ancienne, l'héritier légitime du riff qui tâche, amoureux transi du Delta blues et dernier espoir des fans de Led Zep, banni de ces pages ? C'est insensé. Sauf que voilà, le joli boxon qu'est Boarding House Reach ne s'appréhende pas facilement, comme le laissent entendre les brefs avis des chroniqueurs ci-dessous, et c'est peut-être là sa principale qualité. Un phénomène étrange caractérise la réception du disque : les fans sont dubitatifs, voire franchement déçus, tandis que les hermétiques sont intrigués. L'auteur de ces lignes n'ayant pas d’opinion passionnée pour le personnage, c'est avec sérénité que je m'en vais décortiquer ce Boarding House Reach.


De la part d'un incurable classiciste, c'est un disque pour le moins inattendu, et ce dès "Connected By Love", morceau d’ouverture et premier single. La composition aurait pu être une très charmante sucrerie soul à l’ancienne. Avec d’autres instruments, et un autre chanteur. Le bourdonnement d’introduction semble tout droit sorti du générique de Black Mirror, et l’essentiel de l’orchestration est dans le même registre, celui de la science-fiction pessimiste. La lamentation de Jack White s’intensifie, avec ce vibrato bizarre qui doit rendre fous ses détracteurs, puis c’est un orgue solennel qui débarque, alourdissant une structure minimaliste que relèvent des chœurs féminins, les seuls à ne pas faire la gueule ici. Le pont prog-rock sera l’un des rares clins d’œil rétro du disque. Sur le deuxième titre, le chanteur est plus intériorisé mais non moins contrarié. On le découvre antispéciste sur "Why Walk A Dog ?", pamphlet contre les laisses et les colliers au rythme ternaire plus pesant que le précédent. Des paroles qui peuvent également s’interpréter de façon allégorique, pour les allergiques au steak de soja. Dans les deux cas, Jack White a quelque chose à dire, et il n’a pas l’air de vouloir plaisanter.  La chanson est étrange, mais ça pourrait l’être encore plus, et sur ce point, la suite ne déçoit pas.


Car c’est à peu près là que les choses se compliquent. Très vite on va passer d’une certaine lourdeur rythmique à une hystérie décomplexée, brassant des tonnes d’idées musicales avec un sens de la démesure assez fascinant. Outre le parti pris électronique de Jack White, qui surprendrait davantage si la mode n’était pas autant vouée aux synthétiseurs 80’s, Boarding House Reach se caractérise par un bordel tonitruant, qui semble vouloir tirer dans tous les coins pour ne rater aucune cible. La métaphore balistique est d’ailleurs la bonne, car le Jack est colère et il veut régler ses comptes avec la Terre entière. Au premier abord, "Corporation" semble être un long instrumental s’articulant sur deux riffs de guitares et un bref gimmick vocal au timing comique. Mais passées les trois minutes, le chanteur fait un retour triomphal, hors d’haleine, sondant ses auditeurs :


« I’m thinking about starting a corporation / Who’s with me ? »


Autant vous dire tout de suite que la proposition sent l’arnaque à plein nez, et les impressionnants hurlements de hiboux qui suivent me confortent dans l’idée. Le tout dégage une ironie si cinglante qu’on se demande si, dans sa rage exubérante, Jack White ne serait pas un peu entrain de se payer ce p’tit jeune qui l’écoute, si si, lui là, assis sur un banc, avec sa clope roulée, son casque Marshall et son I-Phone 9, cet ignare complice du libéralisme décadent. Jack White a une punition toute trouvée, elle s’appelle "Hypermisophoniac" et elle porte très bien son nom. Un capharnaüm de sons désagréables qui, de l’aveu du compositeur, se voudrait une harmonie thérapeutique pour les allergiques aux bruits. C’est raté pour le coup, mais en revanche ça pourrait s’avérer très efficace pour faire fuir les squatteurs de fin de soirée. Toujours sur le terrain de l’expérimentation énervée, il y a ce fabuleux "Ice Station Zebra" qui ne choisit jamais son camp, un pied dans le bourrin binaire et l’autre dans le piano jazz. Mais au final, c’est peut-être le funk qui gagne, avec cette cocotte de guitare très connotée et ce chant rappé d’un autre âge. En parlant de fusion, le riff de "Over And Over" a quelque chose de Rage Against The Machine, et même le chant n’est pas si éloigné des inflexions de Zack De La Rocha. La fureur est bien là, mais ce sont les chœurs féminins, défoncés à l’autotune, qui volent la vedette, installant un contexte effrayant. Parfait prototype de chanson malade, "Over And Over" est peut-être bien le moment le plus ébouriffant du disque.


Souvent, Jack White s’égare remarquablement, concoctant des instrumentaux trop ambitieux, multipliant les arrangements sans queue ni tête, fragmentant ses compositions de séquences contradictoires. "Respect Commander" se permet même de lancer l’auditeur sur une fausse piste, avec ce riff initial, très Black Sabbath dans l’esprit, subitement décapité pour laisser place à une toute autre chanson, surchargée de détails assez réjouissants / aberrants selon les jours. Le rock a pris ses congés, Jack White l’a chassé brutalement après l’avoir courtisé pendant des décennies, il est de mauvais humeur, je vous dis. Ce qui rend l’album particulièrement énigmatique (et amusant) est bien la posture du chanteur, qui fait tout pour que son public lui en veuille. Et il lui en faudra du temps pour pardonner l’affront absolu qu’est "Get In The Mind Shaft", quatre minutes insensées où Jack commence par lire un extrait de son autobiographie inédite, avec un sérieux gênant, avant de nous jeter aux oreilles un spectaculaire florilège des sons numériques les plus ringards qu’il ait pu trouver, mention spéciale aux voix robotiques top tendances. Voilà, mes amis, vers quoi ça mène la nostalgie 80’s. Jack White pousse-t-il volontairement le vice dans ses derniers retranchements ? Il en a l’air, le bougre. S’il donne parfois le sentiment de se foutre du monde avec brio, on ressent surtout que c’est une colère terrible qui l’anime. Dans sa voix ulcérée, dans ses parties guitares nerveuses, dans ses choix esthétiques assumés, il répond à la violence d’une époque grotesque en utilisant les mêmes armes, pour le meilleur et pour le pire. Sur le siphonné "Everything You Ever Learned", il fait dans le discours politique illuminé, hurlant son ode au mérite avec une conviction si agressive qu’il sonne comme le Sergent instructeur de Full Metal Jacket quand une bagnole lui grille la priorité.


Hormis  l’hilarant "Get In The Mind Shaft", la dernière partie de Boarding House Reach se caractérise moins par son extravagance furieuse que par une incongruité plus discrète. "What’s Done Is Done" est un joli exercice country en duo avec la chanteuse Esther Rose, dont la seule originalité consiste en une boite à rythme peu attrayante, tandis que "Humoresque" est une berceuse piano/voix à laquelle il manque le zeste d’acidité qui parfume les autres morceaux. Plus intimiste, moins explicitement révolutionnaire, ce diptyque déçoit, dans la mesure où jusqu’ici, Boarding House Reach se permettait tout et n’importe quoi, et que c’est justement ce qui faisait son charme. Jack White se recroqueville dans son savoir-faire, épuisé par ses propres créations démentes, pour un final convenu qui souffre surtout du décalage avec le reste du disque. Il paraît soudain si vulnérable, craintif même, à bout de souffle après d’authentiques pétages de plombs musicaux, prêt à se retirer d’un monde de fou et à payer le prix de la solitude. « You people are totally absurd », conclue-t-il sur "Ezmeralda Steals The Show", et c’est probablement la phrase que l’on retient de ce Boarding House Reach. Inégal, épuisant, mais étrangement stimulant, c'est l'anomalie discographique d'un inadapté attachant, convaincu qu'il est le seul mec sensé de l'assemblée.

Avis de première écoute
Note de 2.5/5
"C'est un avion ? C'est un oiseau ? Mais non, c'est... Jack White en pleine descente !". Après avoir fait longtemps parler son génie à travers des mélodies simples faites avec intelligence et surtout un soin incroyable apporté au son, le génie de sa génération s'est dit que faire l'inverse pourrait être intéressant. Des mélodies d'une complexité phénoménale, brassant 42 influences par tranche de 30 secondes, sans aucun soin apporté à la production et surtout sans aucune direction artistique. L'égarement artistique de la décennie. Pourtant, il vous faut l'écouter. Il est d'ailleurs très injuste que nous devions lui donner une note, tant ce nouveau Jack White est clivant, et tant vous pourriez l'aimer alors que nous le détestons. Non franchement, allez-y. Ce matin. C'est un ordre.
Avis de première écoute
Note de 3.5/5
"Jack White, j'aime bien, sans plus". C'est ce que j'explique la plupart du temps à un fan de rock pour éviter de me faire empaler sur la place publique – alors qu'en vérité, White m'irrite proprement. Pour un tas de raisons, j'étais ainsi très impatient de détester ce disque pour enfin avoir des raisons légitimes de railler le personnage. Mais contrairement à mes camarades, je crois que je me suis accidentellement prit d'affection pour ce Boarding House Reach, certes désordonné en apparence mais finalement fascinant dans son frénétisme. Le premier tout de piste est en effet très déroutant, mais les suivants laissent entrevoir un groove discret qui s'installera au fur et à mesure des écoutes à partir de cette juxtaposition salvatrice de sons et d'idées. Un album difficile à appréhender donc, mais peut-être pas si inécoutable que ça. Et croyez-moi, ça me fait mal de dire ça.
Avis de première écoute
Note de 1/5
La blague de l'année. Si on peut louer la volonté de Jack White de sortir de son habituel blues-hard-rock et de prendre ses distances avec les White Stripes comme avec sa propre personne (deux albums solo plutôt réussis, quoique d'un classicisme confondant), si on peut se montrer intéressé par son envie d'expérimenter, de bidouiller, de pousser sa musique jusqu'à ses ultimes retranchements, il faudrait quand voir à ne pas oublier les auditeurs. Boarding House Reach est un ramassis de titres complètement foutraques, partant dans tous les sens, allant du rap au prog rock, du psyché au punk, sans aucun fil conducteur, sans liant, mais plus grave : sans chansons. On peine à retenir quelque chose de cet ensemble "bizarre" (c'est Jack qui le dit), éclaté, presque totalement dépourvu de mélodie. Et les rares morceaux pas trop barrés ne sont franchement pas à la hauteur ("Connected By Love", "On and On and On", anecdotiques). Que cet avis ne vous empêche surtout pas, chers lecteurs, d'aller écouter cet album tellement improbable, tellement extrême qu'il ne pourra pas vous laisser indifférent. Et je ne doute pas que certains d'entre vous en tomberont amoureux ! Mais cette fois-ci, ce sera sans moi, Jack.
Commentaires
Benjamin, le 29/10/2018 à 20:35
Cher Peter, ce qui est étrange avec ce disque, c'est que c'est justement au bout de plusieurs écoutes qu'il m'a paru mal fichu, légèrement irritant, pour tout vous dire. Franchement, les premières étaient intrigantes, assez excitantes même, j'étais très agréablement surpris d'entendre que Jack White se lâchait hors des carcans « rock », moi qui suis justement amateur de bizarreries sonores. J'avoue connaître peu Zappa, je n'ai écouté que Freak Out, le premier. En revanche j'adore Captain Beefheart, même si j'ai du mal à aller jusqu'au bout de Trout Mask Replica, c'est quand même l'un des rares disques ayant réussi à me faire sortir de mes gonds (Hair Pie : Bake 1 m'a fait pété une durite la première fois que je l'ai entendue), mais j’applaudis l'attentat sonore, y'a des grands moments. Bref, pour en revenir à Jack White, même si j'apprécie l'audace du geste, ainsi que quelques chansons(les quatre premières, Over and Over and Over, Ice Station Zebra... et quelques autres, c'est déjà pas mal), je trouve l'album très déséquilibré, avec quelques morceaux qui m'ont beaucoup moins plus, et une fin étrange en demi-teinte, deux chansons pas mauvaises en soi mais toutes timides, ce qui m'a donné l'impression qu'il n'allait pas au bout de sa démarche créative. Et effectivement, à la réécoute, ça m’a semblé de plus en plus lourdingue. Mais bon, c’est tout de même un disque sur lequel j’ai eu envie d’écrire, parce qu’il est curieux, il est intéressant. Il ne faut pas forcément se fier à la note, parce que si je me mets à écrire une chronique sur un album, c’est que je l’ai écouté plus d’une dizaine de fois, et que j’y accorde un intérêt certain.
Peter, le 17/09/2018 à 11:31
Pour qui s'est frotté plus d'une fois aux rythmiques assez complexes d'un Captain Beefheart ou d'un Frank ZAPPA, tout autant qu'aux vrombissements Zeppeliniens, cet album de Jack WHITE est d'une richesse de sonorités où l'analogique a la part belle, où les références aux White Stripes abondent (ce son de guitare "fuzzé" reconnaissable entre mille sur "Over And Over And Over"), où la pulsation de la batterie alliée à des percussions omniprésentes s'impose comme une sorte de motif essentiel à la bonne progression de "Corporation", et où on peut trouver des réminiscences "Princiennes" évidentes à "Ice Station Zebra" ... Certes, chercher un début de cohérence entre les différents titres s'avère une sacrée gageure, mais après 2 ou 3 écoutes, cet assemblage hétéroclite "passe" plutôt bien (abstraction faite des intermèdes sans grand intérêt que sont "Abulia And Akrasia", "Everything You've Ever Learned" et "Ezmerelda Steals The Show" ). On se retrouve tout de même, au final, avec une dizaine de titres où Jack WHITE fait la preuve d'une rare ouverture d'esprit au niveau musical (que d'aucuns interpréteront comme un effort solitaire "surfait"), susceptible de surprendre qui veut bien s'y immerger sans des oeillères de puriste sûr de son fait. Une écoute au casque permet d'en déceler toutes les richesses (notamment au niveau des claviers, où l'on s'aperçoit que les synthétiseurs ont une part négligeable dans le "son" général de l'album). "À bout de souffle après d'authentiques pétages de plomb musicaux" frise l'exagération ; prenez le temps de réécouter "Blunderbuss" et "Lazaretto", et vous y trouverez des incongruités "soniques" pas si éloignées que ça des digressions musicales "démentes" (je vous cite) rencontrées à l'écoute de "Boarding House Reach".
lucky56, le 05/06/2018 à 22:11
Prenez le temps d écouter cet album qui est une encyclopédie du rock et electro rock dans son ensemble. Aussi diversifié que riche.
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