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Critique d'album

John Frusciante


Curtains


(01/02/2005 - Record Collection - Guitariste des Red Hots ! - Genre : Rock)
Produit par John Frusciante

1- The Past Recedes / 2- Lever Pulled / 3- Anne / 4- The Real / 5- A Name / 6- Control / 7- Your Warning / 8- Hope / 9- Ascension / 10- Time Tonight / 11- Leap your Bar
Note de 5/5
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Note de 5.0/5 pour cet album
"Dernier disque de sa Record Collection, et un nouveau coup de maître pour Frusciante"
Maxime L, le 27/07/2020
( mots)

Rideau. Rideau sur cette fabuleuse suite de 6 albums enregistrés entre février 2004 et le 1er février 2005, date de sortie officielle de ce Curtains.  Mais plutôt que de fermer les rideaux pour clore ce chapitre, John Frusciante tire les rideaux de chez lui, ce disque étant enregistré dans son salon, et nous invite à nous poser, pendant 34 minutes suspendues, complètement hors du temps afin de vivre, de ressentir, sa musique de la façon la plus intimiste qui soit.


Car après le rock brut d'Inside of Emptiness, la pop délicate de Dc EP ou les expérimentations sonores de A sphere in the heart of silence  John Frusciante nous délivre un diamant folk, brut, intense et qui s'il n'est pas mon favori, est peut être le meilleur disque du guitariste américain.


Comme pour ses parutions précédentes, Curtains ne bénéficiera d'aucune promotion, sauf, et il s'agit là d'un fait rarissime et unique pour Frusciante : la sortie d'un vidéo clip pour ce qu'on pourrait donc appeler le "single" de Curtains : "The Past recedes".


C'est d'ailleurs ce morceau qui inaugure ce 9ème album solo. Et autant la qualité visuelle du clip est totalement subjective, autant la chanson en elle-même est une réussite intégrale. 4 accords simples qui tournoient et proposent une ritournelle folk acoustique en forme de renaissance pour le Phoenix de Santa Monica, dont "le passé se retire" littéralement et qui apparait en bonne forme, presque content d'être là, nous gratifiant d’un solo sobre, fort de ses bends mélancoliques et la sérénité de notre homme fait énormément de bien à voir, à entendre tant on sait qu’il revient des enfers.


Cette dualité dans son parcours semble d'ailleurs se retrouver aussi sur les visuels des disques de cette Record Collection", où les pochettes, dont les photos sont à chaque fois signées Lola Montes et illustrent ce va et vient entre enfer et rédemption. L'artwork de Curtains ne déroge pas à la règle, la photo reprenant une peinture flamande du XVIIème siècle de Jan Brueghel : "Enée et la Sibylle des enfers"


Musicalement, nous sommes dès le départ très loin des ambiances électroniques de l'album précédent, A sphere in the heart of silence ; et le contraste, s'il est saisissant, est délibérément voulu. Malgré ses futures errements électroniques, John Frusciante reste en 2005 un inconditionnel des méthodes analogiques, et Curtains est enregistré sur un simple 8 pistes, avec un son donc très organique, capté "live" depuis son salon, "il n'y a que moi assis sur un coussin, sur mon plancher, avec mon dos appuyé sur le canapé".


Et c'est ce qui fait une nouvelle fois tout le charme des 11 pistes. Mais cette spontanéité, cette simplicité, qui était déjà là sur le reste de la Record Collection, est ici poussée à son paroxysme. J'ai déjà maintes fois expliquer le délice tout à fait désuet d'avoir des pistes séparées entre gauche et droit, mais cela prend tout sens sur un morceau comme "Your Warning", très aérien, où l'on entend quasiment le mouvement des doigts sur les frettes. La production est simple, maitrisée et les différents claviers, astucieusement utilisés ici et le chant en falsetto typiquement Frusciantesque rendent cette chanson belle à pleurer.


Mais n'allons pas trop vite en besogne et tâchons de respecter un ordre chronologique quant au torrent d'émotions délivré par ce nouvel effort de Frusciante.


Si "The Past Recedes" est d'une durée très formatée pour un "single" (3’54), même si on peut douter qu'il soit beaucoup passé en radio, 6 chansons ne vont pas dépasser les 3 minutes. Parmi elles, « Lever Pulled », déchirant guitare-voix à la Cat Stevens, où l’entrée de la basse est une caresse et où les nappes de guitares électriques se font ronronnantes, avec juste quelques effets appliqués et qui préparent le terrain pour The Empyrean, futur album de Frusciante.


Arrive alors « Anne », sorte de bluette inoffensive au premier regard, et où les ruptures et les silences sont aussi du John Frusciante. Voici un morceau parfaitement hors du temps, et où on se plait à se laisser surprendre par une deuxième partie merveilleuse, où les guitares se font plus présentes, et où ce solo en deux temps, bidouillé mais cohérent, apporte un peu plus d’épaisseur à cette compo, qui constitue à coup sûr un des premiers très grands moments du disque. La construction est semblable pour « The Real » qui arrive à dégager un groove intime, mesuré, contenu, avec ces arabesques de guitares si reconnaissables et où le chant de Frusciante, s’il n’est toujours pas parfait regorge de feeling et d’intensité.


Il faudra un jour se pencher également sur le travail titanesque sur les choeurs et les harmonies vocales de Frusciante, sur à peu près tous ses disques (y compris sur certains Red Hot Chili Peppers) et où il parvient sur Curtains à tirer sa pleine mesure vocale, tant sur les voix doublées que sur les parties harmonisées (« Hope », « Anne », pour n’en citer que deux).


Cette performance sur les voix, effectuée seule, sans être nouvelle, est révélatrice de la volonté de Frusciante de travailler un peu différement sur Curtains, en mettant l'accent cet aspect intimiste.


Outre l’aspect « disque enregistré dans son salon », pas de Josh Klinghoffer cette fois, simplement l’apport de quelques parties de batterie de Carla Azar (du groupe Autolux), du contre-bassiste Ken Wild et de quelques lignes de guitares de son nouveau compagnon de jeu Omar Rodriguez-Lopez.


Et la force de John Frusciante est de savoir choisir les bons musiciens, ou de les diriger comme un véritable metteur en scène (rappelons qu’il s’occupe encore de la production) pour qu’ils se fondent parfaitement dans le panorama du disque. On pense notamment à toutes les interventions de batteries qui sonnent délicatement à chaque fois dans le fond, comme pour ne pas prendre trop de place, ou pour ne pas nous éveiller trop rapidement.


« Hope » de son côté, nous procure davantage d’émotions en moins de 2 minutes que dans des pans entiers de discographies. Sous son intro aux faux airs de guitare-voix pour guitariste de feux de camps, son refrain, ses harmonies incroyables et ses descentes de guitares vous choppent à la gorge, vous serrent le coeur jusqu'à vous tirer toutes les larmes de votre corps.


Et dans ce sens la transition avec « Ascension » parait un poil abrupte, cette dernière sonne encore davantage comme une prise live, sans public, à grand coups de moulinets de guitare à la Peter Buck de R.E.M. , mais qui sans être ratée, dénote un peu dans l’homogénéité de l’album. Fort heureusement, cette césure est de courte durée et Curtains revient dans ce qu’il a de plus beau à offrir, « Time Tonight », avec cette sensation que Frusciante est devant nous, avec les cordes qui frisent juste ce qu’il faut, où l’on croit presque discerner les mouvements de doigts sur le manche de guitare, et ce raclement de gorge à la fin comme s'il était là, devant nos yeux. Encore une fois, en moins de 3 minutes, il y a tout : la pureté de la mélodie, les effets de style efficaces à la Beatles (avec ce passage où la piste est diffusée à l’envers), et les harmonies vocales d'une beauté à s’en relever la nuit.


En prise directe avec son magnéto 8 pistes, Frusciante se livre à nu tout au long de cet album faussement acoustique. C'est d'ailleurs le tour de force de l'écoute de Curtains : lorsqu'on l'écoute dans sa globalité, on est persuadé d'avoir écouté un disque entièrement acoustique, et lorsque qu'on le dissèque piste après piste, on se rend bien compte des parties électriques, guitares, basses et claviers mais qui s'inscrivent brillamment dans le projet de l'artiste : proposer une musique directe, intègre et intime.


Le plus difficile, c'est souvent de faire simple, et c'est en ça que réside tout le génie de John Frusciante : des chansons comme "Leap your Bar" et ses accents baroques, ou "A Name" semblent être facile à écrire, et compte tenu des émotions qu'elles procurent, on comprend bien que c'est l'apanage seul des plus grands.


Difficile de sortir un moment fort dans un album qui, vous l'aurez compris, regorge de passages proprement hallucinants de beauté, de mélodies, de mélancolies qui vous emballeront au sens propre comme au sens figuré. Le dernier conseil à prodiguer étant le port du casque, rendu obligatoire pour "vivre", pour "ressentir" de la meilleure façon une oeuvre d'une telle puissance.


Le pari fou de John Frusciante sur sa fameuse "Record Collection" initiée ici avec The Will to Death arrive à son terme avec ce nouveau bijou et ses 11 chansons d'un folk limpide et délicat. Et s'il relève ce challenge avec toute la grâce qu'on lui connait, l'américain a encore pas mal de choses à dire, avec en point de mire The Empyrean qui sortira en 2009 et qui sera l'aboutissement final de sa discographie conventionnelle.

Commentaires
Jimmy, le 31/07/2020 à 23:19
Dire que je n'avais jamais écouté "Curtains"... Même si j'en ai entendu que du bien depuis le débuts de vos critiques, j'ai malgré tout voulu découvrir les albums de Frusciante au fil de celles-ci. Et qu'elle plaisir d'avoir enfin pu apprécier ce disque. Je l'ai même écouté trois fois d'affilé ! (chose rare). Il est vrai que ce côté intimiste et faussement acoustique me plait. Quand j'ai découvert les RedHotChiliPepper avec Stadium Arcadium (le premier CD que j'ai acheté dans mes années de collège), les chœurs de Frusciante me plaisait énormément, et je suis des plus heureux en les retrouvant ici (sans oublier cette guitare électrique discrète et pleureuse). Si je devais donné mon temps fort de l'album, ce serait le trio Anne/The Real/A Name. Merci pour cette critique très complète !
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