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Billet Albumrock

Edito de rentrée : War on pop


Nicolas, le 10/09/2017

Vous avez certainement tous déjà vu passer la photo d’un type volage reluquant une belle inconnue sous le regard outré de sa petite copine, cliché d’un professionnel espagnol cherchant à sensibiliser les jeunes sur le machisme / l’infidélité et qui a depuis quelques mois maintenant gagné en notoriété sur les réseaux sociaux sous le nom de “distracted boyfriend meme”. Le symbole peut en effet servir à décliner toutes sortes de concepts. Basiquement, le garçon représente le sujet du meme, la jeune aguicheuse les aspirations interdites ou défendues dudit sujet, et la girlfriend la bienséance ou ce que dicte la conscience dudit même sujet. Les exemples de détournement sont nombreux, en particulier un “jeune” attiré par le “marxisme” mais retenu par la main du “capitalisme”, Anakin Skywalker lié à Obi Wan Kenobi mais happé par le côté obscur de Palpatine, MTV diffusant de la musique mais n’aspirant qu’à programmer des “reality shows de merde”, etc etc. Ce que vous savez peut-être moins, c’est que l’origine de ce maraudage vient de la communauté prog rock, en témoigne l’exemplaire ci-dessous, premier meme identifié de ce genre en date de janvier 2017. Ainsi un amateur de prog turc taquin a-t-il voulu ironiser sur l’idée que Phil Collins, batteur émérite de Genesis - soit l’une des formations progressives les plus importantes des années 70 -, quoique ataviquement attaché à la mouvance, souhaite ardemment copuler avec la pop music, et que cette attitude se révèle sinon obscène, du moins odieuse.

 

 

Non pas que Collins, du haut de ses soixante-six ans, puisse indiscutablement revendiquer le rang d’égérie du milieu - on lui préférera largement ses anciens compagnons de Genesis, Peter Gabriel et Steve Hackett -, mais nul doute que ce stellion corrosif a tapé dans l’œil de nombre d’amateurs de musique progressive qui se sont dès lors amusés à décrier tout un tas d’artistes prog ayant eu le malheur et/ou l’outrecuidance de céder à des aspirations pop, en particulier Steven Wilson qui, cette année, avec un cinquième album étonnamment accessible, s’en est pris littéralement plein la figure sur Facebook par l’intermédiaire de ce même meme (heureuse homophonie !). D’autant plus que la campagne de communication dudit Wilson n’a pas du tout cherché à taire son envie de notoriété, de succès, de simple reconnaissance populaire de son talent. Et il n’aura fallu qu’un seul titre, l’ABBAesque “Permanating”, pour que les plus viles accusations de compromission mercantile, ou pire, de pacte avec le démon de la pop, soient proférées, l’image amusante mais dans le fond déplorable de ce jeune ibérique obsédé sexuel collant à la peau d’un homme qui n’a finalement voulu céder qu’à des désirs tant en termes musicaux - il n’a jamais dissimulé à personne son amour pour la pop ni ses influences dans ce domaine - que d’accomplissement personnel, sachant quand même qu’un artiste choisit de vivre de sa passion en grande partie pour jouir d’un certain niveau de reconnaissance, tout du moins à la hauteur de son talent.

Ce que l’on peut retenir de cette esclandre, c’est qu’elle en heurte certains tout en en effleurant d’autres. On en veut pour preuves les récentes déclarations de Josh Homme qui, à tour d’interviews, ne cache nullement son désir de vouloir franchir un cap, de rendre sa musique plus accessible, de vendre davantage de disques et de jouer dans de plus grosses salles. Croyez-vous que le débauchage de Mark Ronson pour assurer la production de ses Villains soit à ce point fortuit ? Même si la patte de l’accoucheur d’Amy Winehouse et d’Adele n’apparaît pas aussi évidente que cela sur la dernière galette des Queens Of The Stone Age, et même si d'ailleurs le résultat final du disque au diablotin n'apparaît pas aussi pop que ça (entendre ici "frontal", "immédiat", "pute à clic"), la démarche en elle-même vaut déclaration d’intention. D'ailleurs, le fait d'entendre un jour "The Way You Used To Do" sur NRJ ne serait dans l'absolu pas totalement déconnant. Le lui fait-on payer pour autant ? Non si l’on en croit les tombereaux d’éloges qui se déversent dans la presse sur le rouquin de Palm Desert et sa dernière œuvre, bien que Maxime ne soit pas forcément aussi dithyrambique à ce sujet. Il faut également dire que l’aura dont jouit le maître fondateur du stoner rock est toute autre dans les médias traditionnels, incarnation même de la cool attitude, dont chaque mot est guetté avec attention et chaque réalisation accueillie comme les nouveaux versets des Saintes Écritures du Rock N’ Roll. Mais justement : que Mr Homme - comme Mr Wilson -, du haut de leur position hégémonique chacun dans leur chapelle, affichent à ce point leur volonté de toucher à tout prix les masses peut - et doit - nous interpeller.

On a tellement fait étalage de mépris vis-à-vis des précédents mécréants à avoir osé abdiquer leur intégrité - ce qui d’ailleurs reste à voir - face au désir populaire rabaissé au rang de crétinisme institutionnalisé qu’on a sans doute peine à envisager l’idée qu’après tout, les mécréants en question n’avaient peut-être - et même sans doute - pas tort. En tout cas dans le contexte qui est le nôtre. Parce qu’il ne faut pas se voiler la face : il est loin, le temps du Summer of Love, des 70’s bénies où tout était possible en terme musical, ou même de la charnière des 90’s assujetties à MTV et biberonnées aux Guns et à Nirvana, cette époque où les rockers n’avaient que faire des désidératas de leurs acheteurs vu qu’ils vendaient des disques à tour de bras. Aujourd’hui, la donne a changé, le consommateur achète ce qu’on lui vend, et le rock n’est plus vendeur. Pourquoi ? Vaste question qui mériterait un édito à elle toute seule. Pourquoi diable les radios ne diffusent-elles plus de singles rock, même à la marge ? Tame Impala par exemple, plus pop que rock en l'occurrence et malgré une musique à la production calibrée dans les standards modernes, reste boudé par les Fun Radio et autres W9. Même chose pour Foals, Noel Gallagher (ou Liam qui débarque bientôt lui aussi en solo), Travis que l'on entendait pourtant partout il y a à peine une décennie, et évidemment, de façon encore plus criante eut égard à son statut, Steven Wilson. Seuls Muse et Placebo parviennent encore à se faire vaguement et épisodiquement entendre sur Virgin Radio, plutôt d'ailleurs en souvenir du bon vieux temps (dix ans seulement, là encore) chez une radio qui assure une partie de son fond de commerce sur la nostalgie. Pourquoi les radios ne diffusent-elles plus de singles rock ? Nous n'avons pas la réponse. S’il est évident que la globalité de la scène est en manque d’artistes sortant clairement de l’ordinaire, il est tout aussi vrai que les médias ne s’échinent plus à rechercher la perle rare dans le domaine de la musique à guitare. Les années 2010 sont ainsi dominées par la pop dans toutes ses déclinaisons, au point d’ériger en idoles des types comme Justin Bieber ou Ed Sheeran, des demoiselles comme Miley Cyrus, Taylor Swift et Katy Perry. L’envie de la jeunesse occidentale, naturelle ou suscitée par d’autres, se trouve là, c’est un fait. On peut le regretter, s’en contenter ou s’en offusquer, ça n’y changera rien.

Ainsi les rockers ayant pignon sur rue n’ont aujourd’hui pas trente-six solutions : soit ils font l’autruche, se retranchent derrière leur probité et vivent modestement d’un public, de subsides et d’une notoriété restreints, soit ils embrassent l’ennemi, se pliant aux exigences de la plèbe et lui livrant ce qu’elle souhaite : une musique simple, identifiable, mélodique, immédiate. Ce faisant, ils trahissent leurs fans, certes. Qu’ils sont nombreux, ceux qui n’ont plus aucune considération pour Coldplay, Muse ou même les Black Keys après que ceux-ci aient tout sacrifié sur l’autel du succès, même si les groupes en question sont sans doute allés trop loin dans cette démarche. Mais la démarche en elle-même est-elle mauvaise ? On peut légitimement en douter. Après tout, il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, et s’enfermer dans sa propre musique sans chercher à obtenir le retour des auditeurs / spectateurs / consommateurs n’est sans doute pas la meilleure attitude à avoir. Après tout, Kurt Cobain a délibérément cherché à plaire, et Dave Grohl lui a emboîté le pas - on gage que son futur Concrete And Gold rencontrera à nouveau un grand succès. Arcade Fire n’aspire qu’à accroître sa fan base, et la pop apparaît érigée sans vergogne comme moyen apte à satisfaire cette fin. Everything Now peine à nous convaincre ? Eh quoi, il a ses défenseurs - acharnés qui plus est -, et Reflektor, tout aussi pop, prouve bien que le processus est loin d’être vain. Et puis mince quoi, la gloire, le succès, l’argent, c’est ça aussi qui fait le rock n’ roll ! Alors soit. Que les acteurs actuels, avec leur talent mais aussi leurs limites, jouent avec les codes de la pop. Qu’ils s’y adonnent, mais avec leurs propres armes. Qu’ils l’affrontent sur son propre terrain, sans retenir leurs coups, tout en conservant leur ADN, leur âme. C’est sans doute au prix de ce jeu d’équilibriste que le rock regagnera une place signifiante sur les ondes et dans les bacs, en attendant les nouveaux Kurt Cobain, Axl Rose, Mick Jagger et Iggy Pop qui, n’en doutons pas, finirons bien par réapparaître. D’ici là, guerre à la pop, et pas de quartier.

Commentaires
Nicolas, le 12/09/2017 à 14:09
J'entends bien Raphaëlle, mais Ouï FM n'est que l'exception qui confirme la règle, sans compter qu'elle est très loin d'émettre partout (moi par exemple du fin fond de ma province, je ne la capte pas) et que je ne la considère pas comme une station majeure. En fait ce n'est pas qu'un problème de radio, c'est avant tout un problème de media généraliste, NRJ, Virgin, Fun, Sky mais aussi M6-W9. Écoute et/ou regarde ces chaînes et dis-moi où se trouve le rock. Attention, je ne parle pas des émissions à la "Capital" ou "Recherche Maison ou Appartement" où on entend parfois du rock en bande son, je parle bien de musique exposée avant tout pour ce qu'elle est, pas en tant qu'illustration d'un autre sujet. C'est le désert le plus total. Bien sûr, dès qu'on cherche, on trouve plein de web radios spécialisées (tu as oublié de citer La Grosse Radio qui est très bien en termes de programmation), mais le rock n'a plus droit aux devantures, aux expositions de masse. Il n'est de fait plus capable de toucher le grand public en dehors des initiés.
Raphaelle, le 12/09/2017 à 12:16
A propos des radios: tu oublies quand même Ouï FM ! Longtemps réservée à Paris, puis rachetée par Arthur et ouverte à plus de monde. Heureusement qu'il y avait Ouï FM au tournant des années 2000 pour nous initier au rock ! A Paris il y avait aussi le Mouv: plus éclectique, plus indie (et plus branchée). Jusqu'à ce que Gallet débarque et la transforme en une radio "urbaine", renommée Mouv. Quel dommage... Il ne nous reste plus que Ouï FM et ses pubs. Soulignons quand même que Ouï FM a pas moins de 13 web radios (!) disponibles sur l'appli, avec tous les genres répertoriés (indie, blues, alternatif, classic rock, ... Ok il manque le métal). Et pour finir le tour d'horizon on peut aussi citer l'appli Fip (France International Paris, qui émet seulement en région parisienne), qui a une web radio "Fip autour du rock". Pointue, brassant tous les genres et toutes les époques: chaudement recommandée !
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