Studio 105 de la maison de la radio : 250 sièges cinéma face à une petite scène bardée de câbles pour la Black Session des BRMC... en attendant les stars, la musique dépote dans les enceintes et une chose est sûre : le son est bon ! Petite excitation supplémentaire de savoir que le live sera retransmis en direct live sur France Inter... Peu avant l'heure du direct, on a droit aux dernières news du journal de la radio : grève des buralistes et des étudiants, 36 morts en russie dans un incendie, le tueur a été arrêté, il avait asséné 20 coups de couteau à sa victime... l'ambiance baisse d'un ton.
Puis, Lenoir s'installe discrètement là-bas, au fond de la scène. Le casque sur les oreilles, il évoque comme il se doit le revival rock'n'roll avant d'introduire le groupe : "
BRMC, Black Rebel Motorcycle Club !" (prononcé à l'américaine, c'est plus dur !).
Touffes de cheveux impressionnante pour Robert Turner (basse), bordélique pour Peter Hayes (guitare) et tout simplement longue pour Nick Jago (batterie), ils portent les mêmes fringues que dans la presse : boots, jeans trop serrés, T-Shirts distendus, sans oublier le cuir pour le bassiste... le tout en noir, évidemment.
Et ça commence direct très fort, du gros son en plein dans la gueule, volume à fond mais vraiment de bonne qualité. Les deux frontmen chantent à tour de rôle ou en choeur ; impossible de comprendre les paroles, la voix étant juste un instrument de plus pour l'occasion. Peter Hayes, à la guitare, joue très calmement, la tête baissée sur son manche, les cheveux en bataille devant les yeux, il gratte aussi sereinement qu'à une soirée shamallows autour du feu. Un cortège de pédales s'étale sous ses pieds... 10 ? 15 ? Je n'ai pas vraiment compté mais il y avait de quoi faire, pas de doute !
Finalement, on se lasse assez vite de son jeu, certes pas mauvais, mais sûrement trop calme et trop répétitif. Au lieu de ça, on se tourne plutôt vers Robert Turner, bassiste aux mouvements saccadés. Il gratte nerveusement les cordes au médiator, comme un robot qui aurait pété un cable : jambes droites, perte d'équilibre, jeu nerveux en contraste avec une main gauche très fluide et à l'aise sur le manche. Puis il se reprend et retourne calmement vers le micro pour hurler des paroles noyées dans le
magma de son, avant de retourner à son petit jeu de robot alimenté au nucléaire.
Leur musique live correspond tout à fait à celle en studio : des notes dans tous les sens, aucun instrument qui sort particulièrement du lot : du rock brut à l'ancienne ! (concept légèrement contredit par le tapis de pédales d'effets qui jonchent le sol). Quand en plus du son, on a l'image, il est parfois dur de mettre des notes sur les mouvements de doigts des musiciens : "
visuellement, il a l'air de faire des trucs super cools, mais dans ce qui arrive dans mes oreilles, impossible de faire le tri !". Voilà, c'est un peu ça BRMC... dommage car la basse mériterait sûrement d'être mise plus en avant.
Le concert suit tranquillement (ou plutôt bruitiquement) son cours... et là c'est le drame : un ampli du guitariste rend l'âme. Dans l'audience, personne n'a rien entendu, mais tout le monde l'a compris : Peter Hayes se retourne sans arrêt et a l'air préoccupé. Ils commencent une nouvelle chanson, avec l'ampli HS et... non, le gratteux ne peut pas, il faut que les choses soient bien faites... on le sentait un peu perfectionniste depuis le début mais un ampli qui lâche, c'est vrai que c'est pas rien (bien que, rappelons le encore une fois, le public n'ait pas vu la différence : à la base, il y en avait au moins quatre).
S'ensuit alors un intermède d'une bonne dizaine de minutes, pendant lequel les techniciens s'activent. Pour nous faire patienter, Robert Turner, qui prend tout ça de manière très calme, nous raconte l'histoire de Michael Jackson et d'une grenouille, rien de bien méchant rassurez-vous, plutôt amusant même de le voir se lamenter sur le fait que personne ne riera de sa blague idiote... en tout cas il fait patienter son public et se montre sous un jour franchement amical et sympa.
Le concert reprend finalement et ils finissent leur show. Le guitariste, en bon guitariste, s'énerve sur les micros qui captent le son des amplis et, énervé par le mauvais matos, finit par enfoncer un superbe Fender d'un coup de talon. Robert Turner prend les choses de manière très calme, mais on sent tout de même, derrière son sourire pincé, que le comportement de son partenaire l'agace...
Voilà, il est 22h05, le direct est fini... et Peter Hayes, guitariste en colère, s'éloigne... tout le monde croit à une vieille crise de rockstar, mais finalement il s'en est allé au fond de la scène pour sortir une électro accoustique de son étui... et voilà ! Grâce au mauvais matos loué par France Inter et aux humeurs caractérielles du gratteux, nous avons droit à une session accoustique des BRMC de près de 40 minutes !!
Robert Turner, bassiste quand il s'agit de gros son, sort à son tour une nouvelle guitare : une folk bricolée avec un micro et, alors que les techniciens s'affolent pour brancher tout ce nouveau matos imprévu, les BRMC nous interprètent une bonne partie de ce qui sera leur prochain album ! En avant première pour nous ! Des petits ballades folk où les musiciens font preuve de beaucoup de douceur, tant dans le maniement des instruments que dans la voix (sans tout ce bruit autour, on se rend d'ailleurs compte qu'ils l'ont fort jolie !).
Les applaudissements se font plus vifs que lors de la première partie électrique, comme si paradoxalement, le public se réveillait sur ces petites ballades... Le batteur, qui déjà me semblait un peu à l'écart lors de la session électrique, se fait carrément chier : il tape et tape sur son tambourin pendant près de quarante minutes... mais le public, lui, en redemande !
Cinq ou six chansons plus tard, ces petits moments privilégiés de douceur prennent fin, un moment qui restera culte dans la mémoire des fans... pour les autres, tout simplement du bon temps qui les rassurera sur l'évolution du groupe, avec la sortie d'un double album électrique / acoustique... et pour l'avoir testé avant vous, je peux vous affirmer une chose : le nouveau BRMC sera bon !