1- Spitfire / 2- Girls (Feat. The Ping Pong Bitches) / 3- Memphis Bells (Feat. Princess Superstar) / 4- Get Up Get Off / 5- Hot Ride (Feat. Juliette Lewis) / 6- Wake Up Call (Feat. Kool Keith) / 7- Action Radar / 8- Medusa's Path / 9- Phoenix / 10- You'll Be Under My Wheels / 11- The Way It Is / 12- Shoot Down (Feat. Liam Gallagher)
On se demandait comment
The Prodigy allait bien pouvoir revenir au premier plan après sept ans d'absence, et surtout, comment il pourrait égaler en qualité l'incendiaire
The Fat of the Land (il n'était même pas question de le surpasser). D'autant que, Keith Flint et Maxim Reality ayant quitté le groupe, Liam Howlett se retrouvait seul aux commandes.
C'était sans compter l'énergie de ce bidouilleur hors pair ainsi que celle de ses invités, parmi lesquels Juliette Lewis, Kool Keith ("Wake Up Call" et "You'll Be Under My Wheels"), Twista sur l'orientalisant "Get Up Get Off" et Liam Gallagher sur "Shoot Down". [Madonna et
David Bowie auraient également pu être de la partie si Howlett n'avait refusé de se plier aux caprices de l'une et à la boulimie musicale de l'autre].
On pouvait tout craindre de ces collaborations : qu'elles ne soient que des greffes de la dernière chance sur un arbre malade, ou encore qu'elles orientent la techno dure et percutante de
The Prodigy vers un mélange pop-rap bien étranger à l'esprit originel du groupe. Que chacun se rassure :
Always Outnumbered, Never Outgunned n'a rien à envier à son prédecesseur. C'est un disque 100 % techno, gorgé d'adrénaline, dans lequel les
big beats et les voix retravaillées comme des samples se disputent tour à tour la vedette. Dixit Liam Howlett :
"Ce disque résume simplement ce qu'a toujours été The Prodigy : une musique basique et brutale, un peu folle et idiote aussi. Je n'ai jamais voulu apporter un truc novateur, car je crois que tout a été fait auparavant... (source : Rock & Folk, septembre 2004).
Si l'on reconnaît bien la "pâte" Prodigy sur cet album, on notera tout de même un changement par rapport aux opus précédents : l'ambiance y est moins sombre et beaucoup plus festive. L'absence de Keith Flint et de sa voix aux accents rageurs, que remplace une floppée de voix féminines (ma parole, il a engagé tout un contingent de pom-pom girls sur "Action Radar" !) y est probablement pour quelque chose. Tout comme le fait que, pour composer les douze titres qui constituent l'album, le leader du groupe ait quitté son déprimant Essex natal pour plonger dans l'effervescence de la capitale.
Reflets de cette insouciance retrouvée : le single "Girls", qui doit son titre à la présence inoubliable des Ping Pong Bitches (ça ne s'invente pas...), le morceau "Action Radar" ou encore la reprise de "Thriller" sur "The Way It is". A ce propos, si vous rencontrez Howlett dans la rue, ne lui dites surtout pas qu'il a samplé du Michael Jackson, cela risquerait de le mettre en colère. Pour lui, le single interplanétaire de 1982 demeure attaché à l'unique nom de Rod Temperton...
Le morceau-phare de l'album demeure malgré tout "Hot Ride", duo explosif avec l'actrice Juliette Lewis (vue dans
Natural Born Killers) dont la personnalité trash se confirme au travers d'un chant plutôt enervé. La ressemblance avec
Courtney Love saute aux yeux : ces deux-là devraient se rencontrer, si ce n'est déjà fait (Lewis est en effet la chanteuse d'un groupe rock nommé "The Licks"...). En comparaison, le duo avec le leader d'Oasis, pourtant bien foutu (les guitares se confondent habilement avec la chant défoncé de Liam), manque d'originalité. Gallagher, dont le frère avait déjà prêté sa voix aux
Chemical Brothers sur l'album
Surrender, ne s'est ici visiblement pas foulé.
Toujours est-il qu'avec cet album,
The Prodigy ne démérite pas et prouve qu'on peut se renouveler sans pour autant perdre son identité.
Always Outnumbered, Never Outgunned permet également à Liam Howlett de rappeler au monde entier qu'il est bien l'âme du groupe, et que c'est de lui que dépend l'avenir de la techno. Mégalo, le petit Howlett ? Non, juste sûr de lui...
Dire qu'on attendait Prodigy au tournant est un doux euphémisme. Tout laissait présager la relative indifférence (une considération polie, dans le meilleur des cas) avec laquelle leur nouvel opus est accueilli aujourd'hui, et pour cause : la hype techno-rock de 1997 qui les avait vu exploser avec les Chemical Brothers et Junkie XL s'est éteinte depuis belle lurette, et le faux-vrai retour du groupe en 2002 sentait le pet foireux. Un single "Baby's got a Temper" punchy et efficace mais qui radotait la formule
firestartienne. Résultat des courses : Liam Howlett (seul responsable du son dans le combo) met à la poubelle le nouveau
Fat of the Land bis qu'il avait concocté et flanque Keith flint et Maxim à la porte du studio (et non de Prodigy comme certains semblent croire).
Le voici donc, ce nouvel album et autant le dire tout de suite, ça valait la peine d'attendre! Globalement, le son de Prodigy est resté le même, tel que défini dans l'excellente critique d'Aurélie. C'est clair, l'objectif est toujours de visser 2 clous au marteau piqueur dans l'oreille de l'auditeur et Liam est passé maître dans cet art noble. Un peu trop même. Ce qu'on peut reprocher de prime abord à ce
Always Outnumbered..., c'est son côté compact, "monobloc" : près d'une heure de bourrinage sans aucun répit. Même le brûlant
Fat of the Land calmait un peu le jeu le temps d'un "Climbatize" ou d'un "Narayan" épique. Les 12 titres restent dans la même veine techno-punk et on peut déplorer le relatif manque de variété des atmosphères proposées. Mais, bon, impossible de faire le difficile : ça démarre sec avec un "Spitfire" très millésime 97, histoire de brusquer personne, puis le single "Girls", impeccable et entraînant. On ralentit un peu la machine le temps d'un "Memphis Bells" qui explose les basses de la chaîne hi-fi la plus burnée. On est pris à la gorge et on ne lâche plus. De nouveau, Liam reste simple et efficace lorsque tant d'autres s'empêtrent dans la longeur. "Hotride" célèbre le techno-punk version 2004, plus furieux et dansant que jamais, "The Way it", groovy en diable, sent bon le dance floor sous état éthylique, les influences hip-hop d'Howlet restent sensibles dans les explosifs "Get up Get off" et "Wake up Call". Le tout se termine sur un "Shoot Down" bien bourrin, certes un peu moins lèché que le reste de l'album, mais tellement venimeux. Seul bémol : le visuel de la pochette, froid et impersonnel, alors que le combo d'Essex avait réussi à préserver une certaine identité "humaine" en se montrant comme un groupe de rock.
Ce brulôt reste un excellent album de musique électro, bien plus bandant et dansant que la plupart des lamentables productions des ténors de l'électro-punk (bientôt en bac à soldes). Prodigy est toujours dans le coup, qu'on le veuille ou non; ne reste plus qu'à le vérifier sur scène, qui reste leur meilleur élément. En France, ils se font cruellement attendre...