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Back To School : interview Ladylike Dragons


Maxime, le 22/06/2011
"Rock rock rock rock rock'n'roll High School..." Le fameux clip des Ramones, avec Joey en professeur analphabète et Johnny en improbable riffeur cobaye, pouvait passer en son temps pour une douce utopie. Il faut pourtant enregistrer ce constat : après plus d'un demi-siècle passé à squatter les récrés en loucedé, le rock est en passe de faire effraction dans les salles de classe. L'origine du délit ? Le File 7, salle de musiques actuelles de Magny Le Hongre basée à portée de champs du parc Eurodisney. C'est là que nait le projet "I Love Rock'n'Roll", destiné à sensibiliser les élèves de quatre collèges de Seine-et-Marne aux artistes de la scène régionale et à tous les métiers de la musique. Musiciens, historiens, ingés sons, programmateurs et autres acteurs de la filière se sont ainsi relayés auprès des petites têtes blondes, comme des Jean-Pierre Coffe du binaire suramplifié, bien décidés à éduquer les oreilles des jeunes générations avec autre chose que la soupe pasteurisée que leur déversent radio et télé et à leur faire goûter les productions locales, garanties 100% sans additif Endemol.


Réquisitionné au collège Les blés d'or de Bailly-Romainvilliers auprès d'une classe de 3ème, nous avons eu pour mission de leur présenter la pratique de la critique musicale et leur faire entrevoir ce monde trouble et opaque qu'est celui du webzinat. C'est ainsi que les riffs décharnés de Nirvana, les barbes hirsutes des Black Keys et les sourcils broussailleux des frères Gallagher ont tenté une incursion fracassante au milieu de leur routine éducative. Des cours de méthode d'analyse et de rédaction d'une critique de disque ainsi que d'histoire moderne du rock, du suicide de Kurt Cobain au néo-garage, se sont ainsi subrepticement glissés dans leur programme scolaire, quelque part entre l'apprentissage du théorème de Pythagore et du tableau des verbes irréguliers anglais (exercice pratique, traduisez ce poème de Pete Doherty les enfants : "J'ai oublié de me rendre à l'interview hier parce que j'avais trop bu. J'ai roulé trop vite, je me suis battu, je suis tombé dans l'escalier et j'ai dormi dans mon vomi. Je me suis réveillé ce matin et j'ai trouvé l'inspiration, alors j'ai écrit une chanson").

L'environnement semblait au départ plutôt hostile, peu propice à recueillir la bonne parole. Un rapide sondage à main levée nous apprit que les amateurs de rock étaient ultra-minoritaires, l'électro-urbain régnant en maître dans la plupart des i-pods. Impossible de rétablir une hiérarchie entre les Beatles et Michael Jackson sur l'échelle de l'excellence pop sans s'exposer à une levée de bras indignés ni de s'en prendre impunément à David Guetta sous peine de représailles de la part de la demoiselle en sneakers rose du premier rang. Auprès des jeunesses populaires, le rock est affaire de clandestinité. Pourtant, c'est devant une audience intéressée, n'hésitant pas à prendre part aux débats, que ces cours improvisés se sont déroulés. On ignore si l'on a fait des convertis, mais on se rassure un peu en se disant que tout n'est pas perdu. Le rock a encore droit de cité, si les décideurs de l'industrie musicale et médiatique daignaient bien lui faire une petite place. Entende qui voudra.

Il fallait cependant garder une petite trace de ces rencontres, pourquoi pas en initiant les élèves à cette bonne vieille pratique journalistique qu'est l'interview ? Ça tombe bien, les Ladylike Dragons étaient récemment en résidence au File 7 et participaient également au projet "I Love Rock'Roll". L'occasion était trop belle de boucler la boucle avec un groupe que l'on suit et que l'on défend depuis sa première démo. L'année 2010-2011 a été également très studieuse pour le power trio de Meaux, consacrée à l'écriture et à l'enregistrement de leur nouvel album et à la préparation de la tournée. En cette fin de printemps les Dragons reviennent chargés à bloc. Leur dernier EP, riche de leur nouveau single "Love And So On" et de trois inédits, est disponible sur les plate-formes digitales depuis le 23 mai, ouvrant un été chargé de concerts avant la sortie du successeur du salué Heart Burst, prévue pour octobre. Pour cet entretien préparé et réalisé à plusieurs mains, on a donc pu initier les collégiens à ce vieux marronnier de la rock critic : le récit dit du "toujours difficile deuxième album".




18 mois après sa sortie, quel est votre regard sur votre premier album ?
Cindy (chant, basse ) :
C'est toujours un peu bizarre d'écouter sa propre musique, mais quand je jette une oreille dessus aujourd'hui j'en suis toujours aussi fière, surtout l'enchainement des 5-6 premiers morceaux. Le seul regret, c'est peut-être d'avoir publié 14 titres au final. On aurait pu en retirer quelques uns pour que le disque soit plus compact, plus fidèle à son esprit rock'n'roll. Au niveau du son, il y a des choses que je n'aurais pas faites comme ça aujourd'hui. Sinon je reste assez contente des chansons et de l'album.

Qu'avez-vous pensé de l'accueil de la presse ? Du public ?
Sébastien (guitare) :
Un très bon accueil niveau presse, quasiment que des chroniques positives, très encourageantes. L'album était perçu comme original, proposant une écriture qu'on ne trouve pas tous les jours. "Fraicheur", c'était le mot qui revenait souvent dans les articles. On a trouvé le même accueil de la part du public. N'ayant pas une grosse visibilité, on n'a pas été découverts par beaucoup de gens, mais on a réussi à faire rentrer ceux qui venaient aux concerts pour lesquels on ouvrait dans notre univers. Ça s'est très bien passé avec les uns comme les autres.

Combien d'exemplaires avez-vous vendu ?
Sébastien :
3000 selon les syndicats... (rires) Il me semble qu'on en a vendu 1200 en magasin, 500-600 en concert, plus quelques centaines en numérique.

PAS DE DOPANT !


Dans quelle ville avez-vous trouvé le meilleur accueil ?
Yann (batterie) :
Pour moi, c'est au Bikini à Toulouse, en première partie d'Izia. La salle était mortelle, super ambiance, super son, il y a même une piscine là-bas !
Cindy : Notre passage à la Nef à Angoulême était bien sympa aussi. On a été super bien accueilli, avec un bon repas, une loge confortable où se reposer... Ce sont des petits détails qui font que tu te sens bien et que tu as envie de donner un bon concert.

Avez-vous un petit rituel avant de monter sur les planches ou prenez-vous un dopant particulier pour vous donner du coeur à l'ouvrage ?
Cindy :
J'aime bien me retrouver seule avec ma basse un quart d'heure avant, faire défiler le concert dans ma tête, ça me met en confiance. On se check la main avant de monter, Yann y met toute sa force à chaque fois ! (rires) Et ensuite go !
Yann : On se rappelle les passages qu'on a un peu foirés dans le set précédent pour ne pas les reproduire... sinon y'a pas de dopant !

Lors de cette tournée, vous avez été amenés à ouvrir pour quelques groupes. Avec lequel vous êtes-vous le mieux entendu ?
Cindy :
Izia. Il faut dire que c'est avec elle qu'on a le plus joué, on a ouvert pour elle sur neuf dates, sachant que notre tournée en comptait une cinquantaine. Elle et son groupe se sont montrés très généreux avec nous, sans jamais nous prendre de haut, ce qui est assez rare quand tu joues avec une tête d'affiche. On a beaucoup appris à leur contact.


A partir de quand avez-vous commencé à écrire vos nouvelles chansons ?
Yann :
Dès le lendemain de l'enregistrement du premier album, on avait déjà écrit trois chansons. On s'y est remis ensuite en rentrant du printemps de Bourges, fin avril 2010.
Cindy : C'est là qu'on est rentré en phase d'écriture intensive, de mai à mi-juillet. On avait 14 titres au final. On les a ensuite retravaillés en résidence au File 7 et commencé la pré-production. On a retenu 10 morceaux pour le tracklist de l'album.

Comment nait une chanson chez les Ladylike Dragons ?
Cindy :
Y'a pas vraiment de règle, ça peut changer, mais de manière générale Séb amène des idées, des bouts de riffs qu'on essaie de s'approprier Yann et moi. Je commence à ébaucher des embryons de mélodie que je chante en yaourt, Séb écrit ensuite des textes à partir de ça. Il y a des exceptions, comme "My Dad" qui est parti d'un rythme de batterie de Yann, mais dans l'ensemble on a essayé de faire en sorte que l'inspiration des titres nous vienne tous les trois ensemble.

En écoutant les premiers titres de votre nouvel album, on a l'impression que vous vous êtes un peu éloignés de votre créneau garage-pop...
Cindy :
Oui, nos influences respectives nous ont amenées à évoluer, même si j'ai un peu de mal à décrire notre style à présent. Disons qu'on s'est tourné vers un côté blues, avec des riffs plus lourds. On a adopté un son plus américain que britannique.
Sébastien : Comme on n'a pas composé tout à fait de la même façon, on s'est plus tournés vers le classic rock, celui des années 70, avec des chorus de guitare, des accords plus complexes, plus de solos... Disons que c'est plus du rock pur et dur que de la pop jouée avec une énergie rock, même si on accorde toujours beaucoup de place aux mélodies.

ELEVER LE NIVEAU


Où avez-vous enregistré le disque ?
Yann :
Au studio Le Hameau, près de Chartres. C'est une ancienne ferme, en partie reconvertie, avec une grande pièce pour l'enregistrement et une console de son située à l'étage.
Sébastien : C'est un studio assez connu dans le milieu du rock français. Jill Is Lucky, Fortune, I Am Un Chien ont enregistré leurs disques là-bas. Des groupes plus connus, comme Izia, l'utilisent pour composer avant de partir enregistrer dans un studio plus équipé et coûteux. On est arrivé juste après les BB Brunes, qui venaient de finir leur préprod en laissant derrière eux des souvenirs de leurs soirées... Vu le souk qu'on a trouvé en arrivant, ils ont dû bien s'amuser !

Y-a-t'il des innovations particulières par rapport au premier album ?
Sébastien :
On a adopté de nouvelles techniques, comme utiliser un métronome, contrairement au premier album qui avait été enregistré live tous les trois dans la même pièce.
Cindy : Le disque a été produit par deux personnes : Manu Bachet, qui avait déjà réalisé le premier album, et Sébastien Hoog, le guitariste d'Izia. Sébastien nous a accompagné pendant tout le processus, il est venu nous écouter en répétitions, il nous a aidés à peaufiner les détails, donnant ses conseils sur telle ligne de basse ou tel break de batterie. Il nous a constamment poussé à nous améliorer. Manu se focalisait plutôt sur le son. Ils ont tellement élevé le niveau que l'on arrivait pas à se montrer à la hauteur de leurs exigences quand on jouait tous les trois. Du coup cette fois-ci on a enregistré nos parties séparément. Pour le troisième album, j'espère qu'on pourra à nouveau jouer ensemble, c'est plus sympa que de bosser chacun dans son coin.

Arrivez-vous en studio avec une idée précise de ce que sera le résultat final ou bien expérimentez-vous ?
Sébastien :
Avec seulement 15 jours pour enregistrer, on n'avait pas vraiment le temps d'expérimenter et d'écrire, c'est plutôt le cas quand on a les moyens de louer un studio pour 2-3 mois. On a bien bossé en pré-production pour pouvoir se donner le temps de rechercher de nouveaux arrangements.

Vous n'avez pas dû chômer...
Sébastien :
Exact. Manu et Sébastien se sont montrés si exigeants qu'on n'a pas réussi à tout boucler en deux semaines, j'ai dû finir certaines parties de guitare chez moi.
Yann : Il faut être au taquet tout le temps. Dès fois je donnais tout ce que j'avais, et les réals croyaient que je n'en étais encore qu'à l'échauffement ! On n'avait pas l'habitude de se faire pousser comme ça. Du coup on a eu quelques moments de tension, on se sentait parfois coupables de ne pas arriver à plier nos parties en même temps que les autres.
Cindy : J'ai connu les mêmes problèmes que les autres. Donner son maximum sur la basse tout en gérant le chant, ça n'est pas toujours évident, surtout quand tu joues de 9 heures à 22 heures, sans jour de repos. Il a fallu que je termine les voix après les sessions, tellement j'étais épuisée.
Sébastien : Un tel régime de travail m'a vite exposé à mes limites techniques. Si je peux écrire une chanson sans problème et sans effort, il me faut du temps pour l'apprivoiser avec mon instrument. C'est parfois frustrant, surtout qu'en studio le temps c'est de l'argent. Mais on s'en est sorti !

Est-ce que vous aimez passer du temps en studio, ou bien préférez-vous que ça se termine le plus vite possible pour retrouver la scène ?
Cindy :
Ce sont deux moments différents, même si dans les deux cas il faut être à son meilleur. En studio, on est surtout concentré sur soi, sur son jeu, tandis qu'en concert c'est au public qu'il faut donner. J'aime l'un comme l'autre, c'est un équilibre qui me convient.

C'EST LE BUSINESS QUI DECIDE


En quoi consiste votre résidence au File 7 ? Qu'y faites-vous ?
Cindy :
C'est un lieu qui nous permet de répéter dans d'excellentes conditions. On l'a utilisé pour rôder nos nouveaux morceaux au moment de la préproduction, et récemment on y a fait quelques sessions pour préparer le set de notre nouvelle tournée, peaufinant le son, les lumières, l'ordre des morceaux. Un intervenant extérieur nous a également donné un regard neuf sur nos prestations, il nous a aidés à améliorer notre jeu de scène.

L'album déboulera plus d'un an après avoir été enregistré. Qui décide de la date de sortie ?
Sébastien :
C'est le business qui décide. On aurait aimé que ça sorte plus tôt, mais c'est l'industrie qui dicte sa loi. Comme on n'est pas très connus, on a besoin d'un distributeur pour se charger de vendre l'album. L'état de l'industrie musicale étant ce qu'il est, il y en a de moins en moins, du coup les plannings de ceux qui restent sont super chargés. Quand on a dealé la distribution en février, il n'y avait pas de place avant octobre. Il faut respecter ce délai pour que le distributeur puis l'attaché de presse et le manager puissent correctement travailler le disque auprès des vendeurs et des médias. On est loin des seventies où l'on pouvait sortir deux albums par an sans aucun problème...

Quel sera le titre de l'album ?
Cindy :
Il s'appellera Turn Them Into Gold, c'est le titre d'une des chansons de l'album. C'était une proposition de Yann, et j'ai trouvé que l'image collait bien à notre philosophie.

Qu'est-ce que vous faites si d'ici-là vous écrivez un super tube que vous auriez voulu mettre sur l'album ?
Cindy :
Il y a plusieurs possibilités, on peut faire un repressage de l'album, sortir le titre en EP, un peu comme l'avait fait Oasis avec "Whatever"...
Yann : Avec le numérique, on peut tout simplement mettre le titre en téléchargement, et il aura une vie bien à lui, indépendamment de tout support physique.
Sébastien : Je pense que c'est la meilleure option, ça permet de voir si le titre a un potentiel auprès du public. Si ça tape dans l'oreille d'un publicitaire, c'est jackpot, le morceau passe en boucle et on réédite l'album avec le titre, ou bien il buzze sur Internet et on peut le sortir en EP, soit carrément sortir un nouvel album dans la foulée de la tournée. Une chose est sûre : si on écrit un tube, on fera tout pour rebondir dessus.


Dans quel état d'esprit êtes-vous quelques mois avant la sortie de l'album : nerveux, impatients, angoissés ?
Yann :
Le plus stressant pour moi ce sont les critiques. Les mauvaises critiques, tout le monde peut les voir à l'heure d'Internet, tu peux pas les cacher. Généralement, on a plutôt des bons papiers, mais quand il nous arrive de nous faire descendre, j'ai plutôt du mal à digérer.
Sébastien : Personnellement je suis plutôt confiant et pas vraiment impatient. Le stress, c'était lors de la réalisation de l'album. Là, le boulot est terminé, on va pouvoir se calmer, se concentrer sur la musique, bien détendus et reposés, et profiter à fond de la tournée.
Cindy : Plutôt confiante aussi. On est plutôt concentré sur l'EP à l'heure actuelle, c'est une étape intermédiaire, du coup je ne pense pas encore à l'album. J'espère que les chroniques seront bonnes, plus elles le seront, plus de personnes viendront nous voir en concert, ça va faire effet boule de neige.

Les réactions de la presse, ça reste donc important pour vous ?
Sébastien :
Personnellement, pas des masses. Je fonctionne sur d'autres réflexes. Ça me ferait chier que toutes les chroniques soient mauvaises, bien sûr... Un journaliste peut être touché par ta musique, pas un autre, et tu peux rien contre ça, donc à quoi bon s'en faire ? La presse, je l'envisage de façon très pragmatique, l'important est que l'on parle de nous. En bien ou en mal, qu'importe, bad press is press anyway comme disent les américains. Je n'en attends pas grand chose, j'espère juste qu'il y en aura. J'essaie de ne pas trop me laisser toucher par ça.
Cindy : Pour un groupe en développement comme nous, ce sont surtout les médias locaux qui sont les plus importants. C'est le lien qui peut nous faire découvrir auprès des jeunes de la région. Notre attachée de presse avait fait un super boulot avec les journaux locaux au moment du premier album, ça nous avait pas mal aidé pour la tournée.

Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter de mieux d'ici-là ?
Cindy :
Que le premier single Love And So On soit bien accueilli par les gens, qu'il présage d'une belle tournée...
Sébastien : … qu'il passe en playlist sur Ouï FM pour qu'il soit découvert par les gens. Que ça nous ouvre des portes...


Un grand merci à Sandrine du File 7 et à toute l'équipe des professeurs de Bailly pour ce joli projet.

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