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Interview Mini Mansions : Demeures en Psychedelia


Claude, le 08/11/2011
Non content d'être le bassiste de Queens Of The Stone Age et de Wires on Fire, Michael Shuman est à la tête d'un petit combo, Mini Mansions, qui a sorti voilà quelques mois un petit opus éponyme fort surprenant. Loin du rock "stoner" auquel on aurait pu s'attendre, Mini Mansions est un petit bijou de "dark pop", agrémenté d'éclairs psychédéliques de fort bon aloi. Décodages...


A première écoute on se croirait dans un Magical Mystery Tour. (Rires)
Je vois tout à fait ce à quoi vous faites allusion, du moins je le crois. (Rires) C'est une qualification assez directe mais justifiée même si je n'oserais pas comparer ce disque à l'album des Beatles. Pris dans son juste contexte, c'est un disque qui vous promène dans des hauts et des bas bien que nous ayons souhaité réaliser quelque chose qui soit consistant plutôt qu'une agrégation de titres réunis ça et là.

D'où ces trois compositions nommées "Vignettes" et numérotées?
Ça n'était pas notre but initial mais il s'est avéré que cela nous permettait de poser des balises. Ça n'est, en aucun cas, un "concept album" mais quand nous nous sommes retrouvés avec ces trois titres, ils se sont imbriqués dans le "sequencing". Et c'est un aspect qui nous tenait beaucoup à coeur. Nous avions constamment en tête ce type de questions: "Où nous mènent ce morceau?" ou bien: "Et après celui-ci; quoi faire? En ce sens, il a été conçu comme faisant partie d'un voyage dans lequel nous emmènerions celui qui l'écoute. En outre nos morceaux sont plutôt longs, 4 à 5 minutes, ces "Vignettes" permettaient donc de maintenir un certain rythme en l'accélérant à certains moments.

C'est plutôt une gageure de concilier les deux.
Tout à fait mais nous voulions que ce soit une manière de remédier de ce qu'on nomme "Attention Deficit Disorder" (Trouble Déficitaire de l'attention). Satisfaire ainsi les tenants de ces deux approches…

D'ailleurs vos compostions, bien que "pop", ne sont pas si directes que ça et virent souvent vers l'onirique.
C'est sûr qu'on a écouté les Beatles plus que une ou deux fois. (Rires). Ça ne nous gène pas de faire une titre "pop" de style couplet/refrain/chorus, etc.

"Seven Songs"?
Oui, par exemple. Mais, tôt ou tard, vous vous lassez de composer de tels morceaux. Et dès que vous éprouvez ce sentiment, ils ne sonnent plus si bien que cela à vos oreilles. Il vous faut alors dériver ailleurs, vous ressourcer avant de retourner avec quelque chose de plus basique.


C'est une démarche très intellectuelle alors…
Oui dans la mesure où nous avons délibérément choisi de faire dans le compliqué. Quand vous mentionnez l'onirisme, ça me semble, thématiquement, beaucoup plus en phase avec ce que nous avions choisi de véhiculer sur le disque.

Formellement cela s'est manifesté comment?
Eh bien par exemple les tonalités que nous avons choisies pour les parties de basse, les claviers. Nous avons tenté de créer des visuels qui soient spécifiques à chaque morceau. Il est intéressant de cumuler pianos, orgues, clavecins par exemple.

Lyriquement, peut-on parler de fil conducteur?
Je crois que nous avons opté pour des tas d'éléments surréalistes, un peu comme Syd Barrett. Il n'y a pas de thème en soi mais le Surréalisme en est déjà un à lui tout seul. À ce moment-là, le "concept" se bâtit de lui-même.

Il n'y a rien de linéaire il semblerait.
C'est exact? de la même manière que nos compositions sont alambiquées, ce que nous narrons n'a pas de début ou de fin. Nous jouons beaucoup sur l'absurde, l'incongru. Parfois, l'important résidait dans la façon dont une phrase sonnait plutôt que dans ce quelle signifiait. Je pense que la manière dont nous pouvons faire résonner un vers revêt une importance qui va au-delà du sens que nous pourrions ambitionner de donner.

Qu'est-ce qui vous permet cet artifice?
Tout simplement le fait que notre musique est une fiction. Nous ne parlons pas de la vie quotidienne, nous inventons des histoires; il nous est donc plus facile de créer des "visuels". Il est alors plus aisé à quelqu'un d'imaginer tel ou tel scénario.

Quand vous parlez de surréalisme, on peu ajouter un petit côté farfelu…
Absolument! Je dirais presque enfantin.

Comme dans un conte de fées?
Tout à fait. Quand vous vous déterminez par rapport à la musique que nous jouons, des textes enfantins apportent une touche d'étrangeté qui s'accorde avec nos titres. Quand vous êtes adulte, il y a toujours quelque chose d'inquiétant dans les contines pour enfants. J'apprécie ce contraste entre la joliesse qu'elles revêtent et en quoi elle peuvent sonner sinistres parfois.


Avez-vous essayé de jouer sur ces deux perceptions contradictoires?
Il y toujours, à un moment ou à un autre, comme une corde raide qui délimite les deux. Nous écrivons des "pop songs" mais pas de la "bubblegum music". Immanquablement il était important pour nous de créer un point d'équilibre qui se situe entre ces deux versants et de provoquer une interaction.

La pochette avec ce nounous pour enfants assis dans un environnement très sombre est en presque le véhicule, non?
Oui, le soin que nous prenons à l'illustration fait également partie de cette menace sous-jacente que nous souhaitons suggérer soniquement. Ça a été, dès le début, un des critères fondateurs de la démarche du groupe. Tyler, notre joueur de claviers, aime bien illustrer nos vidéos, celle de "Monk" par exemple ou la jaquette intérieure avec des poupées positionnées bizarrement dans diverses situations. Tout cela fait partie de notre esthétique.

Vous avez mentionné "Monk": a-t-il un sujet spécifique?
C'est une fiction bien sûr. Elle évoque ce que peut être le fait de ne rien sentir ou toucher. Littéralement, ce pourrait être à propos de ce que vis un moine (monk), mais ça va bien au-delà de ce personnage. Sa réalisation a été assez bizarre car, à l'origine, nous voulions faire un "dance song" avec une boîte à rythmes et un beat assez simple. Mais ça n'est pas dans notre nature. (Rires)

"Kiddie Hypnbogia" joue sur deux termes presque antagonistes"
Oui mais c'est un syndrome, sortir d'un sommeil et se sentir paralysé, assez rare. Tyler en a été victime quand il était petit. Ça dure environ 10 minutes et ensuite ça disparaît. Ce fut, à partir d'un évènement réel, une façon d'entrer dans un domaine indistinct et psychédélique. Tyler jouait ce piano très facétieux et dépouillé et moi j'arrivais avec des gros chorus de guitares.


Il y a aussi ce clavecin sur "Seven Sons"…
C'est un peu comme dans une symphonie. Chaque morceau en représente un mouvement et celui-ci se doit d'être spécifique. Sur ce clavecin, il y a un moment assez enlevé et il nous fallait quelque chose qui entre en conflit.

C'est un titre assez simple et direct, ce devait être difficile alors.
Honnêtement nous avons essayé à peu près de tout: du piano, de l'orgue et nous n'avons abouti à cette texture qu'au clavecin. Souvent notre méthode est similaire à celle-ci. Tenter quelque chose et voir ce qui se passe. Nous partons de quelque chose de simple, une basse et un clavier, vient alors le travail de trouver la tonalité spécifique à chaque composition. À cet égard, il n'y a aucun raisonnement derrière, juste le sentiment que ça vibre comme vous le voulez tout en ne sachant pas, au préalable, comment vous souhaitez sonner.

Comment vivez-vous, justement, le fait d'avoir ce "line-up" atypique"?
C'est parfois une gène. Nous nous sommes posés la question de recruter un vrai batteur et un bassiste ce qui m'aurait permis d'assurer les parties de guitare plus facilement. Un autre vocalise nous aurait également permis d'utiliser des harmonies à trois voix. Il y a aussi la problématique de savoir si vous deviez transposer sur guitare un titre composé aux claviers. En même temps, cela nous a obligé à innover ce qui est plus intéressant que si vous avez un line-up classique. Ces limitations vous obligent à prendre certaines décisions, par exemple le fait que ma batterie ne soit que minimaliste font que nous ne sonnons pas comme un groupe de rock standard.


On a mentionné les Beatles; on peut aussi penser à Syd Barrett ou XTC.
En effet. C'est juste un autre genre. je me demande souvent si les groupes qui jouent du heavy métal n'aime que ce type de musique. Quand vous êtes impliqué ans un style particulier, vous arrive-t-il d'écouter autre chose, du folk par exemple? Je considère qu'l faut être capable de garder une oreille ouverte à tout style de musique.

Mini Mansions c'est quand même une connexion très "british"…
Je comprends qu'on puis la considérer de cette manière. Mais ça n'a jamais été quelque chose de délibéré. Ça ne veut pas dire que nous ne sommes pas fans de pop musique britannique, simplement nous ne nous sommes pas déterminés par rapport à elle en tout basant sur des artistes comme ceux que vous avez mentionnés. Mon artiste favori est Elliott Smith voyez-vous mais, ayant été éduqué avec les Beatles ou le Floyd , notre façon de chanter ne peut pas se défaire de cette influence.


Vous disiez vouloir, avec cet album, faire passer l'auditeur par des hauts et des bas: si on devait résumer le voyage où vous l'emmèneriez, comment le qualifieriez-vous?
Je dirais que ce serait comme un film où les jours ne seraient pas tout le temps ensoleillés. Il y a une intrigue, il y a le développement de l'histoire avec la façon dont les personnages disparaissent un à un, excepté, idéalement, le héros. Seulement, les histoires ne sont pas aussi simplistes. Finalement, je vois avant tout ce disque visuellement et il est composé d'une chambre obscure avec quelques interstices de lumière essayant de se frayer un passage. Il y a de timides couleurs, un monde dont l'accès serait difficile et c'est pour cela que savoir s'en imprégner par de nombreuses écoutes est fondamental.

http://minimansionsmusic.com
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