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Edito

(H)IDE ENTITY

Alors que les élections régionales parviennent enfin à leur dénouement au terme d’une campagne électorale proprement affligeante, le fameux Grand Débat sur l’Identité Nationale dort depuis quelques semaines six pieds sous terre, après un bide retentissant. Comme s’il était possible de définir quelque chose d’aussi mouvant et insaisissable que l’âme d’un pays à un instant t, à l’heure où l’avenir se présente de plus en plus sous un voile opaque et incertain. Quelle réponse attendre d’une question si vaste et ambiguë, sinon ouvrir la porte à un mince filet de banalités tièdes et à des torrents de propos douteux ?

Il est tout aussi difficile de dresser le portrait robot de ce grand ensemble que forme une nation que de ce collectif de personnes beaucoup plus réduit qu’est une rédaction. Citons donc le cas albumrock. Ce débat sur l’identité du site (qui sommes-nous ? quels sont nos objectifs ?), nous n’avons cessé de le relancer, sans jamais parvenir à donner ne serait-ce qu’un embryon de réponse à peu près probante. La question demeure, car à l’heure où le web s’impose de plus en plus dans le paysage médiatique comme un acteur sérieux, je ne cesse d’être sollicité, en ma qualité de rédacteur en chef, par des étudiants en communication rédigeant un mémoire sur l’émergence des webzines. Et les questions, des trois personnes qui m’ont jusque ici interrogées, sont toujours à peu près les mêmes : comment nous positionnons-nous face à le presse écrite ? nous inscrivons-nous dans l’héritage des bon vieux fanzines tirés à la photocopieuse ou ouvrons-nous une nouvelle voie ? A tout cela, il est, encore une fois, difficile d’y répondre de façon définitive.

Quelques remarques tout de même, parce que cette question de l’identité du site, de sa nature comme de ses objectifs, vous êtes nombreux à l’évoquer en creux dans vos posts sur le forum. Depuis sa création en 2002, la vocation d’albumrock a toujours été d’embrasser le rock dans son acception la plus large, en essayant le plus possible de couvrir tout le spectre, aussi bien horizontalement (de la pop la plus mièvre au métal le plus brutal) que verticalement (de la démo 4 titres d’un trio de Trifouillis-les-oies au dernier U2), sans se focaliser sur un style précis ou un territoire particulier. Impossible d’être exhaustif, bien sûr : le punk/hardcore, le blues, une certaine frange de l’indie rock, les songwriters sont encore peu abordés sur le site (si vous désirez nous épauler là-dessus, n’hésitez pas à vous rendre à la page recrutement !) et nous ne parvenons à traiter qu’une infime partie de ce que nous envoient groupes et labels (et on en est désolés). Reste qu’albumrock demeure fidèle à cette volonté œcuménique de voguer au gré de nos envies, sans jamais rien imposer à nos rédacteurs.

L’identité d’albumrock se révèle ainsi changeante, rythmant ses mutations à chaque arrivée d’un nouveau rédacteur. Ayant rejoint l’équipe en 2005, je me suis notamment consacré, entre autres, à l’un de mes genres favoris, le stoner rock, qui n’était quasiment pas traité sur le site jusque alors. Albumrock est ainsi devenu l’un des rares sites généralistes à évoquer l’actualité de labels comme Small Stone, Longfellow Deeds, Buzzville, Tee Pee… et à aborder les grands disques séminaux du genre comme les productions françaises. Nicolas, lui, est arrivé quelques années plus tard avec dans ses bagages son amour pour Nine Inch Nails, son intérêt pour le prog-rock, son attachement au son nineties, etc… Margaux s’est dès ses débuts distinguée par l’attrait qu’elle porte aux formations indie anglaises les plus prometteuses. On pourrait évoquer ici le cas de chaque rédacteur…

Vous l’aurez compris, albumrock est plus une somme d’individualités provenant d’horizons les plus divers qu’un troupeau sommé de se conformer à une vision unilatérale du rock. Seul demeure cet intérêt commun : évoquer les disques qui nous plaisent, les groupes qui nous passionnent, humblement, modestement, mais sérieusement. Voilà le creuset d’une liberté à laquelle nous sommes attachés plus que tout. Reste que cette ligne éditoriale assez lâche n’est pas sans causer chez le lecteur quelques menues incompréhensions, ce qui s’est vérifié récemment.

Au cours du mois de février se sont vues publier coup sur coup une chronique du dernier BB Brunes ainsi qu’un article sur la réédition du premier disque de Lady Gaga. Aïe. Et là, deux reproches de nature distincte de nous voir bombardés à la face. Pour le quatuor français, on ne remet certes pas en cause leur appartenance au rock, mais l’avis positif qui a été donné sur le disque. Si on comprend bien, on ne tolère les BB Brunes, Naast et consorts qu’à la condition de les démolir du haut de notre bon goût satisfait. Eh bien non. Il se trouve que des gens aiment ce qu’ils font, et si c’est le cas du rédacteur, il n’y a aucune raison de ne pas le laisser donner son avis, fusse-t-il à contre courant de la meute virtuelle. Nous laissons la subjectivité de nos chroniqueurs s’exprimer, même s’il arrive qu’elle ne représente pas l’avis majoritaire de la rédaction. Subjectivité qui, par ailleurs, n’est jamais remise en cause lorsqu’elle épouse l’avis général ! Je garde en mémoire le Black Holes And Revelations de Muse que j’ai poursuivi de ma vindicte dans ces colonnes, en restant sans doute le seul parmi mes estimables collègues à avoir un avis aussi tranché sur l’horripilant trio britannique (Laura, si tu me lis…).

Lady Gaga, elle, n’a apparemment rien à faire sur notre site. On nous a même suspecté de tenter de draguer un lectorat plus vaste en prostituant notre intégrité sur le trottoir de MTV. La bonne blague. Comme si parler de ce genre d’artiste n’allait pas au contraire provoquer une vague de protestations outrées, au final improductive si tant est que notre unique but est d’augmenter notre nombre de visites à tout prix. Ce qui n’a pas manqué. Qu’on se calme deux minutes. Fidèle à sa mère maquerelle Madonna, Lady Gaga produit de la pop, dans le sens étymologique du terme : de la musique populaire, qui vise donc à toucher le public hip-hop, variété, comme celui issu du binaire. On flirte certes avec les marges de notre terrain de prédilection, mais il était intéressant d’avoir l’avis d’une personne provenant du public rock au sens général sur ce genre de produits. Et si Margaux est apparemment sensible aux multiples tenues vestimentaires de la lady, c’est parce qu’ils participent à son concept (un peu fumeux et hypocrite sur les bords) mettant en abîme la société actuelle avide de célébrité et de paillettes. Voici encore un autre avantage de notre ligne ouverte : être assez larges pour proposer une rédaction alignant une quasi-parité garçons-filles. Que les féministes enragées adeptes de l’égalitarisme total(itaire) m’excusent, mais il semble que les filles ne voient pas tout à fait le rock avec les mêmes yeux que les garçons. Il est parfois intéressant de leur laisser exposer leur vision.

Au final, on se rend compte que de ne pas avoir de ligne éditoriale précise est une façon d’en avoir une bien définie. Même en voulant bouffer à tous les râteliers, on finit toujours par se faire taper sur les doigts. Ce sont les risques du métier. Reste que ça peut procurer un certain bonheur et un élan de satisfaction lorsque, le même matin, on met en ligne une chronique du premier album de Black Sabbath et du dernier Hot Chip. C’est dans ce genre de grands écarts qu’albumrock, à nos yeux, affirme sa singularité. La même qui nous pousse aujourd’hui à préparer un dossier sur Jimi Hendrix en parallèle à un balayage critique de la discographie d’Opeth.

Cette question de l’identité de notre site, vous y êtes constamment associés amis lecteurs, par vos plébiscites comme vos réprimandes. N’hésitez pas à réagir sur le forum pour nous aider à trancher et à nous renouveler.

par Maxime










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