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Critique d'album

Iron Maiden


Killers


(02/02/1981 - EMI - New Wave of British Heavy Meta - Genre : Hard / Métal)
Produit par Martin Birch

1- The Ides of March / 2- Wrathchild / 3- Murders in the Rue Morgue / 4- Another Life / 5- Genghis Khan / 6- Innocent Exile / 7- Killers / 8- Prodigal Son / 9- Purgatory / 10- Twilight Zone / 11- Drifter
Note de 5/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"La jeunesse emmerde Margaret Thatcher"
François, le 27/05/2026
( mots)

Les encyclopédistes de la New Wave of British Heavy Metal le savent : l’un des enjeux relatifs à cette nouvelle vague anglaise, qui fut selon nous la première véritable expression originelle du Metal (c’est-à-dire suffisamment autonome du rock, et donc du blues, ce que n’était pas le hard-rock des 70s), est sa chronologie. Entendre : quand a-t-elle commencé et quand s’est-elle achevée ? Nous profitons de cette chronique de Killers pour répondre au premier aspect de cette question, puisque le cas d’Iron Maiden est particulièrement éclairant pour pointer ces difficultés de datation.


Si l’on en croit les annales et les récits officiels, le début de la NWOBHM se situe entre 1979 et 1980 : en s’appuyant sur les albums, la scène connait ses premiers remous avec Survivors de Samson et Saxon de Saxon en 1979, puis en 1980, avec les premiers opus d’Iron Maiden, Def Leppard, Tygers of Pan Tang, Angel Witch, Diamond Head et Girlschool, pour ne citer que les groupes les plus emblématiques. On pourrait étendre la sélection aux EP et aux singles, ce qui permettrait de donner à Def Leppard (The Def Leppard E.P.) et Iron Maiden (The Soundhouse Tapes) un statut de pionniers déjà présents dans les bacs dès 1979.


Mais il est possible de remonter encore un peu plus dans le temps : certains acteurs secondaires de la scène avaient déjà produit des premiers albums bien plus tôt, comme Quartz en 1977 et Marseille en 1978, même si d’un point de vue esthétique, le classement de ces premières sorties au sein la NWOBHM est contestable. Cependant, si l’on prend comme critère les années d’activité, la vague remonte au mitan des années 1970, puisque plusieurs combos étaient déjà plus ou moins dans le circuit à cette époque. Il en va ainsi d’Iron Maiden, qui connaît plusieurs chrysalides depuis 1975, autour de son pilier Steve Harris : en étant moins généreux, on peut considérer qu’en 1978, la formation est dans un état suffisamment abouti pour être considérée comme étant belle et bien devenue la Vierge de Fer. Bien sûr, il faut prendre en considération les évolutions ayant eu lieu entre temps, qu’il s’agisse de sa composition (car Iron Maiden ne saurait se résumer à son leader), ou de son style musical – que de chemin parcouru depuis l’époque des reprises de Free, Wishbone Ash et Savoy Brown qui animaient les soirées alcoolisées des pubs populaires. 


On pourrait, à juste titre, ignorer ces années de gestation en arguant qu’il n’y a d’existence, auprès du public, que dans les bacs. Qui, après tout, retiens vraiment les noms des petits groupes vus par hasard au gré des premières parties et des jukebox vivants des troquets ? Cependant, les compositions écrites dans ces années de formations sont bien souvent celles qui finissent sur les sillons des premiers albums, et l’on se retrouve à écouter, en 1980, de la musique du milieu des années 1970. Ainsi, Iron Maiden et Killers, les deux premiers opus du groupe, mettent principalement en valeur des titres parfois très anciens : Killers ne contient même que deux morceaux complétement écrits pour (remplir) l’album en question. Il s’agit de "Murders in the Rue Morgue", où l’on perçoit vraiment le processus de consolidation de l’esthétique du groupe tant il sonne comme du Iron Maiden à l’état pur (notamment l’introduction qui anticipe "Children of the Damned"), et "Prodigal Son", qui est un exercice d’imitation de Rush témoignant des influences progressives du combo.


Si Killers est bien la suite logique d’Iron Maiden, et ce jusque dans l’origine de ses différentes pistes, deux évolutions sont à notées. D’abord, l’arrivée du guitariste Adrian Smith en 1981, qui aurait pu avoir lieu dès 1978 si celui-ci n’avait pas privilégié son groupe, Urchin. Il vient remplacer Dennis Stratton, dont l’égo et les addictions, étaient devenues difficilement gérables à mesure que le succès augmentait – leur présence en première partie du Unmasked Tour de Kiss ayant été un vrai tournant à ce titre. En outre, Iron Maiden s’offre les services de Martin Birch, un producteur aguerri (Fleetwood Mac, Deep Purple, Wishbone Ash, Black Sabbath pour Heaven and Hell) qui permet à Killers de bénéficier d’une production excellente, là où celle d’Iron Maiden était plus… artisanale.


Sur le plan musical, le lien entre les deux albums est assez évident, notamment sur les titres qui portent le plus l’influence des 70s. Les plans de guitare et les riffs d’"Another Life" symbolisent parfaitement la transition entre les années 1970 et les années 1980, de même que ceux d’"Innocent Exile" sont encore très inspirés par la décennie précédente malgré quelques passages de six-cordes et de basse plus modernes. L’ultime "Drifter", très grooy, relève de cette même catégorie – les lignes de guitare assez sombres évoquent même l’univers occulte de Black Sabbath. Enfin, il faut relever le choix d’intégrer un instrumental en miroir à "Transylvania", soit "Genghis Khan" qui, selon nous, reste un peu moins marquant que son prédécesseur (bien que sa deuxième partie soit excellente).


Néanmoins, Killers illustre aussi le raffinement de l’esthétique du groupe, porté par une belle ambition dont témoigne l’introduction instrumentale, épique et martiale, "The Ides of March". Ce type d’ouverture rappelle encore les albums de rock progressif, avant de devenir un gimmick récurrent du Metal, en partie du fait d’Iron Maiden. L’avènement de leur style définitif semble bien être célébré par "Purgatory", qui confirme pleinement l’inventivité qui démarque le combo du reste de la NWOBHM, ou encore par "Wrathchild", où l’alliance du riff et de la ligne de guitares déploie une rage Heavy et un groove incroyable. Ce dernier morceau marque définitivement l’entrée dans une nouvelle ère pour les musiques saturées, même s’il possède encore un air d’UFO. En outre, le titre est un jeu de mots fondé sur la prononciation similaire à celle de Rothschild, un effet de style pour mieux dénoncer les inégalités sociales de la société britannique (et qui pour l’anecdote, m’a valu un malentendu avec un trumpiste légèrement complotiste). La présence du discours politique n’est pas totalement nouvelle chez Iron Maiden puisqu’en 1980, le groupe avait fait parler de lui avec une mise en scène de l’assassinat de Margaret Thatcher par Eddie sur la pochette du single "Sanctuary" (pour faire taire la polémique, la Dame de fer prend sa revanche sur la pochette "Women in Uniform", sorti la même année). Enfin, "Killers" est selon nous le chef-d’œuvre de l’album, principalement pour son introduction complétement démentielle - les cris, la basse, la montée en puissance service par des effets saisissants. Un coup de maître.


A choisir entre les deux albums de l’ère Di’Anno, nous préférerions peut-être la fraicheur d’Iron Maiden au professionnalisme de Killers qui en outre, comporte peut-être moins de compositions mémorables : il n’en reste pas moins un excellent album, prouvant s’il le fallait, qu’Iron Maiden brillait avant même l’arrivée de Bruce Dickinson.


A écouter : "Killers", "Wrathchild", "Purgatory"

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