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Critique d'album

Soft Machine


Third


(06/06/1970 - CBS - Jazz Rock Psychédélique - Genre : Rock)
Produit par

1- Facelift / 2- Slightly All The Time / 3- Moon In June / 4- Out-Bloody-Rageous
Note de 5/5
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Note de 5.0/5 pour cet album
"L'hymne à la vie et le chant du cygne de Soft Machine. Intemporel et universel."
Geoffroy, le 10/03/2010
( mots)

L’humeur n’est plus au beau fixe chez Soft Machine. Mike Ratledge a finalement réussi à prendre le contrôle du groupe et se plaint des élucubrations scéniques de notre ami Robert Wyatt, qui lui, voit son œuvre et son talent relégués au rang de simple instrumentaliste, coupé de toute forme d‘expression vocale. Désormais, Soft Machine sera un groupe de fusion jazz-rock sérieux et exemplaire, ne laissant plus la moindre place aux drôleries pataphysiques, ni aux délires live de son batteur et à peine aux textes, se consacrant exclusivement à la démonstration de leur technique florissante sur de longues pièces de vingt minutes.

Wyatt laisse couler et comprend que Soft Machine est sur le point de perdre son âme. Il a de toute façon déjà commencé à travailler sur ses futurs albums solos et ira fonder Matching Mole, formation issue d’un jeu de mot subtil. Mais Robert ne cède à la volonté de son claviériste qu‘à une seule condition : une dernière chanson, une ultime ode à la vie. Le chant du cygne. Par bonheur, cette concession lui sera accordée, permettant ainsi l'intronisation d'un album au fond déjà insoutenable au statut de véritable chef d'oeuvre de la musique moderne.

Enregistré live en Angleterre au mois de janvier 1970 au cours de deux concerts proches, Third est un travail de studio phénoménal, utilisant l’art du découpage, montage, collage, à l’instar du Bitches Brew de Miles Davis. La tendance est à la fusion. Utilisons l’énergie survoltée du rock avec la liberté incommensurable du jazz et éclatons toutes formes de structures préconçues. Ainsi, pour ces concerts, Soft Machine a recruté de nouveaux musiciens : Elton Dean, nouveau membre permanent, au sax alto, Rab Spall au violon, Lyn Dobson aux sax soprano et à la flûte, Nick Evans au trombone et Jimmy Hastings à la clarinette. Cette formation est depuis considérée comme la meilleure qu’ait connu le groupe.

 

L’album répond à une idée simple mais imposante : un morceau, une face. Il s’ouvre sur les expérimentations de "Facelift" et le clavier de Mike Ratledge, superposant délires d’orgue saturés et improvisation de Hugh Hopper et Elton Dean. On sent d’emblée que les musiciens ont atteint une forme d’expression totalement libre dans leurs structures et leur discours, les accords salvateurs du thème de Hopper et les percussions de Wyatt offrant un repère à l’auditeur sous les harmonies enragées de Ratledge et Dean, avant de sentir la construction actuelle se dissiper en fondu sonore, faisant place à une toute autre partie donnant à l’auditeur le plaisir de se perdre le temps d’un instant dans les nappes profondes du clavier et la légère envolée de la flûte de Lyn Dobson. La forme évolue, change ses rythmes, son tempo, son caractère, et se fait représentante d’un fond qui lui aussi est en constant mouvement, à des lieues des premières œuvres de la Machine Molle, utilisant des techniques de synthèse sonore totalement nouvelles, inversant les bandes pour passer les pistes à l’envers.

Les harmoniques de la ligne de basse introduisant "Slightly All The Time" et la frappe subtile de Robert Wyatt sont une merveilleuse section rythmique au duo de solistes que sont Dean et Ratledge qui semblent s’être trouvé l’un chez l’autre, des affinités musicales plus que sincères. Le tout se fait dans une ambiance et des thèmes jazzy incroyablement moelleux, notre batteur jouant de son charleston et de ses cymbales en toute impunité, laissant le saxophone se détacher en un superbe solo. Mike Ratledge exprime tout son talent et son être à travers des parties endiablées retombant sur de pures nappes immaculées et distordues dans un psychédélisme savoureux. La finesse et la précision des arrangements sont délectables, chaque musicien imprégnant l’auditeur de sa personne.

Puis, après quarante minutes de débauche instrumentale, se dresse une voix parmi cette folie, celle de Robert Wyatt, plus humaine que toutes, s’apprêtant à offrir à Soft Machine son dernier souffle d’émotion vocale avant de tirer sa révérence dans un morceau à la beauté sans précédent. Représentez vous le sentiment unique d’un passage ou d’un thème qui vous colle un pur frisson, claque en transe et dont vous sortez épuisés d’avoir trop ressenti. Et bien "Moon In June" en fait son essence, de son intro à sa conclusion, la moindre note devenant une chanson à part entière dans laquelle le batteur nous entraîne dans ses pensées profondes et ses paysages, de cette ligne de basse dantesque à ce clavier qui semble pleurer sous la puissance de la sensibilité. L’être humain dans ce qu’il possède de plus merveilleux, l’expression artistique poussée au confins de sa signification.

"Out-Bloody-Rageous" s’annonce dans une intro d’une douceur sans précédent. On retrouve dans la première partie de la pièce, le groove entrainant qui a fait les joies du Volume II avec des morceaux comme "Hibou, Anemone & Bear", puis dans une aisance surnaturelle se brodent autour des ambiances planantes les harmonies de Dean et Ratledge surplombées par la rythmique folle de Hopper et Wyatt avant de laisser le claviériste conclure magnifiquement Third dans le brouillard flou de l’outro se découpant en nappes saccadées et mourant dans un fondu sonore lourd de sens. 


En trois albums, Soft Machine aura révélé trois facettes de ses personnalités et celle qui nous est présentés sur Third est sans doute la plus difficile d‘accès. Mais loin d’être impénétrable, elle saura se révéler à qui lui tendra une oreille patiente et attentive, s’imprégnant de sa magie, de ses secrets et ses merveilles. Dernier véritable témoignage de Wyatt avant son départ à la suite de Fourth, où il ne tient plus que sans grande conviction, une batterie malgré tout exemplaire, il est considéré comme la pièce maîtresse de Soft Machine, et la dernière des trois pierres angulaires du groupe. Il est possible que vous détestiez cet album au moins autant que vous pourriez l'aimer, mais n’est-ce pas la condition du chef d’œuvre ? L’expérience vaut tout simplement le détour, ne serait-ce que pour "Moon In June", et que l’on comprenne ou non les sentiments de la Machine Molle, on ne peut qu’attribuer à Third le titre qui lui revient de droit. Il est la quintessence de la fusion jazz rock, apportant les bases d’un mouvement progressif naissant qui va s’approprier la décennie et donner une image beaucoup plus raffinée au monde du rock. 

Ne pensez pas pour autant que les albums suivants, sont de mauvais albums, bien au contraire. Ils sont de grandes œuvres de jazz contemporain influencées par un claviériste de génie qui ont exploré des univers que très peu de musiciens ont parcouru, et sont recommandés aux amateurs du genre. Simplement ils ont perdu ce qui faisait l’âme de Soft Machine, un petit bonhomme à la spontanéité rare qui composait certaines des plus belles chansons de son époque, des chansons vraies, le témoignage d‘une vie. A trop prendre au sérieux sa musique, on finit par en dénigrer une part essentielle.   

Ces trois premiers albums de Soft Machine sont une excellente introduction à l’école dite de Canterbury, exposant une manière nouvelle et unique de jouer de la musique sur des thèmes vivants et variés mais avec un état d’esprit que l’on retrouvera chez tous les artistes liés à cette scène et qui influence de nombreux musiciens encore aujourd‘hui. Un voyage sonore d’une richesse incroyable dans lequel vous rencontrerez des amis attachants au discours fascinant.
      





Je fus pris d‘une violente angoisse à l‘idée de chroniquer cet album, et n'aurait peut être pas du le faire. Une peur que tout rédacteur a certainement connu un jour en sachant qu’il était temps de s’attaquer à une œuvre qui lui tenait à cœur, mais qui peut être le dépassait. Des remises en questions, doutes et incompréhensions qui m’ont inexorablement poussé vers cette terrible interrogation : qui suis-je pour oser prétendre pouvoir parler de Third ? Et tous ces infinitifs sont nécessaires. Dans ces circonstances, il devient facile de se dérober à sa tâche, invoquant mille et une raisons justifiant son impuissance, facile de se trouver des excuses pour repousser le moment fatidique où l’on devra se jeter corps et âme dans son propre univers et balancer ses sentiments et émotions sans chercher à mentir, juste en se laissant aller, se foutant royalement de la peur de l’omission, des carcans stylistiques et autres obstacles empêchant une totale liberté d’expression… mais ce ne sont pas des excuses.


J’ai fini par comprendre que chercher à écrire sur Third c’est déjà utiliser des mots, donc le réduire et mentir. Alors je l’avoue sans honte : oui, Third me dépasse. J’ai beau le respirer, le dévisager, m’en délecter, sentir ses caresses et en imprégner mes oreilles des dizaines de fois, je n’arrive jamais à l’encaisser, ni même à le reconnaitre. Il me file l’impression d’avoir le crâne grand ouvert et d’y introduire des choses étranges, solides, liquides, qui changent ma perception et me perdent dans ma propre tête. Je nage dans l’infini et l’inconnu, j’ai peur, suis rassuré, exulte, ris, puis me surprend à pleurer, d’abord de tristesse, enfin de joie, pris d’une ivresse fantastique… Je crois connaitre cet endroit, mais il a tellement changé depuis la dernière fois, et quand était-ce cette dernière fois ?

Je tremble, redécouvre ces paysages tout en écoutant le discours de mes amis. Je n’en capte que quelques bribes puisqu’ils parlent tous à la fois, mais je les comprends, ils ont tant de choses à dire. Je ressens leur colère, leur passion, leur amour qui me brûlent, me transpercent et me ravissent, m’appellent à la vie. J’observe la lumière et l’obscurité de ce monde sans jugement, invoquant l’une et l’autre comme les entités d’un équilibre indispensable.

L’humanité m’envahit dans la beauté de son éphémère existence et je me surprends à croire. A croire que l’être humain est définitivement beau, que la faculté de ressentir est la chose la plus merveilleuse qui soit et que seules comptent cette lumière et cette obscurité, occultant tout le reste tant elles sont brûlantes de vérité. Je ne suis pas omniscient et ne peux le devenir, mais je sais que je peux m’en approcher, inconsciemment, quand je me perds suffisamment pour ne pas le chercher. L’omniscience me frôle, s’insinue en moi l’espace d’un instant, m’envahit de spasmes et de frissons pour disparaître instantanément et me faire comprendre que je ne pourrais la supporter. J’en ressors toujours différent, avec pour seul point commun cette tension et ce sentiment unique d’avoir touché à l’extase, à la vie et à la vérité.


Je suis désormais certain de la raison pour laquelle je passe les trois quarts de ma journée à écouter et jouer de la musique… Vous n’avez besoin que d’un nom de groupe et d’album et rien d’autre: ni genre, ni détails techniques, ni comparaisons, ni étiquettes. Ils ne feraient que trahir le fond d’une pièce intemporelle et universelle comme Third, qui fait partie des rares à véritablement mériter le titre de chef d‘œuvre. Vous pouvez choisir de rester lucides et conscients ou bien de vous perdre dans ce qui est beaucoup plus qu’un disque : une relique de l’espèce humaine qui peut vous faire réaliser qu’endurer toute la merde de ce monde est supportable quand on comprend ce que procure l’expression artistique de l’Homme, à la fois poussée à son extrême et concise en son plus simple apparat. Si vous vous ouvrez à elle et apprenez à vous nourrir de vos joies et de vos peines, de votre bien être et de votre douleur, sans vous mentir, alors vous trouverez la paix.

Commentaires
pougatchoff, le 19/10/2017 à 21:33
bien vu !
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