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Critique d'album

Gorillaz


Plastic Beach


(09/03/2010 - - hip hop virtuel - Genre : Autres)
Produit par

1- Orchestral Intro (ft. Sinfonia ViVA) / 2- Welcome to the World of the Plastic Beach (ft. Snoop Dogg and Hypnotic Bras / 3- White Flag (ft. Kano, Bashy, and the National Orchestra for Arabic Music) / 4- Rhinestone Eyes / 5- Stylo (ft. Bobby Womack and Mos Def) / 6- Superfast Jellyfish (ft. Gruff Rhys and De La Soul) / 7- Empire Ants (ft. Little Dragon) / 8- Glitter Freeze (ft. Mark E Smith) / 9- Some Kind Of Nature (ft. Lou Reed) / 10- On Melancholy Hill / 11- Broken / 12- Sweepstakes (ft. Mos Def and Hypnotic Brass Ensemble) / 13- Plastic Beach (ft. Mick Jones and Paul Simonon) / 14- To Binge (ft. Little Dragon) / 15- Cloud of Unknowing (ft. Bobby Womack and Sinfonia ViVA) / 16- Pirate Jet
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Comment rebondir sans mal après l'excellent Demon Days ? Comme ça."
Laura, le 29/03/2010
( mots)

Tout le monde sait très bien qui est Damon Albarn. C'est ce grand type à belle gueule qui dirigeait autrefois le groupe de britpop Blur, qu'on a longtemps placé de l'autre côté de la balance, en face d'Oasis. Cela dit, l'imparfait n'est pas tout à fait justifiable, car rien ne meurt jamais avec Damon Albarn. Mais Blur n'est pas le seul projet de Damon Albarn, et ça, c'est encore de connaissance publique : il est à la tête du groupe virtuel Gorillaz, mais aussi membre de The Good, the Bad and the Queen. Ce qu'on connait un peu moins, c'est la collaboration d'Albarn avec le projet Mali Music, ainsi qu'avec Amadou et Mariam, et sa création théâtrale Monkey Journey to the West. Rien de tout cela n'est un side-project, car absolument rien n'est anecdotique ; de plus, en cherchant un peu, on trouve toujours quelque chose à se mettre sous la dent, il y a toujours une nouvelle collaboration albarnienne à découvrir, c'est un homme en mouvement, comme l'est Jack White et ses multiples groupes.

C'est pour ces raisons que Damon Albarn est à présent reconnu comme un personnage majeur du paysage musical actuel. Il est important de parler de musique, et non pas seulement de britpop, car cela fait bien longtemps que l’artiste anglais s'est affranchi de la mention rock'n'roll. Jusqu'à présent, pratiquement tout ce qu'il a créé s'est avéré être d'une qualité qui force le respect, ce qui fait que même les critiques les plus sévères sortent leurs plus douces plumes à l'annonce d'un nouvel album d'un des projets d'Albarn. Encensement justifiable ou non ? Chacun a son avis sur la question.

Dans la série des projets d'Albarn, donc, Gorillaz tient une place énorme. Le groupe de cartoon composé du chanteur 2D, de la guitariste Noodle, du bassiste Murdoc et du batteur Russel, a été mis en image par le dessinateur au trait assurément trash Jamie Hewlett, et porté au son par Damon Albarn et son entourage musical. Une rencontre brillante, mais qui peut parfois pousser certains auditeurs à être blasés : pourquoi perdre du temps avec ces enfantillages graphiques ? Nous savons bien que ce n'est pas ce stupide personnage aux cheveux bleus qui chante, mais bien Damon Albarn, alors pourquoi l'habiller derrière quatre gus aux sourires pointus ?

Il faut voir plus loin, car Gorillaz n'est pas réellement un groupe, mais un concept. Certes, on s'est longtemps interrogé pour trouver le personnage réel derrière chacun des membres virtuels, et certes 2D a un sérieux air de famille avec Albarn, mais tout cela s'est avéré inutile. Les quatre membres colorisés ne sont rien d'autre que la projection artistique de la musique de Gorillaz, un univers poussé aussi loin que ce que Hewlett avait envie de dessiner. Et tous ceux qui se sont autorisé à mélanger le hip-hop/electro/rock sombre de Gorillaz aux décors colorés de Hewlett n'ont pas été déçus du voyage. En 2001, le premier album de Gorillaz fait un carton, et le single "Clint Eastwood" reste gravé dans nos mémoires comme la chanson phare de ce groupe plus qu'étrange. En 2005, Damon Albarn met les bouchées doubles avec l'incroyable Demon Days. Tout ça est entrecoupé de CDs de B-sides, de lives, de biographies et de remix, ne nous laissant pas le loisir d'oublier le groupe, et rafraichissant son image à chaque nouvelle sortie. Gorillaz est désormais connu et reconnu comme un groupe de trip-hop aux mille featurings, aux ambiances parfois lugubres mais toujours variées, dans un univers graphique reconnaissable entre tous.

Et puis, tout d'un coup, plus rien. Des rumeurs courent, beaucoup de rumeurs : Damon Albarn est occupé ailleurs, mais il serait en train de plancher avec Blur, Blur est mort, Blur va revenir, Damon Albarn ne veut plus s'occuper de Gorillaz, Gorillaz est mort, vive Gorillaz. Jusqu'à ce que, il y a peu de temps, un nouvel album de Gorillaz soit annoncé. Fébrilement, chacun recueille les détails qu'il peut. Le titre de l'album sera Plastic Beach. Que compte faire Damon Albarn avec un titre pareil ? On découvre la pochette de l'album, on ne comprend pas trop. Des teasers apparaissent alors, et on tombe sur un univers 3D loin de la démarche placardée du 2D en 2D d'autrefois. Et aussitôt, on est replongé dans l'univers Gorillaz : 2D le dépressif a toujours le même regard vide et insondable, Noodle est à présent une androïde capable de résister aux balles, Murdoc a pris le pouvoir, et Russel est un géant, "car il a avalé trop de produits chimiques en nageant vers la plage en plastique", précise Albarn. Qu'est ce que c'est que cette histoire de plage en plastique ? Avant même d'avoir l'album entre les mains, le pitch nous était révélé : le groupe a échoué sur une île faite des déchets de la mer, et les membres, contemplant les vagues, au milieu des morceaux toxiques, en ont profité pour faire de la musique. Arrive alors le premier single, "Stylo", avec un clip décoiffant, dans lequel Bruce Willis himself course en voiture un Murdoc survolté, un 2D paniqué, et une Noodle au regard démoniaque. Jamais Gorillaz n'avait été aussi vivant.

Alors que pour certains groupes, il suffit d'un titre pour se représenter son style, c'est une chose quasi impossible pour Gorillaz. Le groupe n'a pas véritablement changé de formule, il a juste évolué vers quelque chose de plus riche, matérialisé par le passage de la 2D à la 3D. Sur Plastic Beach, Gorillaz est véritablement un collectif, un concept tout à fait palpable, derrière lequel Damon Albarn ne se cache plus. Pour ce CD, il invite une grosse poignée de personnalités de la musique, des orchestres improbables, se pare d'une casquette rouge, et sourit, laissant apparaitre sa dent en or. "T'appelles ça un boulot ?" demande-t-il, euphorique, demandant comment il peut être payé pour se donner autant de plaisir. Inspiré de ses voyages et de ses expériences, Albarn s'est donné à fond dans ce come back tant attendu, produisant quelque chose qui part dans tous les sens, mais qui finit toujours pas faire demi-tour pour atterrir en douceur sur cette plage en plastique.

Jamie Hewlett, qui s'était dit lassé de dessiner l'univers de Gorillaz, parait lui aussi revigoré et très motivé. Il dessine la plage en plastique selon les désirs de son associé, et annonce que tout ceci et comme un film, sauf que ça n'a pas besoin d'être un film, puisqu'on nous fournit le son et les images : on n'a plus qu'à tout se faire dans notre tête. La plage en plastique prend vie sous la forme d'un énorme monticule de déchet, sur terre et sous la mer, et qui, de loin, ressemble à une île paradisiaque. Hewlett veut que, à une certaine distance, on se dise "Qu'est ce que c'est que cette merveilleuse chose rose ?" et qu'en nous approchant, on découvre de quoi la plage est faite : de déchets toxiques. Et c'est en fait toute la réalité de la musique de Gorillaz qu'il révèle.

L'album s'ouvre sur une symphonie pleine de bruits de vagues et de mouettes, et de violons à la fois salvateurs et ultra flippants, puis évolue vers un "Welcome to the World of the Plastic Beach" funky, sur lequel rape Snoop Dog. Le ton est donné : l’album aura des accents hip-hop, et Albarn a invité du lourd. Arrive ensuite "White Flag", peut-être la piste la plus incroyable de l'album. Inspiré par son voyage en Syrie, Damon Albarn a certainement voulu rendre hommage au pays en donnant des sonorités arabes à la chanson, mais ce n'est pas de simples allusions qu'il a mises dans la piste : il a carrément invité l'orchestre national de la musique arabe. Il a ensuite habilement mélangé ça avec le rap des très énergiques Kano et Bashy qui se donnent la réplique, et la rencontre est tellement improbable qu'on se demande comment ça peut marcher. Et pourtant, c'est parfaitement efficace, et Albarn baptise cela du "dancehall syrien". Toutes les pistes ont quelque chose de surprenant, comme si Albarn avait haussé les épaules et y avait jeté n'importe quoi. Cependant, tout resplendit d'une brillante cohérence, et ce n'est pas simplement dû au fait que les mots "plastic" et "beach" soient scandés sur pratiquement toutes les chansons. En réalité, tout est vraiment funky, et même si les featuring sont très variés, les ambiances qui en ressortent sont en apparence très lisses (la plage en plastique de loin), mais il en dégorge un fond mélancolique déconcertant (la plage en plastique de près).

Pour le reste, ce qui sort d'office du lot est bien entendu la collaboration avec Lou Reed, qui chante du début à la fin sur "Some Kind of Nature", par dessus un piano très The Good, the Bad and the Queen. Sa voix mythique est accompagnée par celle, un peu écorchée, de Damon Albarn. La piste est une vraie bombe, et pourtant, aucun riff sauvage à l'horizon, aucune envolée électro surpuissante. C'est identique avec "Empire Ants", en featuring avec la délicate Little Dragon. Ici, le choc electro est doux mais puissant. On retiendra aussi le rythme lent et électrique de "Rhinestone Eyes", sur lequel Damon Albarn a cédé sa place à 2D, qui chante avec tristesse les hélicoptères qui balayent le périmètre. Tout respire une affreuse désillusion, pire que dans "Feel Good Inc", et nous donne envie de nous défenestrer du phare de la plage en plastique. Il y a en effet sur Plastic Beach des pistes directement sombres, mais pas seulement. "Stylo", avec son beat hypnotique et les voix chaudes de Bobby Womack et Mos Def, qui viennent rehausser le ton de dépressif d'Albarn, a quelque chose de très entrainant. Pourtant, on reconnait que ce single n'a pas la trempe nécessaire pour détrôner "Clint Eastwood". Beaucoup d'autres pistes sont particularisées par leurs rythmes entêtants, aussi synthétiques que les déchets de la plage. C'est le cas pour "Glitter Freeze", qui nous agace par le fait qu'il flirte avec l'agaçant sans jamais y tomber, et le très hip-hop "Sweepstakes", en featuring avec Mos Def, et illustré par un très bel artwork de Hewlett présent dans l'édition DVD. On retiendra également le drôlissime "Superfast Jellyfish", tel une publicité pour un produit un peu spécial. De La Soul, Gruff Rhys et Albarn y chantent les mérites d'un petit paquet de mollusques à réchauffer au micro-ondes pour le petit-déjeuner. Le beat tranquille est accompagné par des bruits étranges et un refrain rigolo aux accents commerciaux.

Quoiqu'il en soit, pour passer en revue tout l'album, il faudrait en réalité s'arrêter sur chaque composition, comme si l'on avait affaire à une sorte de recueil de nouvelles dont chaque thème serait différent, mais dont la plume serait finalement la même. On dit parfois de certains albums qu'ils sont variés. Pour Plastic Beach, le mot est un peu faible. Albarn a eu envie d'embarquer tout son petit monde dans un univers particulier au scénario déjà établi, tout en laissant la liberté à ses hommes d'interpreter ça comme ils le désiraient. Ainsi, quand la voix d'Albarn apparait, elle semble ressurgir pour nous signaler qu'il maitrise tout, et pour redonner un petit coup de fouet à ses compagnons. C'était une idée audacieuse, et il fallait être certain de pouvoir monter ses auditeurs à bord de son bateau pour qu'ils acceptent de voyager. Certes, Damon Albarn est Damon Albarn, mais sa renommée et son expérience ne peuvent pas tout lui permettre. Enfin, une fois qu'on a remarqué cela, on ne peut cependant que s'incliner, tant son projet est une pure réussite, surprenant du début à la fin, distrayant, jouissif par moments, et toujours dans l'esprit Gorillaz. Ca transpire la joie de faire de la musique. A vrai dire, ca transpire simplement la musique, et les amis d'Albarn font bien de préciser que "ça change de toute la merde qu'on entend aujourd'hui". Albarn a voulu se perdre en pleine mer, loin des stéréotypes actuels, mais il n'a pas perdu le nord. On ne peut pas dire qu'il s'affranchisse de tous les codes de la musique actuelle, loin de là, mais l'apparente singularité de l'album ne cache rien d'autre qu'une véritable singularité.

Plastic Beach est un album-concept ludique, dans lequel l'univers est poussé à son paroxysme jusqu'à devenir indispensable pour la compréhension de l'album. Albarn parvient en effet à mélanger les préoccupations fictives de ses quatre naufragés avec les siennes, comme l'écologie, la société de consommation (mangera-t-on vraiment des mollusques surgelés plus tard ?), ou encore la paix dans le monde. On pourrait voir ce gros monticule de déchets en plastique comme un panneau clignotant nous demandant d'agir pour arrêter la pollution des océans, mais en réalité, ce n'est pas du tout ça. Certes, la plage en plastique est une métaphore de la pollution d'aujourd'hui, mais elle est tellement grosse qu'elle ne semble qu'un prétexte à la musique de Gorillaz. En pourtant, on ne peut pas s'empêcher d'avoir cette vision triste du monde dans un coin du crâne, et de repenser au deuxième album, dans lequel Albarn suppliait : "O green world, don't desert me now". Ici, la verdure a clairement déserté le paysage, mais loin de s'en lamenter, Albarn incorpore ça dans une musique tellement criarde qu'elle ressemble parfois à une grosse blague. Mais quelle bonne blague que celle-ci. La blague de l'année, à n'en pas douter.

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Commentaires
Gorillaz1, le 16/04/2017 à 15:19
Quand cet album est sorti, il s'est beaucoup moins vendu que les 2 précédents, ce qui a entraîné le non-financement de la vidéo de "Rhinestone Eyes". Et au début, pas mal de gens ne se gênaient pas pour dire que c'était nul. Ces gens-là avaient tort. Maintenant, plusieurs années plus tard, beaucoup de fans de Gorillaz montent à la tribune de YouTube pour réhabiliter cet album qu'ils jugent mal-aimé. Et comment leur donner tort ? Car "Plastic Beach" est une vraie merveille créée dans des conditions pas forcément idylliques : Murdoc avait pris toute l'autorité créative, 2D a dû revenir de force et sa peur des baleines avait été savamment utilisée par le bassiste et Russel ainsi que Noodle n'étaient même plus là (Murdoc avait jugé ne pas avoir besoin des 2 derniers et voulait s'amuser avec ses connaissances en robotique). Dans ces circonstances, l'album aurait facilement pu être nul. Mais il est superbe. A part le morceau "Sweepstakes" (qui est juste passable), toutes les musiques sont absolument magnifiques. C'est relaxant, envoûtant, parfois épique et c'est ça qui fait la force de cet album. Comme quoi, tu peux te réfugier sur une île en plastique, lâcher 2 de tes musiciens comme un malpropre, kidnapper ton chanteur et utiliser une baleine pour le terroriser, construire un cyborg pour lui faire jouer de la guitare, te faire courser par Bruce Willis, voir une entité représentant le mal nommée Boogieman en train de caresser un lamantin puis convoquer des fantômes représentant Damon Albarn et ses musiciens, te faire attaquer par une bande de pirates de l'air (les Black Clouds) ayant juré ta perte... et malgré tout, pondre une vraie perle musicale. Bien joué, Mister Niccals.
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