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Critique d'album

Oasis


Be Here Now


(21/08/1997 - Helter Skelter/Sony Music - Brit Pop - Genre : Rock)
Produit par

1- D'You Know What I Mean ? / 2- My Big Mouth / 3- Magic Pie / 4- Stand By Me / 5- I Hope, I Think, I Know / 6- The Girl In The Dirty Shit / 7- Fade In-Out / 8- Don't Go Away / 9- Be Here Now / 10- All Around The World / 11- It's Gettin' Better (Man!!) / 12- All Around The World (Reprise)
Note de 4/5
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Note de 3.0/5 pour cet album
"Oasis emporte la britpop avec lui dans son naufrage assourdissant."
Maxime, le 25/10/2008
( mots)

On peut borner le mouvement Britpop entre le 30 août 1994 et le 21 août 1997, soit respectivement entre les sorties de Definitely Maybe et de Be Here Now. Oasis en a été l’accoucheur, il en sera le fossoyeur. Alors que la cervelle de Kurt Cobain n’avait pas encore fini de sécher, le combo mancunien tournait violemment la page grise de l’époque grunge à coups de singles bas du front incroyablement accrocheurs. Assez de désespoir, il était temps de revenir aux principes basiques du rock’n’roll, la défonce, l’alcool, les putes et d’assumer la pop en tant qu’entreprise destinée à conquérir les foules en flattant le plus bas dénominateur commun. Derrière Oasis cavalent Blur, Pulp, Suede, The Verve, Supergrass et l’Angleterre retrouve son trône sur l’échiquier mondial. Les frères Gallagher récoltèrent bientôt les dividendes de leur ouvrage, (What’s The Story) Morning Glory ? fut pire qu’un carton. Un raz-de-marée. Alors que le groupe assemblait devant lui plus de 250 000 fanatiques à leurs deux concerts historiques à Knebworth à l’été 1996, Noel pouvait affirmer sans avoir à se justifier comme le fit John Lennon avant lui : "Putain, on était plus grands que Dieu !" Et les Oasis de se vautrer dans la débauche et l’autosatisfaction avec la vulgarité du parvenu.

Tout en goûtant à l’ivresse des sommets, Noel Gallagher n’en oublie pas moins de penser à l’avenir. Une bonne partie du successeur de Morning Glory ("Fade In Out", "Stand By Me") est déjà dans les cartons. "All Around The World" fut écrit il y a trois ans, et présenté aux proches par son géniteur comme "pouvant remporter le concours de l’Eurovision. Avec cette chanson-là on gagnerait les doigts dans le nez, avec au moins trente points de différence !" Ce nouvel opus avait pour fonction de reprendre les fondamentaux d’Oasis pour les pousser dans ses retranchements. Noel, toujours : "Je veux retrouver cette ambiance à la "Strawberry Fields", quelque chose de différent de Morning Glory. Si le premier album était une bande-son pour aller se bourrer la gueule et le deuxième pour rester chez soi après avoir tiré un coup, le troisième parlera de rester chez soi pour tirer un coup et puis ressortir immédiatement pour se bourrer la gueule." Le très justement nommé "My Big Mouth" et "It’s Getting Better (Man !!)" sont joués au public tout au long de l’année 1996, alors que le groupe frôle une nouvelle fois la rupture en septembre.

L’enregistrement débute le 7 octobre au studio Abbey Road. A la barre depuis les débuts du groupe, le producteur Owen Morris voit arriver devant lui une bande de musiciens ne touchant plus terre, accompagnés d’une véritable cour de flatteurs et de parasites, allant enregistrer comme on va pointer. Des montagnes de coke s’empilent un peu partout. Les premières sessions débutent. C’est un désastre. Morris tente plusieurs fois de raisonner Noel, mais celui-ci a les sourcils aussi épais que des œillères et ne lui prête aucune attention. Il n’a plus qu’à subir. Harcelée par la presse tabloïd, la troupe déménage ses quartiers le 11 novembre dans le comté de Surrey. Mais la quiétude de la campagne anglaise ne suffit pas à apaiser les esprits, et le groupe fonce tête baissée dans le mur. Le verdict de Morris est limpide : "La seule chose qui tenait les gars ensemble était le fric. Noel avait décidé que Liam était un chanteur de merde. Liam avait décidé de détester les chansons de Noel. Ce disque, c’est des quantités industrielles de drogue, des grosses bagarres, des mauvaises vibrations, des sessions d’enregistrement merdiques." Pendant de longs mois, le disque est masterisé à plusieurs reprises dans une atmosphère de paranoïa aiguë qui plombe les nerfs du personnel de Creation.

Be Here Now peut être vu comme le dernier volet d’une trilogie, eut égard à la symbolique de sa pochette. Celle de Definitely Maybe déployait les 4 points cardinaux d’Oasis, recensant les ingrédients d’une recette destinée à conquérir la planète : pop millésimée (portrait de Burt Bacharach), alcool (un verre de gin), cigarettes (un paquet de Benson & Hedges) et football (cliché d’un joueur de Manchester City et non de la United, s’il vous plait ne confondons pas !). La photo floue de Morning Glory, sur laquelle on peut apercevoir Owen Morris avec les masters de l’album un matin à Soho, illustre un groupe en mouvement, sur le vif, travaillant à sa gloire. Au frontispice de Be Here Now : les lads posant fièrement dans le jardin d’une splendide villa. Dans la piscine, une Rolls Royce, clin d’œil à un épisode fameux de la carrière des Who, au cours duquel un Keith Moon déchaîné avant flanqué une Rolls au fond d’un bassin. Et même si depuis le groupe de Pete Townshend a mis en doute la véracité de cet épisode, Noel Gallagher s’en moque, préfère la légende à la vérité. Arrogant, le groupe regarde l’auditeur/acheteur sans se soucier du véhicule englouti, métaphore d’un naufrage que les musiciens furent les derniers à diagnostiquer.

Le titre Be Here Now est une invite péremptoire : "soyez-là, ici, maintenant, vous allez assister à quelque chose de grandiose, un aboutissement triomphal". Quand il sortit peu de temps avant l’album, le single "D’You Know What I Mean ?" décrivait par le biais de son clip ce qu’Oasis était devenu à l’époque. L’équipage de deux demi-dieux, les Abel et Caïn de la britpop embarquant les foules dans un immense délire collectif. Ambiance à la Apocalypse Now, paysage anglais vu à la mode Full Metal Jacket. Devant un parterre de jeunes gens emblématisant ses auditeurs transis, un Liam plus hautain que jamais lâchait, sanglé dans son parka "T’vois ce que j’veux dire ? Ouais, ouais". Il défiait l’autorité suprême, Dieu ou le père ("J’ai vu mon créateur et je l’ai fait pleurer/Et sur mon épaule il me demande pourquoi"). Bigger than life, vraiment. Le titre était long comme en jour sans pain, lourdaud et strident, Noel pillait sans vergogne ("Fool on the hill and I feel fine/Don’t look back coz you know what you might see", ou comment citer deux chansons des Beatles et un titre de Dylan en deux phrases, il n’y a qu’un Gallagher pour être aussi stupide et suffisant), mais personne ne s’en souciait.

Ce single liminaire donne pourtant le ton à tout l’album. 72 minutes pour douze plages en forme d’ode balourde et indigeste à la cocaïne. Quand on est sous coke, la notion du temps se dilue : 5 titres se perdent en longueur sans avoir la carrure pour supporter pareil étirement("D'You Know What I Mean", "Magic Pie", "Fade In Out", "All Around The World", "It's Getting Better (Man!!)"). Quand on sniffe, le jugement est altéré. Il y a là-dedans des titres qui n’auraient jamais été conservés comme faces A 18 mois plus tôt ("My Big Mouth", "I Hope I Think I Know", "Fade In Out", "Be Here Now"). "Stand By Me" et "Don’t Go Away" sont des titres sirupeux et braillards qui font honte aux "Live Forever" et "Don’t Look Back In Anger" d’antan. "All Around The World" se veut comme un "Yellow Submarine" déployé en un "Hey Jude" grandiose. Etalé sur plus de 9 minutes, il en devient pénible et irritant. Et puis la chanson de Ringo figurait sur Revolver, soit un des plus grands disques de la pop music, un formidable laboratoire d’inventions. Oasis se révèle être un copiste borné des Fab, sans en avoir l’envergure ni la vision. Quand on s’emplâtre le tarin, les sens sont viciés : la production est effroyablement hideuse et brouillonne. Owen Morris était parvenu à dompter les délires superfétatoires de Noel en conférant au son Oasis une fluidité permettant au chant de Liam de s’imposer. Son brick walling tombe en miettes, défiguré par des couches de guitares qui filent la nausée, un chant nasillard et éraillé, une rythmique pataude complètement noyée dans un déluge de feedback et d’overdubs et une basse simplement inaudible. Damon Albarn peut se marrer, les mancuniens méritent ici plus que jamais le patronyme de Quoasis (contraction d’Oasis et de Status Quo, groupe de chevelus adeptes du boogie lourdingue). L’intro de "My Big Mouth" est totalement à gerber. On devrait interdire d’agresser les gens ainsi.

Assourdissant et vilain, Be Here Now exaspère rapidement. Puis, le temps aidant, on s’aperçoit que quelques menues réussites surnagent dans ce marais saumâtre. "Magic Pie", bien avant Dig Out Your Soul, marque une incursion prometteuse en terres psychédéliques, avec une jolie petite mélodie hélas violée par un fatras sonique gluant semblant exaspérer Noel, lequel se met à gueuler "Shut Up !" en fin de parcours, comme victime d’une soudaine crise de lucidité. "The Girl In The Dirty Shit" est une chanson pas bégueule au charme persistant, qui s’articule comme une ritournelle. On peut dès lors s’abandonner à ce déluge et se mettre à beugler comme un sourd les "na-na-na-na" de "All Around The World" ou le refrain de "It’s Getting Better (Man !!)". Be Here Now charrie une hystérie finalement très communicative. Pourtant, on ne peut s’empêcher de penser que Oasis aurait pu sortir la tête de haute de ce difficile troisième album. En conservant le tiers potable de l’opus et en garnissant le reste de titres injustement publiés en faces B ("Sad Song", "Acquiece", "The Masterplan", "Underneath The Sky", "Talk Tonight", "It’s Better People", "Stay Young"...), on obtenait enfin le disque qu’on était en droit d’attendre. Il existe à l’état immatériel, flottant dans une dimension parallèle, et ne laissera à jamais dans la bouche et le creux de l’oreille qu’un amer sentiment de déception.

La presse musicale, qui avait écouté l’album peu avant sa parution, aurait dû prévenir la catastrophe. Mais elle n’a pas fait son boulot. Echaudée par Morning Glory qu’elle avait cueilli d'une oreille distraite, elle s’est bêtement empressée de couvrir le disque de dithyrambes. A l’époque, Internet n’était qu’à ses balbutiements, il était impossible pour le grand public de se faire une idée de la chose avant sa parution. En conséquence, Be Here Now s’écoula à près de 700 000 exemplaires la première semaine en Angleterre. Ce qui veut dire que le disque le plus vendu de tous les temps dans cette période en Grande Bretagne est aussi l’une des plus grosses déceptions de l’histoire de sa pop. Triste. Une quinzaine de jours après la mise en vente, une lame de fond commence à gronder. Les auditeurs écoutent le disque et se rendent compte qu’Oasis n’a pas tenu ses promesses. La contestation monte, et les ventes chutent de façon impressionnante, même si le disque se vendit bien (10 millions au total). Partout, des piles de Be Here Now fleurissent dans les bacs occasion et le groupe achève sa tournée en 1998 sous les sarcasmes. Pour une fois le grand public démentait la faconde des Gallagher. Noel va ensuite répudier cet épisode discographique honteux. Liam assume jusqu’au bout : "Si Noel n’aimait pas ce disque, il n’avait qu’à pas l’enregistrer. Je sais pas quel est son problème, mais c’est un super disque, j’en suis fier. Il est peut-être juste un peu long." Le drapeau Be Here Now est mis en berne et jeté dans les fosses de l’oubli. Aucun de ses singles ne figurera dans le best-of Stop The Clocks.

Pourtant, Oasis fera pire encore, touchant le fond avec le navrant Standing In The Shoulder Of Giants qui se soldera par le départ de Bonehead et Guigsy. Une page s’est irrémédiablement tournée. Depuis, le gang Gallagher est devenu un vieux groupe, délivré de tout esprit de conquête, de toute hargne, de toute exigence aussi, et se centre uniquement sur son cercle de fans. Noel accueille les compositions de Liam, puis bientôt celles de Gem Archer et Andy Bell, un relâchement dans son autoritarisme qui en dit long sur le déclin de ses ambitions. Un nouveau disque d’Oasis restera toujours un évènement, mais il s’accompagnera d’une odeur âcre de naphtaline. En dépit d’un clan très restreint de fans croyant dur comme fer que quelque part dans l’esprit de Noel Gallagher se cache un album de la trempe de Definitely Maybe, le gros de la masse suivant encore les frangins terribles sait pertinemment à quelle officine elle s’adresse et qu’elle obtiendra à chaque livraison cette pop ferme et épaisse, un peu pataude, qui colle aux oreilles et réchauffe le cœur. C’est déjà pas mal. Alors, quel intérêt présente encore Be Here Now pour l’auditeur de 2008 ? Même défiguré par sa production, il reste infiniment meilleur que n’importe quel effort des disciples patentés des Mancuniens (Kasabian, Stereophonics, Kaiser Chiefs, The Fratellis). Et, surtout, il reste à jamais une expérience singulière et inouïe : assister au spectacle sordide, monstrueux et fascinant d’un groupe se consumant en direct dans une orgie de larsens et un fracas de Marshall hurlantes.

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Commentaires
Raphaelle, le 03/07/2017 à 16:17
J'adore les chroniques de Maxime et je loue sa lucidité, voire même le ton cinglant de ses articles. Oui, cet album est démesuré, indigeste, indigne. Ok. Ecoutons toutefois D'You Know What I Mean seule, sans le concert de casseroles qui suit après. Certes le titre est trop long et se noie dans un déluge de réverb, de solos, de choeurs et on ne sait plus quoi encore tellement il y en a. Pourtant c'est irrésistible! Il y a comme un éclat, une évidence, une telle facilité à nous faire planer... C'est la caricature d'Oasis: le refrain ne veut rien dire, un solo débarque au milieu de nulle part, on visualise les stades entiers qui s'époumonent, c'est épique, et pendant qu'on est encore de chanter "yeah yeah", les guitares délirent de leur côté, c'est comme si rien ne pouvait nous arriver. Le plus magique étant ce pont au milieu de 5 minutes, ça ne sert à rien, on croit que c'est fini et non ça repart, juste pour le plaisir. Franchement, Be Here Now vaut le détour rien que pour ça.
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