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Critique d'album

R.E.M.


Out of Time


(11/03/1991 - Warner - - Genre : Pop Rock)
Produit par Scott Litt, R.E.M.

1- Radio Song / 2- Loosing My Religion / 3- Low / 4- Near Wild Heaven / 5- Endgame / 6- Shiny Happy People / 7- Belong / 8- Half a World Away / 9- Texarkana / 10- Country Feedback / 11- Me In Honey
Note de 5/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Le maître album pastoral de R.E.M., et curieusement l'une de leurs moins bonnes réalisations"
Nicolas, le 15/02/2016
( mots)

Il y a toujours quelque chose d’assez cliché dans l’idée même de démonter le disque le plus vendu d’un groupe. Comme si le succès populaire était synonyme d’infamie, de compromission, de bassesse ou même de trahison. Voir ainsi régulièrement conspué Out Of Time, le pourtant best-seller de R.E.M. écoulé à plus de vingt-deux millions d’exemplaires et pourvoyeur de singles hautement - d’aucuns pourraient même dire “excessivement” -  radio-diffusés, relève souvent d’un snobisme condescendant ou d’une bien pensance musicale mal placée. Levons immédiatement toute ambiguïté. Il n’est ici pas question de tirer à boulets rouges sur un authentique succès de masse, mais de remettre à plat le disque pour ce qu’il est, près de vingt quatre années après sa sortie, d’essayer de se défaire de ses envahissants ambassadeurs FM, de traquer ses forces comme ses faiblesses, de prendre du recul. Et de considérer ce septième album pour ce qu’il est : une mue pop rock pastorale avec des réussites incontestables, mais aussi des errances souvent inexplicables.


Ceux qui suivaient la carrière de R.E.M. à l’époque, c’est-à-dire à peu près personne en France, autant être clair, n’auront pas été totalement surpris par la tonalité ni par l’accessibilité d’Out Of Time que l’on sentait déjà nettement poindre dans Green, première véritable pierre de taille du carré d’Athens sur une major après des débuts stakhanovistes chez I.R.S. et prélude à un troisième disque lui aussi plus doux et calibré pour les masses, Automatic For The People, quoique sensiblement plus morbide. Toujours est-il qu’Out Of Time n’est pas un accident mais le fruit d’une évolution voulue, mûrie et menée jusqu’au bout de sa réflexion, ce que vient d’ailleurs confirmer la reconduite, en tant que producteur, du même Scott Litt qui officiait déjà sur les deux galettes précédentes (et qui sera maintenu à son poste pour les trois albums suivants). On ne ressent nullement l’envie, de la part de Michael Stipe et de ses trois collègue, de vendre le plus d’albums possible pour amasser le plus de fric possible, mais simplement de ne pas refaire deux fois le même disque, et au contraire de tenter la nouveauté, de s’essayer à des sonorités et à des instruments différents. La suite de leur discographie ne viendra jamais leur donner tort, et s’il est toujours facile de reprocher à un groupe de verser - ponctuellement - dans le mainstream et l’accessibilité, encore faut-il être aussi bon dans ce domaine que dans des configurations plus personnelles et originales. Or Out Of Time, par bien des aspects, se révèle une franche réussite.


Beaucoup d’adjectifs ont fleuri pour qualifier ce septième album, mais ceux qui reviennent le plus souvent sont “pastoral”, “bucolique” ou encore “solaire”. C’est un fait, R.E.M. ne s’est jamais montré aussi optimiste qu’en 1991, un grand millésime pour le rock (on vous renverra à cette portion de dossier consacré à Nevermind qui liste les pépites ayant fleuri cette année-là). La matrice rock alternatif, quoique demeurant bien présente, laisse s’exprimer de jolies mélodies pop et s’ouvre sur des sonorités plus folk voire country, une tendance cristallisée par l’emploi immodéré de la mandoline par Peter Buck. Autres faits marquants, une production ouvertement plus élaborée et la généralisation quasi-systématique des orchestrations classiques et notamment des violons. Voilà qui ouvre donc la porte à une collection de pop songs (presque toutes) chaleureuses, très bien écrites et savamment arrangées, certes un peu lisses pour ceux qui ont aimé les jeunes atours rustauds des géorgiens, mais intégralement sincères. Ce d’autant que les quatre hommes n’entretiennent pas de rapport ambigu vis-à-vis de la célébrité. Alors que le succès populaire et critique d’Out Of Time (3 Grammys, dont celui de meilleur album de musique alternative) offrait à R.E.M. l’opportunité d’enchaîner sur une tournée qui avait toutes les chances de faire exploser les comptes en banque de ses membres, ils ont préféré botter en touche et ne pas du tout soutenir leur bébé sur scène, fait extrêmement rare dans une industrie musicale alors toute puissante. Même s’il est vrai que la tournée donnée pour Green avait passablement éreinté les quatre hommes, il est un fait que Michael Stipe, tout en tirant parti de la diffusion que lui accordait Warner pour proposer sa musique à une audience plus vaste, a su gérer sa célébrité naissante comme personne. On ne peut pas en dire autant d’un certain Kurt Cobain qui, sur les conseils de ce même Stipe, a signé quelques mois plus tard chez Geffen afin que Nevermind soit mieux diffusé. La suite de l’histoire est connue…


On ne peut pas aborder Out Of Time sans régler d’emblée leur compte à “Losing My Religion” et à “Shiny Happy People”. Tout le monde a tellement écouté ces deux vampires des ondes FM qu’ils ont acquis une sorte d’existence à part, au point que plus de vingt années plus tard, les entendre au sein d’un authentique album studio crée une réelle sensation d’étrangeté. “Losing My Religion”, tout d’abord, bien que devant initialement beaucoup à un clip qui a fait les beaux jours de MTV, est l’ADN de R.E.M., sa moelle osseuse, son nerf. Une mélodie tristement poignante, des paroles moins obscures qu’à l’accoutumée (l’une des raisons de son succès, sans doute) traitant de doutes, d’efforts, de luttes pour affronter un amour contrarié, et ces arpèges magnétiques de mandoline qui sont probablement devenus l’une des lignes de cordes les plus emblématiques du groupe. Alors quoi ? Parce qu’on a entendu mille fois un morceau, on ne pourrait plus l’apprécier ? Loin s’en faut, et c’est la même chose avec le sémillant “Shiny Happy People”, son chant dual (merveilleuse Kate Pierson des B-52’s), ses interludes orchestraux, sa guitare bondissante, touchante de naïveté, et encore cette intelligence mélodique hors pair qui fait mouche à tout instant. Stipe a depuis pris ses distances avec ce morceau (qui ne figure pas dans le best-of In Time de R.E.M. paru en 2003, dont le nom est pourtant une référence explicite à son album phare) car elle lui a valu beaucoup de critiques qui conspuaient sa naïveté et son côté fleur bleue, alors que la chanson est inspirée d’une affiche de propagande chinoise placardée dans les rues de Pékin après le massacre de la Place Tien An Men. Toujours est-il que s’il faut critiquer Out Of Time, ce ne sont certainement pas à ces deux coups d’éclat pop qu’il faut toucher.


Il se trouve que, comme pour le disque précédent, il n’y a pas ici de recherche d’homogénéité ni de progression dans le disque, et de fait la tracklist est bizarrement constituée. Si l’introductif “Radio Song” pose les bases avec ses nappes de violons, ses ruées d’orgue Hammond, ses arpèges espiègles et les featurings (un peu lourdauds d’ailleurs) du rappeur KRS-One, introduction parfaite à “Losing…”, “Low” flanque d’emblée un coup de massue en plein sur la tête de l’auditeur. Pas vraiment loupée, cette lente litanie, grave et dépressive, casse toute la force positive de l’album, tandis que “Near Wild Heaven”, au contraire, passe un gros coup de brosse sur l’ardoise et fait briller une telle béatitude qu’elle en paraît comparativement presque niaise, ce que n’arrangent pas des choeurs angéliques semblant baigner dans le sirop de fraise, ni même “Endgame”, petit instrumental ravi qui en frise presque la sotterie. Et là-dessus, c’est “Shiny…” qui s’enchaîne. Bref, à ce stade, on ne pige pas trop où les quatre américains veulent en venir.


Mais heureusement l’album s’améliore nettement dans sa deuxième partie. À commencer par “Belong”, toujours positif avec ses claquements de doigts taquins, mais cette fois-ci plus consistant, recentré sur le trio guitare-basse-batterie et agrémenté d’une voix off habitée. Jolie valse à trois temps, “Half A World Away” voit la mandoline de Peter Buck revenir flatter nos oreilles sur fond de claviers, clavecin, violons, et Stipe y traîne son spleen avec une réelle poignance. On pourra surtout apprécier le pop-rock-country “Texarkana”, rarement cité comme pièce maîtresse du disque et paradoxalement peut-être le meilleur morceau du lot, surpassant par certains côtés les deux monstres de célébrité. La basse de Mike Mills y fait véritablement des merveilles, et tandis que les arpèges se font plus conquérants que jamais, Stipe demeure dans le lointain, distant, presque détaché d’un titre qui se place de lui-même sur orbite. Et puis il y a ce “Country Feedback” hanté qui, à l’inverse de “Low”, parvient à charrier une certaine noirceur sans gâter la beauté fragile de l’ensemble. La gratte acoustique et la pedal steel s’y marient admirablement, un véritable modèle du genre.


Le disque aurait pu s’arrêter là, mais R.E.M. a cru bon de conclure sur une note joviale et optimiste. Était-ce vraiment une bonne idée ? Pas forcément, ce d’autant que l’emploi de la délicieuse Kate Pierson est loin de s’avérer aussi pertinent que sur la chanson des “gens heureux et rayonnants”. Toujours est-il que “Me In Honey” souffre, justement, d’un peu trop de miel, symbole de ce disque étrangement fichu qui alterne les véritables coups de génie et les sorties de routes les plus incompréhensibles, un disque qui n’en reste pas moins la clé de voûte du carré d’Athens, son maître étalon, celui auquel toutes ses productions antérieures et postérieures seront comparées. Et donc l’un des moins bons, ou en tout cas celui dans lequel on aime le moins se reconnaître. À tort… mais pour les mauvaises raisons. Il n’en reste pas moins qu’Out Of Time est le disque le plus positif et le plus optimiste de R.E.M., un disque qu’il fait toujours bon d’écouter de temps à autre, avec lequel on se prend toujours autant à sourire en ayant la larme à l’oeil. C’est aussi ça, le charme de la pop music.

Commentaires
nico, le 09/02/2017 à 19:35
"Ceux qui suivaient la carrière de R.E.M. à l’époque, c’est-à-dire à peu près personne en France"...Je ne sais pas quel age a l'auteur de cette chronique, mais grâce à quelques rock-critics à l'oreille fine - François Gorin, à l'époque chez Rock n'Folk, en 1er lieu - on était quand même un certain nombre à avoir plongé avec délices dans cet espèce de folk-rock new-wave dès le EP "Chronicle" en 82. Et les concerts - certes pas encore dans des stades, loin s'en faut - confirmaient tout l'énorme potentiel du groupe. Bon, pour en revenir à cet album là, je me souviens juste m'être dit après avoir entendu "Losing my religion" pour la 1ère fois "Voilà ! Ces mecs vont enfin avoir le succès qu'ils méritent"...et avoir ensuite été partagé entre la satisfaction d'une prédiction réalisée et la légère déception de devoir partager un trésor comme ça avec trop d'autres personnes. Finalement, sûrement pas l'album que je réécoute le plus, mais un tournant important à coup sûr.
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