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Critique d'album

Gojira


Magma


(17/06/2016 - Roadrunner Records - Progressive Death Metal - Genre : Hard / Métal)
Produit par Joe Duplantier

1- The Shooting Star / 2- Silvera / 3- The Cell / 4- Stranded / 5- Yellow Stone / 6- Magma / 7- Pray / 8- Only Pain / 9- Low Lands / 10- Liberation
Note de 4/5
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Note de 3.0/5 pour cet album
"La Montagne du Destin"
Etienne, le 24/06/2016
( mots)

Le voilà enfin, le volcanique album du monstre Gojira, certainement l'album metal le plus attendu de l'année. Mondialement qui plus est. Car Gojira a bien grandi depuis ses débuts en 1996. L'enfant prostré de Terra Inc en 2000 a viré Sauvage en 2012 tout en conservant les fondations d'un son lourd, épique, colossal. Après plusieurs semaines de teasers suspects, d'images intrigantes et de silences perturbants, les français annoncent Magma et dévoilent coup sur coup trois titres étonnants, "Stranded", "Silvera" et enfin "The Shooting Star". Trois sorties relayées par nombre de médias qu'on pourrait qualifier de généraux. Et c'est là que le drame commence...


Tout le monde attendant Gojira - dont la com' a parfaitement fonctionné pour cette sortie - s'est donc épanché depuis plusieurs jours sur la qualité de Magma. Même ceux qui sont pourtant les moins enclins à apprécier ce registre fermé qu'est le metal extrême. Chronique de Télérama, interview dans le Monde, invitation au Petit Journal pour la première TV de leur carrière, Gojira semble avoir brisé les barrières qui le séparait du carcan intellectualiste réservé habituellement à la musique de masse. Mais pas pour les bonnes raisons.


Gojira est en effet le groupe de metal facile à aimer pour les consensuels médias hexagonaux: groupe de potes "made in France" de Bayonne, une message écolo palpable au travers de sa musique (l'album From Mars To Sirius ou encore le titre "Toxic Garbage Island"), une fratrie soudée en guise de capitanat, récemment éprouvée par la perte de leur mère - message martelé à outrances depuis plusieurs mois -, tout est réuni pour toucher le patriote comme le révolté, l'intransigeant comme le coeur tendre, le fan hardcore comme le néophyte. Autant dire qu'en 2016, Gojira est devenu le groupe metal à la mode, celui qu'on cite allègrement pour montrer sa différence (mais pas trop quand même) et indiquer qu'on est à la pointe des tendances musicales de 2016. Sauf que.


Dire que Gojira est un groupe français n'est pas faux, bien évidemment. Le groupe a toujours cultivé un lien particulier avec le public gaulois, lui offrant des concerts dantesques, personnels, forts. Mais le Gojira actuel, le tout-puissant, le rouleau-compresseur tel qu'on nous loue les mérites depuis des jours, ne doit pas sa réussite à la France. Exilés aux Etats-Unis depuis belle lurette, les frères Duplantier (qui possèdent la double nationalité américaine) ont construit leurs vies respectives à New York. Famille, studios d'enregistrement personnels (Silver Cord Studios dans le Queens), la bête a beau être sortie de terre à Bayonne, elle a mué à New York pour y acquérir le statut majeur qu'elle a aujourd'hui. Encenser les bayonnais car ils sont le fleuron de la scène française n'est pas un mal, mais s'en limiter à ça est omettre une bonne partie de la vérité.


Quant à les réclamer écologistes forcenés, là aussi le bât blesse. Bien sûr, Gojira est engagé pour la planète et le groupe a même produit un EP spécial pour l'association Sea Sheperd - qui n'a jamais vu le jour ou qui en tout cas n'est plus disponible depuis longtemps. Qu'importe, Gojira défend la nature et c'est très bien comme ça. Mais de là à trouver un sens militant à chaque note, mot, pochette... Il est lassant de croire que tout prête à interprétation. Chez Gojira il est bien souvent question d'introspection, phase pendant laquelle les tourments et questionnements de chacun trouvent un écho singulier dans la musique du groupe. Chacun y perçoit son émotion propre, chacun y voit sa signification propre. La défense de notre environnement en est une. Mais elle est très loin d'être la seule.


Enfin, si le courage vous pousse à lire toutes les chroniques de Magma disponibles, vous observerez la recrudescence des termes "émotion" et "atmosphère" sans aucun mal. Non pas que le disque ne procure pas les premières et ne construise pas les secondes, absolument pas. Mais l'absurdité d'un tel matraquage lexical révèle une méconnaissance totale de la discographie du groupe. L'émotion a toujours été palpable chez Gojira. Qu'elle soit musicale avec un riff épique comme "Flying Whales" ou engagée comme le poignant "Wisdom Comes" inspiré par Martin Luther King, le quatuor a toujours cherché à toucher son auditoire au coeur, aux tripes et à l'esprit. Gojira est presque un groupe intellectuel de la scène metal. Sa démarche artistique est toujours extrêmement poussée, sérieuse, appliquée. Mario ne se contente pas de taper sur ses fûts comme un acharné, il dessine et peint beaucoup - en atteste tout l'artwork entourant Magma. Gojira n'a pas attendu vingt ans pour faire passer de l'émotion pure. Il a simplement mis vingt ans pour la délivrer frontalement, sans pudeur, avec cette candeur affolante de sensibilité. Quant aux atmosphères censées être innovantes à l'écoute de Magma, que ceux qui prétendent que Gojira a toujours matraqué sans finesse aillent réécouter "The Gift Of Guilt", "Oroborus" ou encore "Born In Winter". Les nappes sonores de ces morceaux enveloppent l'auditeur dans un cocon de décibels et créent déjà des atmosphères d'une forte densité. En rien, Magma n'est innovant - mais reste remarquable - sur ce point.


Tout ça pour dire que tout ce qu'on peut lire sur Magma dans les médias généraux n'est pas franchement à la gloire du groupe tant ces éloges ignorants peinent à saisir la portée d'une telle oeuvre. Gojira est, et a toujours été, un groupe complexe, tout comme son oeuvre. Lui coller l'étiquette de groupe "Made In France", "Ecolo" et "Brisé" n'est pas lui rendre justice. Magma doit être pris pour ce qu'il est musicalement et pas pour ce que le groupe représente, depuis des années qui plus est. Et comme à chacun de ses disques, le quatuor pousse l'auditeur dans des retranchements analytiques compliquées, qui pour le première fois depuis longtemps, n'en déplaise à la critique, ne sont pas totalement en la faveur de Gojira. Explications.


Magma. Ma-g-ma. La figure maternelle séparée par le G de Gojira. Deux syllabes réunies autour d'un seul leitmotiv. Deux frères réunis autour d'un seul et même dessein, d'une seule et même peine. Un titre lourd et pesant qui traduit le bouillonnement émotionnel qu'ont traversé Joe et Mario Duplantier pendant les sessions de cet album qu'ils ont commencé fils et terminé orphelins. On aurait pu attendre un déchaînement de violence, de hargne, de tristesse recyclée en rage à l'orée d'un sixième album forcément bouleversant. Mais il n'en fût rien. Magma a beau être incendiaire, il est la lave statique et attentiste au fond du cratère en opposition aux flammes virevoltantes du passé.


Gojira a en effet complètement renversé la dynamique qui était la sienne depuis ses débuts, à savoir variations de structures, enchaînements de phrasés divers ou encore modifications de tempo à tout-va. C'est d'ailleurs à cause de ça que le groupe s'est souvent vu attribuer une étiquette progressive, ce qui était en soi assez justifié mais restait un frein indéniable à leur accessibilité. Avec Magma, la concision est de mise et la frénésie n'a plus sa place dans des morceaux recyclant un ou deux motifs au maximum. Gojira brode, étoffe, ornemente autour d'un même thème sur chacune de ses compositions: "Magma", "The Shooting Star", "Pray", "Low Lands", "Silvera" et même "Stranded" possèdent des identités fortes, marquées par un riff ou une mélodie notable sur lesquelles se greffent alternances, mutations et autre innovations délicates. Rythmiquement, Mario calme son jeu et préfère l'efficacité de la sobriété ("The Shooting Star", "Stranded") à l'anesthésie de la complexité - "The Cell" mis à part. En ça, le groupe poursuit le travail initié avec son album précédent, le très bon L'Enfant Sauvage, tout en gagnant en directivité et en singularité. Et en assumant sans concession ce parti-pris inexploré jusqu'alors, Gojira étonne et doit sa réussite tant à son courage qu'à son travail acharné en studio.


Le son de Magma est en effet colossal et d'une acuité sonore remarquable, mais là encore ce n'est pas une nouveauté. Pour un premier album sorti du jeune Silver Cord Studio, Joe Duplantier a soigné son résultat avec une production impeccable, s'affranchissant même des services de Josh Wilbur (Megadeth, Trivium, Hatebreed, Killer Be Killed) qui avait officié sur le précédent album. Fort d'un studio conçu à leur image, les quatre français ont pu s'acclimater aisément à cette nouvelle "maison" et peaufiner leur recherche d'équilibre sonore avec des murs et des hauteurs de plafonds aux agencements modulables. Le résultat est sidérant d'énergie et de précision: la basse, charpentée, gronde sous les guitares chirurgicales et tranchantes dont chaque note voit sa résonance décuplée. Les riffs de "The Shooting Star", "The Cell" ou encore "Only Pain" font la part belle à quelques attaques vigoureuses de plectre sur des cordes qui révèlent des sonorités insoupçonnées. Une quête louable de perfection musicale qui passe donc par un travail minutieux mais également l'intégration subtile de quelques éléments empruntés ci et là dans le paysage musical metal/rock moderne.


Car si Magma ne dénature pas la qualité du son Gojira, il en modifie clairement l'identité. On y retrouve des morceaux courts et accrocheurs dans lesquels les guitares laissent la tension s'installer progressivement à grands coups de notes tenues et étirées ("The Shooting Star") et qui explosent dans des refrains à power chords étonnants ("Stranded", "The Cell"). On tend étonnamment vers un son typé stoner (?!) avec des vocalises claires vaporeuses, quintuplées et pleines d'écho en guise de fil conducteur lors de morceaux contemplatifs comme "Magma" ou encore "Low Lands". De là à faire le lien avec la masterisation de Ted Jensen qui a notamment travaillé avec... Mastodon, il n'y a qu'un petit pas à franchir. Mais Gojira va aussi piocher dans un répertoire plus sombre qui ramène au Slipknot psychotique de .5: The Gray Chapter et au tribal Sepultura dans "Pray". Batterie dure et riffs saccadés sont martelés sans retenue pour l'un des rares moments de virulence d'un album fondamentalement apaisé. La quête de soi passe par l'inspiration des autres, c'est ainsi qu'on pourrait voir l'aventureux projet musical Magma.


Un projet qui peine pourtant à convaincre dans la durée, notamment à cause de quelques faux-pas inhabituels de la part de Gojira. Le groupe, qui apporte tant d'importance à fournir un disque plein, sans temps mort, incruste deux morceaux instrumentaux sur un album de dix petites pistes. Deux morceaux totalement anecdotiques. "Yellow Stone" ressemble à un gros jam où une basse pleine de distorsion distille sporadiquement quelques notes sans conviction. Quant à "Liberation" et sa guitare acoustique hispanisante, ses trois longues minutes ne décollent pas et la supposée relaxation que le titre est censé apporter vire vite à l'ennui. Surtout que "Low Lands", le morceau précédent, se boucle sur un étonnant arpège du même acabit. Un étrange redondance inutile, peut-être importante aux yeux des frères Duplantier, mais qui voit son réel intérêt musical réduit à néant. De plus, alors que Gojira avait mis en place sa nouvelle machine de guerre depuis quatre titres, l'insipide "Yellow Stone" casse complètement la dynamique de l'album après un féroce "Stranded" et avant un audacieux "Magma". Une faute de construction qui aurait pu être vite oubliée si tant est que Gojira eut redressé fièrement la barre en proposant huit titres impressionnants. Ce qui n'est pas totalement le cas.


Magma démarre pourtant sur les chapeaux de roue en décontenançant brillamment avec le spatial "The Shooting Star", chant soyeux et riff caverneux, puis avec l'épatant "Silvera", seul véritable rescapé du Gojira nerveux et technique du passé. Enfin, "The Cell" voit le groupe explorer son penchant le plus death, tout en agitation puis ondulation magnifiquement opposées. Gojira a donc d'emblée marqué les esprits avant d'entamer le mainstream "Stranded" dont la whammy stridente a fait beaucoup parlé. Effet intéressant une fois qui se révèle vite redondant à l'écoute d'"Only Pain", piètre ersatz de l'ode à l'abandon du début de disque. La suite, sans être mauvaise, décline à foison les voix nébuleuses et les guitares rampantes, nouveau credo d'un groupe qui bouleverse ses habitudes. Avec "Low Lands", "Pray" et "Magma", la plongée dans un univers hypnotique intrigue sans complètement convaincre, étonne sans réellement ébahir, désoriente sans vraiment émerveiller. Avec un Magma trop court et moins perturbant, on ne peut que constater l'évolution drastique de la part d'un groupe qui abandonne les riffs colériques pour les accords placés, les rugissements indociles pour les poèmes intelligibles. Un changement de ton étonnant qui porte préjudice à la portée musicale de ce nouvel album, trop itératif, trop bref, trop simple.


Avec Magma, Gojira parachève une quête personnelle qui l'a confronté à la mort comme pour mieux dessiner les contours de son destin. Émotionnellement marqué, Magma n'a rien d'un mauvais album, il est même plutôt bon dans son ensemble. Il n'a rien non plus du chef d'oeuvre présenté. Il est un disque élaboré, musicalement abouti qui transcrit sur portée chagrin, affliction et désarroi. Gojira prouve à tous son courage par ses nouvelles aspirations sonores et s'ouvre les plus grandes portes de sa carrière, s'offrant enfin à un auditoire bien plus large. A ce titre, Magma est une aubaine pour la scène metal et la scène française. On n'aura jamais autant parlé de Gojira que ces derniers jours et c'est une excellente chose. Mais le monstre apparaît bien fatigué sur les flancs de sa montagne du destin...


Chansons conseillées: "The Shooting Star", "Silvera" et "Magma"

Commentaires
Prout, le 14/07/2017 à 02:16
Le métal c'est pas fait pour se palucher
Etienne, le 04/11/2016 à 14:51
Rectif du rectif: ils sont originaires de Ondres mais le groupe s'est formé à Bayonne ;-)
Mr inconvénient, le 03/11/2016 à 11:08
Rectif : primo ils sont pas de bayonne mais de ondres dans les Landes, deusio ils doivent leur réussite à tout les landais et les basques qui les suivent depuis le début avec godzilla, puis belfort, j'en passe, et enfin James hetfield, qui leur a offert la première partie de Metallica. Avant New York il y a eu quelques albums quand même. Faits en famille Avec leur très talentueux copain lalaw, Laurent etchamendy. D'ailleurs, à l'époque de Way or the flesh, jo se réjouissait d'enfin pouvoir jouer au bikini, salle toulousaine où ils n'avaient encore jamais pu se produire. Quant à leur côté hype, il y dix ans déjà, les mecs rappliquaient sur scène pour nous blaster la tronche avec des coupes au bol, la télécaster et un tee shirt des Beatles taille s. Donc merde, écoute empalot. Et merci à eux.
jojo, le 29/06/2016 à 15:27
Un peu sévère tout de même A part l'interlude dispensable (même si sympathique), l'ensemble me semble vraiment d'excellent facture, et se bonifie à chaque écoute. Et Only Pain n'est pas ersatz de Stranded, il utilise juste un effet similaire pour un passage de la chanson, pas de quoi s'alarmer ;) On peut par contre tiquer sur la durée de l'album, plus courte qu'à l'ordinaire
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