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Alice au pays du rock


Steven Jezo-Vannier, le 12/09/2013

L'imagination au pouvoir


Le pays des merveilles et l'univers du rock ne partagent pas uniquement une sympathie pour les hallucinogènes et le psychédélisme, ils se retrouvent pour affirmer haut et fort que "rien n’est impossible" et que, comme le dit Alice elle-même, "[il est] ennuyeux et stupide de voir la vie continuer de façon normale". Le pays des merveilles est une contestation du monde réel et de la norme. Alice est une rêveuse. Naïve par certains aspects, elle croit en l'impossible et navigue dans un monde qui lui donne raison, stimulant la fertilité de son imagination. Les Aventures d'Alice au pays des merveilles partagent avec le rock cette même conviction. Les deux mondes sont peuplés de créatures excentriques, loufoques, parfois terribles, toujours entières. L'être le plus puissant du pays des merveilles, sans doute le plus énigmatique aussi, est le chat du Cheshire qui vient parfois au secours d'Alice lorsqu'il ne la met pas en difficulté. Son absurdité tient plus de la philosophie que de la folie. Guide mystérieux, il est libre d'aller et venir à sa guise, n'étant limité ni par l'esprit ni par la matière. Le chat du Cheshire inspire le "Lucifer Sam" chanté par Pink Floyd sur The Piper At The Gates Of Dawn, album de 1967 fortement marqué par l'empreinte de Syd Barrett, que la folie lysergique éloignera du groupe, puis des studios d'enregistrement. Le même personnage inspire des groupes de San Francisco : le Grateful Dead avec "China Cat Sunflower" et Frumious Bandersnatch avec "Cheshire". Pink Floyd, malgré l'écartement de Syd Barrett, reprend le thème d'Alice au pays des merveilles avec la composition du morceau "Country Song", pour la bande originale du film Zabriskie Point de 1970. Le film s'inscrit au cœur de la contestation étudiante et du mouvement de révolte de la jeunesse américaine contre l'ordre traditionnel. Dans sa chanson, Pink Floyd associe la tyrannie du système dominant à l'autorité despotique de la Reine de cœur, personnage égocentrique du roman, qui n'a de cesse de réclamer des têtes. Les contestataires des sixties, dont le rock porte la voix, se reconnaissent dans le personnage d'Alice lorsqu'elle se trouve confrontée à la norme autoritaire, et associent eux-mêmes leurs adversaires aux personnages du pays des merveilles. Pink Floyd et Them, dans "Walking In The Queen's Garden", dénoncent la Reine de cœur. Peter Doyle en 1966 et Bob Dylan beaucoup plus récemment ciblent les jumeaux Tweedle Dee et Tweedle Dum, qui vantent la politesse et la moralité. Les Everly Brothers dans "Talking To The Flowers" et Tom Northcott dans "Who Planted Horns In Miss Alice's Garden" évoquent les fleurs prétentieuses qui rejettent Alice de leur jardin parce qu'elle n'est pas comme elles. Les Beatles utilisent quant à eux le personnage du vieux morse, image du capitaliste ventripotent, dans "I Am The Walrus", "Glass Onion" et "Come Together" (une chanson écrite pour le lancement politique de Timothy Leary !).


En marge de l'énigmatique chat du Cheshire et à l'opposé de personnages tyranniques comme la Reine de coeur, se trouvent le Chapelier toqué, le Lièvre de Mars et le loir paresseux. Les deux premiers, créatures les plus loufoques du pays des merveilles, passent le plus clair de leur temps à prendre le thé, un tea time permanent qui les dégage de toutes les contraintes induites par le passage du temps. Il en résulte une fête perpétuelle traduite en "non-anniversaire" dans le dessin animé. La scène du thé peut être interprétée sous un regard libertaire, les partisans du flower power y retrouvent l'expression d'une forme de liberté complète par l'abolition de toutes contraintes et l'établissement d'une vie de plaisirs et de loisirs. Le personnage du chapelier fou inspire Incredible String Band qui lui consacre "The Madhatter's Song". On le retrouve également, et peut-être plus étonnement, dans le répertoire de Lynyrd Skynyrd, sous le titre "Mad Hatter", et représenté sur le macaron de l'album vinyl A Trick Of The Tail de Genesis, que le groupe consacre à l'univers légendaire des contes de fées.


Si l'imaginaire de Lewis Carroll a trouvé un écho particulier dans l'humeur de la jeunesse des années soixante, il demeure un référent incontournable de l'univers rock dans son ensemble. Jimi Hendrix aurait voulu y associer son chef d'oeuvre, Electric Ladyland en posant, pour la pochette, devant la statue de Times Square dédiée à Alice, mais la maison de disques préféra une photo trouble du visage flamboyant du guitariste. Par certains aspects, le pays de la "dame électrique" ressemble à celui des merveilles, vers lequel Jimi Hendrix se propose de nous conduire :


"Have you ever been to Electric Ladyland? (Avez-vous déjà été au pays de la Dame électrique?)
The magic carpet waits, for you (Le tapis volant vous attend)
So don't you be late. (Alors ne soyez pas en retard)
(I wanna show you) the different emotions ((Je vais vous montrer) les différentes émotions)
(I wanna run to) the sounds and motions ((Je vais suivre) les sons et les mouvements)
Electric woman waits for you and me (La Dame électrique nous attend)
So it's time we take a ride." (Il est temps d'embarquer.)


Le tapis volant menant au pays merveilleux est une analogie de la musique de Jimi Hendrix elle-mêm. Elle est un moyen de transport, un pont entre les mondes, l'image du terrier qu'utilise Alice. Quant à Hendrix, en se proposant de conduire l'auditeur, tout en redoutant le moindre retard, il prend les traits du lapin blanc, un être venu d'un monde fantastique, apôtre du rock qu'il convient de suivre attentivement, si l'on espère découvrir le pays fantastique d'une Alice électrifiée.
Commentaires
Arbitre, le 01/10/2020 à 00:23
Attention, les amis, la fin du "White rabbit" de Jefferson Airplane n'est pas "Keep you head", mais "Feed you head" (nourris ton esprit). Ce n'est pas un appel à la prudence, au contraire on peut l'interpréter comme une invitation. En fait, c'est Grace Slick (chanteuse) qui a écrit ce morceau avant même d'intégrer Jefferson Airplane. C'était en 1966, alors qu'elle officiait encore au sein de The Great Society (avec son mari et son beau-frère). Elle avait sans doute expérimenté le LSD, comme à peu près tout le monde dans ce milieu à cette époque, et la référence est certaine. Mais pour autant elle n'était pas une grande fan du LSD. Elle a toujours pondu des textes bizarres, et avait un goût prononcé pour tout ce qui touche à l'avant-garde (je crois qu'elle écoutait Stockhausen), par ailleurs elle était peintre (elle l'est toujours). Elle avait une imagination et une sensibilité naturelles. Mais il est vrai qu'elle encourageait tout un chacun à essayer le LSD, elle a même projeté un jour d'en verser dans le verre du président Nixon. "White rabbit" est donc la première fois qu'on compare "Alice au pays des merveilles" à un trip sous acide, et se termine non pas comme un appel à la prudence, mais au contraire par une invitation explicite à nourrir son esprit.
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Pressure Machine est à l’opposé d’une production grandiloquente bâtie pour partir à la conquête des ondes FM ou des stades. Le dernier album de The Killers se veut contemplatif et raffiné. Un disque délicat qui, comme souvent dans ce genre de concept, comporte quelques lacunes que nous allons évacuer d’emblée avec le titre “Desperate Things” et sa lenteur agrippante qui enferme l’auditeur dans une mélodie pompeuse dont l’auditeur n’arrivera jamais à se défaire, un passage fait de larsen finit d’anéantir tout espoir de trouver une étincelle et ce morceau constitue le seul véritable loupé de l’album. 

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