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Critique d'album

Coldplay


Everyday Life


(22/11/2019 - Parlophone - Pop rock anglaise - Genre : Pop Rock)
Produit par Rik Simpson, Dan Green, Bill Rahko, Angel Lopez, Federico Vindver, Max Martin

1- Sunrise / 2- Church / 3- Trouble In Town / 4- Broken / 5- Daddy / 6- WOTW / POTP / 7- Arabesque / 8- When I Need a Friend / 1- Guns / 2- Orphans / 3- Èkó / 4- Cry Cry Cry / 5- Old Friends / 6- ??? ??? / 7- Champion of the World / 8- Everyday Life
Note de 4/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Surprenant Coldplay"
Nicolas, le 30/11/2019
( mots)

Surprenant Chris Martin, capable de faire souffler le chaud et le froid avec une égale candeur, et surprenant Coldplay qui, du haut de sa gloire dans les stades et alors que l’on fêtera l’an prochain le vingtième anniversaire de Parachutes (vingt ans, gosh), parvient à prendre une nouvelle fois tout le monde à contrepied avec un huitième album aussi atypique qu’inattendu. Et tandis que l’évolution globale du carré anglais ne laisse guère d’espoir sur ses aspirations mainstreams totalement assumées, on ne peut que profiter de cette accalmie qui, malheureusement, ne devrait guère durer.


Coldplay, c’est avant tout Parachutes et A Rush Of Blood To The Head, deux joyaux qui, à l’heure où la Britpop buvait la tasse, ont étincelé de mille feux sur le paysage urbain de la Perfide Albion. Deux disques fabuleux que l’on ne pourra jamais ôter à Chris Martin et sa bande, deux disques qui auraient pu laisser espérer un legs époustouflant mais qui, au final, ont débouché sur des pétards mouillés. Fasciné par le mass success, le blondinet au sourire d’ange a fait basculer son effectif dans la pop de stade au prix d’une lente transformation, de X&Y (encore tolérable) à Mylo Xyloto (insupportable) en passant par un Viva La Vida qui, déjà, versait dans une musique boursouflée et surproduite tournant le dos à l’intimisme soyeux originel de Coldplay. Au passage, merci, Mr Brian Eno. Et alors que Ghost Stories laissait espérer un salutaire retour à plus d’émotion et de simplicité, l’horripilant A Head Full Of Dreams laissait tout loisir à CM de copuler avec le star system, et on vous passe l’abject EP Kaleidoscope et ses collaborations solo avec Avicii (paix à son âme) tant les étrons se sont accumulés. Pour autant, même au tréfond de ses compromissions, il restait encore un espoir, aussi mince fut-il, que la formation redresse la barre, qu’elle parvienne à renouer avec une certaine forme de sincérité, et Everyday Life vient nous rappeler qu’il est parfois bon d’espérer.


Ne nous laissons guère plomber par les rumeurs voulant qu’un successeur pop FM à ce double album ait de grandes chances de voir le jour l’an prochain. Sans doutes sont-elles vraies, mais au diable le défaitisme car il y a ici de quoi se montrer plus que satisfait, pour bien des raisons. Déjà parce qu’Everyday Life fait montre d’une ambition et d’une singularité assez saisissantes. Ambition dans le fond, album double plus que double album (cinquante six minutes en tout, hein, bon) avec une première partie (Sunrise) exposant les vicissitudes de l’existence et une seconde (Sunset) visant à nous donner des solutions pour les affronter, l’ensemble nous conviant à épouser la vie quotidienne de l’humanité durant une journée, du lever au coucher du soleil. Ambition dans la forme avec une œuvre aussi pudique qu’étrange, à l’artwork noir et blanc épuré, toujours très (trop, beaucoup trop) produite mais dont les bidouillages studios (d’un nombre astronomique) visent à nous plonger dans une atmosphère ouatée, vénérable, vintage (on a même parfois droit à des craquements de vinyle) en nous embarquant dans un voyage musical autour du monde. Le disque regorge de samples vocaux, discours, petites tranches de vie, chants d’enfant, altercation dans la rue, dialogues, discour d’un ancien, culminant sur le vrai-faux interlude au nom arabe (la police ne passe pas dans l'admin, désolé) qui nous renvoie à diverses langues et civilisations. Il s’en dégage une sentiment de profonde humanité, et toutes proportions gardées bien sûr, on pourrait rapprocher Everyday Life de The Dark Side Of The Moon de Pink Floyd tant les points communs entre les deux oeuvres abondent. Concept album à la mise en forme hyper-aiguisée, exploitation jusqu’au-boutiste de chaque instrument, digression vers des rivages psychédéliques voire progressifs par instants tout en gardant un solide socle pop, élargissement de la palette sonore (incorporation de cuivres en grand nombre notamment), différenciation très marquée d’un titre à l’autre entrant en collision avec une volonté affirmée de faire sonner l’ensemble comme un tout d’une parfaite cohérence. Et même si ce huitième album des londoniens ne saurait soutenir la comparaison avec le chef d’œuvre de leurs aînés, il y a là une démarche que l’on ne peut que saluer.


On a vaguement abordé l’éclectisme du disque, mais il s’agit pourtant là de sa caractéristique la plus primordiale. Chamber pop (“Trouble In Town”), gospel (“BroKen”), chorale anglicane (“When I Need A Friend”), rythm n’ blues (“Guns”), folk (“Old Friends”), chansonnette du début du 20e (“Cry Cry Cry”), world music africaine (“Orphans”), rock psyché (“Arabesque”), etc. On reste ébahi par ce road trip musical d’une épatante variété qui, aussi étonnant que cela puisse paraître, ne nuit nullement à sa cohérence. Les titres oscillent entre bref intermède et jam à tiroir, on pense dans le second cas à “Arabesque”, premier extrait à avoir été dévoilé par les anglais, égrené autour d’un motif répétitif rêveur que viennent enrober brass band solennel et saxophone chamanique (superbe contribution du nigérian Omorinmade Anikulapo-Kuti), avec une participation chantée en français du belge Stromae qui ne fait absolument pas tache dans le tableau. “Orphans”, en revanche, nous avait quelque peu refroidi, convoquant de nouveau le spectre d’une pop facile pour plèbe débile, mais d’une part il s’agit réellement du seul morceau mainstream du disque, et d’autre part il s’intègre singulièrement bien à l’ensemble, ce qui n’était pas le cas, au hasard (blink blink), de “A Sky Full Of Stars” sur Ghost Stories. D’ailleurs il n’est pas si mal que ça, cet “Orphans”, et s’il est indéniable que Chris Martins se révèle meilleur pour faire pleurer dans les chaumières que pour faire sourire dans le désert, il y arrive quand même très bien sans se vautrer dans le grand n’importe quoi, et puis d’ailleurs la basse d’Orphans est savoureuse, bref, ça passe crème. 


Surtout, Coldplay opère ici un retour à une certaine forme de tradition, que ce soit en termes musical (cf l’énumération du paragraphe précédent) mais aussi instrumental. La quasi-totalité des morceaux repose sur un unique instrument, guitare sèche ou piano, et bien sûr sur la voix toujours intacte, toujours aussi riche et précieuse, de Martin. Fort de ce constat, il n’est pas si étonnant que le groupe tutoie de nouveau l’excellence dans bien des cas. “Church”, pour commencer, nous cueille tout en douceur, ambiance éthérée, choeurs spectraux, six cordes sibyllines, rythmique indolente, on en reste bouche bée tellement on n’avait plus entendu une telle pertinence depuis bien longtemps de la part du quartet de Londres. “Trouble In Town” se montre à l’avenant, effacé, timide, entonné du bout des lèvres au gré d’une basse ronde et maternelle. Plus loin, “Daddy” ose la carte du deuil caressant, un morceau totalement dépouillé, étouffant dans sa charge émotionnelle aussi pesante que touchante. Le pire, c’est que lorsque Martin passe à la guitare folk, il déchire tout autant : “Èkó” se montre autrement plus convaincant que le médiocre “Til Kingdom Come”, dernier exemple de ce type d’exercice qui remonte déjà à… X&Y, eh oui. Il y a là une grâce, une bienveillance qui remue les tripes. Et le plus fou, c’est que Coldplay a gardé le meilleur pour la fin : “Everyday Life” clôt le disque en beauté, reprenant le motif de “Church” pour le développer avec maestria dans une magnifique parure de cordes et de piano, mais au-delà de cet aspect formel on retrouve surtout le Coldplay que l’on aime, imbattable dans le registre de la balade mélodramatique douce-amère. Superbe conclusion qui voit Chris Martin accompagner le crépuscule sur des “Alleluia” aussi craintifs qu’implorants, osant croire que malgré les tourments qui affligent notre planète, quelqu’un, quelque part, pose sur les hommes un regard bienveillant.


On aurait pu oser le quatre en notation, et on le frôle de peu, mais tempérons un rien notre enthousiasme pour deux raisons. La première est que le niveau de songwriting, aussi bon soit-il, ne parvient pas à transcender ce que le groupe a pu commettre par le passé, et ce ne sont ni “Arabesque” ni “Orphans” qui réussiront à nous faire regretter “Trouble”, “The Scientist” ou “Clock”. Ni même “Champion Of The World”, autre titre qui pourrait prétendre à sortir en single et qui, bâti autour d’un riff solaire plan plan, peine à se hisser au rang d’une chute de studio de Viva La Vida. La seconde, c'est que l'on reste avec Everyday Life dans un exercice de style certes réussi mais qui éloigne Coldplay de son ADN, tant primitif - celui que l’on chérit, ce “rock calcaire” comme le décrivait si pertinemment Chris Martin - que moderne - celui que l’on vomit, avec sa surenchère FM excessivement calibrée. La prestidigitation fonctionne ici à plein régime, mais bon sang, serait-ce si compliqué que cela de revenir à plus de simplicité dans la délivrance ? Hélas, on ne peut que craindre le pire en attendant l’opus n°9 en compagnie de cette fort belle parenthèse. Après tout, il serait malséant de trop en demander...

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Commentaires
Christine, le 02/12/2019 à 08:06
Quel article! Exactement le même ressenti ( d’ailleurs c’est marrant et troublant à la fois)bravo Nicolas. Christine.
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