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Critique d'album

Gong


Camembert Electrique


(00/10/1971 - Virgin - Space Rock Progressif - Genre : Rock)
Produit par

1- Radio Gnome / 2- You Can't Kill Me / 3- I've Been Stone Before / 4- Mister Long Shanks / O Mother I Am Your Fantasy / 5- Dynamite / I Am Your Animal / 6- Wet Cheese Delirium / 7- Squeezing Sponges Over Policemen's / 8- Fohat Digs Holes In Space / 9- Tried So Hard / 10- Tropical Fish Selene / 11- Gnome The Second
Note de 5/5
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Note de 3.0/5 pour cet album
"Tu veux un camembert ? ... Un camembert ?"
François, le 08/05/2021
( mots)

Un jour, il faudra faire une histoire des migrations de musiciens dans les années 1970 afin d’expliquer les circulations esthétiques et le rôle des passeurs culturels : des Australiens de Kahvas Jute expatriés en Angleterre aux Anglais de Nektar basés en Allemagne, du Français Patrick Dijvas installé en Italie (Area, PFM) ou de Cyrille Verdeaux (Clearlight) s’enregistrant en Angleterre, sans oublier Jimi Hendrix évidemment. Avec les tournées, cette internationale du rock était déjà essentielle, un nomadisme comme condition d’être, du moins pour les plus grands. A ce titre, Gong, groupe plurinational, est paradigmatique : Daevid Allen est australien (il participe à mai 1968), Gilli Smyth est anglaise comme Pip Pyle qui embarque sur cet album (une figure de l’Ecole de Canterbury depuis son passage chez Khan auprès de Steve Hillage), Didier Malherbe est français de même que Christian Tritsch. 


Cette polyphonie des origines se retrouve dans le titre de ce second album, Camembert Electrique, entre fromage français et association d’idées qui transpire l’humour anglais si ce n’est la pataphysique. Enfin, le métissage est musical puisqu’ici se croisent de multiples esthétiques : jazz, rock, psychédélisme, avant-garde …


Mais c’est également un morceau de l’histoire du rock français ou plutôt, de la France dans l’histoire du rock : les communautés musicales (ici dans la Drôme), le Château d’Hérouville comme lieu d’enregistrement (qui a vu passé les plus grands dans les 1970’s –  Ange, Magma, Jethro Tull, Bowie …), le poids du jazz-rock version canterburyenne dans les premiers développements de la scène progressive locale (comme Ame Son et Moving Gelatine Plates à la même époque). Un autre circulation musicale importante de l’époque, qui s’explique à la fois par le succès rencontré par Soft Machine dans l’Hexagone (à Paris, dans les festivals et lors de son passage en Provence), la venue d’acteurs de la scène de Canterbury en France, et par l’influence majeure du jazz auprès de la jeunesse française qui fit vivre ce premier âge du rock, dans des directions variés (de la Zeuhl à toute l’avant-garde née dans le sillon de 1968). 


Sans faire partie de la trilogie Radio Gnome, Camembert Electrique en pose les prémisses. D’abord par les surnoms utilisés par les musiciens – Bert Camembert, Shakti Yoni et Cie. Ensuite par les titres choisis pour les différents morceaux, qui tournent déjà autour du gnome.  Ce n’est pas sur Kobaïa que nous voyageons ici mais sur la Planète Gong, et nous pouvons apercevoir sur cette boîte de camembert normand (AOP certifié) le gnome qui ne vole pas encore sur sa théière. 


Soyez prévenus et accrochez-vous bien pour un voyage délirant. S’il fait escale par la subversion d’une décennie de pop à travers des plans répétitifs et heurtés ("Mister Long Shanks : O Mother"), il traverse un univers où jazz et rock s’hybrident de façon expérimentale ("You Can’t Kill Me", on retrouve sur ce titre les mêmes patrons que chez le premier Magma), en multipliant les étapes facétieuses par des courtes pièces intermédiaires loufoques ("Radio Gnome" sous hélium, l’interrogatif "Wet Cheese Delirium"). Pour autant, Gong peut surprendre en ne quittant pas tout à fait l’esthétique hippie qu’ils peuvent éventuellement saturer (les très accessible et langoureux "Tried So Hard", en dehors des passages plus musclés) : il laisse de façon sournoise des aspérités auxquelles s’accrocher pour mieux nous entraîner dans sa galaxie tortueuse. 


Voyage sidéral oblige, on est en apesanteur lors de nombreux moments planants, éthérés, atmosphériques, comme sur "I Am Your Fantasy" qui laisse libre court aux incantations de Smyth. Le space-rock d’Hawkwind n’est pas loin, et de nombreuses sonorités ou structures rappellent à nos oreilles les capitaines du vaisseau amiral du genre : sur "Foghat Digs Holes in Space", ou dans le très répétitif "Dynamite / I Am Your Animal" qui maintient les côté autour de passages plus heurtés. 


Bref, si l’album est volontiers insaisissable, aux multiples directions, il emprunte à des styles variés qu’il assemble dans son laboratoire et nous laisse face à l’expérience en train de se réaliser. Comme une synthèse, "Tropical Fish : Selene" combine les nombreuses directions du Camembert Electrique dans une fondue musicale, un peu plus jazzy que les autres, toujours rock et spatiale, bien sûr avant-gardiste. On ne garantit rien quant à la réception, mais ça mérite d’avoir l’attention, même furtive, de vos oreilles mélomanes. 


En guise de conclusion, rappelons que parallèlement, les mêmes musiciens enregistraient le tout aussi étonnant Obsolète de Dashiell Hedayat (Jack-Alain Léger), preuve que si le rock français peinait à décoller dans les charts, ses artisans planaient déjà dans les étoiles. 

Commentaires
Don, le 19/11/2020 à 18:37
RIP Daevid , gong is not dead