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Critique d'album

Måneskin


Rush!


(20/01/2023 - Sony Music Entertainment - Rock Alternatif - Genre : Rock)
Produit par Max Martin

1- Own My Mind / 2- Gossip (feat Tom Morello) / 3- Timezone / 4- Bla Bla Bla / 5- Baby Said / 6- Gasoline / 7- Don't Wanna Sleep / 8- Kool Kids / 9- If Not For You / 10- Read Your Diary / 11- Mark Chapman / 12- La Fine / 13- Il Dono Della Vita / 14- Mammamia / 15- Supermodel / 16- The Loneliest
Note de 4/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Du rock sous les projecteurs"
Julien, le 31/01/2023
( mots)

Cette chronique se doit de commencer par un mea culpa : celui d'avoir cédé aux préjugés, barreaux de la prison intellectuelle, qui m'ont fait dire qu'en 2023 un groupe à la cote exponentielle sur le marché de la tendance commerciale n'aurait musicalement rien pour captiver l'oreille et encore moins vocation à donner matière à une de mes chroniques.  


Il faut avouer que, sur Albumrock, on n'a pas pour habitude de présenter un groupe au C.V. si médiatiquement fourni.
Pour dresser une rapide synthèse du palmarès du quatuor italien Maneskin, citons pêle-mêle : finaliste de l'émission de télévision italienne X-Factor en 2017 ; vainqueur du concours Eurovision de la chanson en 2021 ; un clip vu 97 millions de fois sur YouTube ("I Wanna Be Your Slave") ; enfin on rajoutera une diffusion matraquée, en France, du single "The Loneliest" sur NRJ


Au regard de ces (mé)faits d'armes, il n'y avait qu'un pas, que votre serviteur a allègrement franchi, pour dire que Maneskin nous avait balancé une belle poudre aux yeux avec ses émulations nostalgiques des balades rock venues des années 2000 sur "The Loneliest" pour mieux nous servir notre pain quotidien fait de la pop avec un petit p tartinée à l'électro sous monticule de rap.
Une intuition cohérente quand on sait que les maisons de disque ont, depuis une dizaine d'années, baissé le rideau de la boutique rock, fermée à double tours par les réseaux sociaux et sur laquelle les radios ont affiché : "circulez, il n'y a plus rien à écouter". 


Force est de constater que l'album Rush! plaque sans aucune retenue toutes ces idées préconçues. D'un bout à l'autre des 17 titres qui composent le disque, le constat est irrévocable : Maneskin nous propose une galette entièrement rock.
Une idéologie musicale assumée que l'on retrouve dans les textes du chanteur Damiano David à l'image de ce "I'm addicted to rock'n'roll" entendu sur "Kool Kids". Mais ce qui saute avant tout aux oreilles c'est l'omniprésence de la guitare entre riffs et solos que l'on croise sur l'intégralité des titres. Pour définitivement s'en convaincre on s'arrêtera sur la participation du guitariste Tom Morello (Rage Against The Machine) sur la piste "Gossip". 


Le débat sur l'intégrité sonore éludé, qu'en est-il de l'aspect qualitatif de ce Rush! ?


Là encore la réponse est positive. Le quatuor italien a bâti ses compositions autour d'un mantra qui mélange énergie et efficacité mélodique. On succombe aisément à l'immédiateté et à la vitalité que nous propose le groupe sur des morceaux comme "Baby Said" ou "Read Your Diary". Un constat qui marche également à la perfection quand Maneskin fait le choix d'évoluer dans sa langue maternelle à l'image de l'excellent "Mark Chapman", titre intégralement chanté en italien donc, d'une délicieuse construction punk-rock qui nous embrase jusqu'à être ébahi par la puissance distillée dans son solo conclusif. Parmi les titres proposés dans la langue de Dante Alighieri, on retiendra l'oppressant "La Fine". A l'inverse on éludera la très conventionnelle balade "Il Dono Della Vita". Reste, pour clore le chapitre du lyrisme italien, "Mammamia" dont la seule erreur sera d'intervenir tard dans l'album dans un style que l'on aura déjà largement appréhendé précédemment puisqu’ articulé autour des gimmicks conçus pour l'implosion des foules de festivaliers et préalablement entendus sur les morceaux "Bla Bla Bla" et "Feel". 


Pour autant, il ne serait pas juste d'adresser à Rush! le reproche de la redondance.
Au sein des 53 minutes qui composent la galette, Maneskin insuffle différents registres qui permettent au disque d'éviter l'écueil de la répétition. Des virages stylistiques rattachables à divers affluents pris dans ce que le rock peut avoir d'éclectique.
On vogue ainsi sur les eaux du punk-rock au travers des échos de My Chemical Romance sur le titre d'ouverture "Own My Mind" jusqu'à un punk plus viscéral, acide, inspiré de Slaves avec "Kool Kids". Le quartet s'engouffre dans un rock plus traditionnel où la voix de Damiano David se confond étonnamment avec celle du chanteur de Jet, Nic Cester, sur les titres "Timezone" et "Supermodel". Impossible enfin d'éluder le single "The Loneliest": clin d'œil aux balades qui ont fait la joie des stations FM dans les années 2000 : une power-balad qui nous berce confortablement installés dans les bras de ses ainés : "Lonely Day" (System Of A Down) ou "21 Guns" (Green Day).  


Si l'efficience de l'album tient bien évidemment au talent des quatre italiens, on soulignera le labeur et la précision attachés au son des instruments magnifié par une production assez incroyable.
Maneskin s'est attaché les services du célèbre producteur Max Martin et si, là encore, les travaux de ce dernier sont de prime à bord rebutants au regard de ses collaborations avec des artistes comme Britney Spears, Katy Perry ou Justin Timberlake, le travail de ce dernier est sensationnel ici. L'illustration la plus probante se trouve dans "Gasoline", surement le meilleur morceau de l'album, où s'allie un son de basse d'une puissance hors-norme à l'accalmie d'un break obscur. Tous deux forment la piste de lancement idoine pour un refrain fédérateur sur lequel le chant règne en maître avant de s'effacer dans un final instrumental schizophrénique où guitare, basse et batterie proposent une talentueuse violence à la fois alchimique et dangereuse. 


Maneskin n'hésite pas à tordre le cou aux supposées idées reçues de ce que doit être un disque estampillé "mainstream" en 2023. Bâti avec le ciment de l'énergie et de l'efficacité mélodique immédiate, Rush! ne dévie jamais d'un sillage intentionnellement rock. Pour autant, il est inimaginable d'émettre l'idée que ce disque soit le fer de lance d'un mouvement rock remis durablement et quantitativement sous la lumière des projecteurs de la mode. Il est donc plus convenable de parler d'une exception qui confirme la règle, de faire-fi de toutes formes de cynisme et de saluer cet album qui rappelle que ce style qui nous passionne tant a encore une place sur l'échiquier de la tendance musicale actuelle. Si Maneskin ne propose rien de révolutionnaire, le groupe a cependant le mérite de reprendre de façon talentueuse des sonorités qui avaient été si inspirantes et populaires il y a une quinzaine d'années.
Mais, comme les préjugés sont tenaces et que dans le petit monde du rock on aime bien jouer les Calimero, la prudence reste de mise et nous incite à regarder le verre à moitié vide : l'expérience ne permet pas d’imaginer que l'horizon du quartet s'inscrive durablement dans cette veine, tant l'appétit du populaire semble ne pouvoir se satisfaire de ces seules émulations.


A écouter : "Gasoline" ; "Mark Chapman" ; "Read Your Diary"

Commentaires
Daniel, le 31/01/2023 à 09:44
Excellente chronique pour un album instantanément marquant, que l'image plaise ou non, qu'il y ait une suite ou pas. Je suis fan du groupe, de sa démarche, de son côté putassier, de ses clichés, de sa jeunesse, de son énergie et de son efficacité. Pochette parfaite (qui se "lit" de droite à gauche). Pourquoi bouder son plaisir ? J'y retourne.
MaximeLar, le 31/01/2023 à 07:55
Ayant décidé aussu un peu arbitrairement de faire partie de ceux qui n’écouteraient pas, pour les mêmes raisons évoquées dans l’intro, cette chronique et ses références me donnent assez envie d’aller écouter le disque !