↓ MENU
Accueil
Première écoute
Albums
Concerts
Cinéma
DVD
Livres
Dossiers
Interviews
Festivals
Actualités
Médias
Agenda concerts
Sorties d'albums
The Wall
Sélection
Photos
Webcasts
Chroniques § Dossiers § Infos § Bonus
X

Newsletter Albumrock


Restez informé des dernières publications, inscrivez-vous à notre newsletter bimensuelle.
Critique d'album

Placebo


Never Let Me Go


(25/03/2022 - So Recordings - Glam rock alternatif - Genre : Rock)
Produit par Placebo, Adam Noble

1- Forever Chemicals / 2- Beautiful James / 3- Hugz / 4- Happy birthday in the Sky / 5- The Prodigal / 6- Surrounded By Spies / 7- Try Better Next Time / 8- Sad White Reggae / 9- Twin Demons / 10- Chemtrails / 11- This Is What You Wanted / 12- Went Missing / 13- Fix Yourself
Note de 4/5
Vous aussi, notez cet album ! (28 votes)
Consultez le barème de la colonne de droite et donnez votre note à cet album
Note de 4.0/5 pour cet album
"L'exemple parfait d'un album de la maturité. Réussi, qui plus est."
Nicolas, le 05/04/2022
( mots)

Existe-t-il concept plus galvaudé que celui d’album de la maturité ? Souvent soulevé par des rock critics qui se cachent derrière pour éviter de conspuer la perte de pertinence d’un groupe au fur et à mesure de sa carrière, comme si sa légitimité se trouvait automatiquement amoindrie à mesure que le temps passait, il renvoie à un paradoxe difficilement conciliable pour les acteurs du milieu, celui de continuer à porter une certaine révolte post-adolescente alors même que l’âge les éloigne de la naïveté, de la fraîcheur nécessaire à ladite entreprise. Ainsi, maturité est plus souvent synonyme d’évolution que de retour aux sources : exemple caricatural avec le Paradize d’Indochine paru vingt après le séminal l’Aventurier, qui voit la synth-pop kitch des débuts se travestir en glam-rock aux sonorités sombres et industrielles… avec le succès que l’on sait. Pour autant, cette notion ne devrait pas renier l’ADN d’une formation, sa personnalité, son style, ses sonorités, ses tics d’écriture. À ce petit jeu, et contre toute attente, Placebo vient sans doute de nous livrer le plus bel exemple qui soit d’un authentique album de la maturité. Réussi, de surcroît, ce qui ne gâche rien.


Neuf ans ou presque que l’on avait plus entendu parler de Brian Molko et de Stefan Olsdal, après une carrière initialement tonitruante qui s’est progressivement enfoncée dans une sorte de ronronnement pseudo-commercial paresseux, pas indigente mais que l’on sentait si loin de son plein potentiel. Ce laps de temps aura permis à tout le moins de régler le problème récurrent du batteur suites aux déconvenues successives rencontrées avec Robert Schultzberg, Steve Hewitt et Steve Forrest, poste dès lors confié à des seconds couteaux sans plus être intégré à part entière dans la formation. Tiraillé entre des origines underground sales et une force de frappe capable de les propulser en rotation lourdes sur les FM, Placebo n’arrivait plus trop à savoir sur quel pied danser, s’étant pour le coup essayé au retour aux sources manqué (Meds) ou à une ouverture vers une pop de stade épique (Battle For The Sun ou le plus fade Loud Like Love), après un grand écart plus ou moins heureux entre post-punk vénéneux (Without You I’m Nothing) et pop-rock arty (Sleeping With Ghosts). Et c’est tout le mérite de ce Never Let Me Go que l’on a initialement accueilli avec circonspection, entre un “Beautiful James” aux atours niais et un “Surrounded By Spies” paraissant bien pauvre : celui de réussir à capter à nouveau l’étincelle du passé, ce petit rien qui nous a fait aimer le groupe, qui lui a donné sa singularité, ces maniérismes sonores que l’on n’avait plus entendus depuis… vingt-cinq ans, au moins.


Car si les deux titres précités n’avaient rien d’impressionnant en première approche, la sensation s’avère toute différente avec “Forever Chemicals”. Électricité syncopée (on pense à l’intro bizarroïde de “Packt Like Sardines in a Crushd Tin Box” de Radiohead sur Amnesiac), rouleau compresseur de guitares glaçantes, batterie asphyxiante, électronique savamment instillée, on est conquis par cette marche mortifère dont les échos renvoient immédiatement à “Pure Morning”. La production se fait plus complexe, certes au bénéfice de la voix nasillarde de Molko qui traîne et chevrote à qui mieux-mieux, et si l’on regrette la puissance antérieure des cordes de Placebo, on se laisse séduire au fil du temps par cette couleur certes moins rentre-dedans mais plus authentique, plus sincère, plus en phase avec un “vieux couple” - si l’on peut dire, quand on connaît l’orientation sexuelles des intéressés - de quadragénaires. Malgré ses oripeaux synthétiques, Never Let Me go remet la six-cordes et la basse au centre des chansons, les instruments adoptant un timbre acide et s’abandonnant à moult larsens savamment employés. Les textes redeviennent autocentrés, lancinants comme une rage de dent, faits de péroraisons maladives et de confessions intimes. D’un seul coup, “Forever Chemicals” nous fait nous souvenir combien Placebo a été un groupe fascinant, l’un des plus intéressants des années 90, aussi inclassable que délectable. Et l’on sent ici que cette réappropriation des fondamentaux s’est effectuée avec sincérité, sans désir conscient de repuiser à la source, rien qu’une réconciliation avec le passé mais réinterprétée avec le poids des années. Au passage, un petit particularisme : plein de secondes voix jeunes et sereines, sortes de contrepoids au pathos plombé de Molko. On dit que c’est Cody Jet, le jeune fils de Brian, qui en est l’auteur, et cela ne nous étonne guère. L’album de la maturité, donc ? Ça y est, nous y sommes.


Dès lors on est poussé à revenir à ce disque, à en goûter toutes les saveurs - et elles sont nombreuses -, à éreinter chaque morceau jusqu’à ce qu’ils nous livrent tout. Never Let Me Go épate par ses intentions mais aussi par nombre de ses compositions. On se laisse emporter par la rage pudique de “Hugz”, rush sulfurisé soutenu par des fûts colossaux, ou la tristesse béate de “Happy Birthday In The Sky”, ode au défunt David Bowie qui se fait méchamment rattraper par ses allants toxicologiques en fin de piste. On se laisse griser par la force rythmique féroce d’un “Twin Demons”, sorte de “The Bitter End” dopé aux hormones de croissance, plus musculeux, plus poisseux que son grand frère. On jubile à l’écoute d’un “Chemtrails”, sans doute l’un des tous meilleurs titres du groupe, toutes époques confondues, qui nous renvoie plein de madeleines de Proust à la tronche, de “Allergic” à “Every You Every Me” en passant par une palette infinie de goûts. Tous les titres, à leur manière, savent séduire : violons célestes particulièrement bien intégrés sur “The Prodigal”, arpèges de piano d’une rare émotion sur “This Is What You Wanted”, leitmotivs électroniques syncopés pulvérisés dans leur conclusion sur “Sad White Reggae”, mantras autoréalisateurs gorgés de paranoïa sur “Surrounded By Spies”, tout fonctionne, et tout fonctionne bien. On se souvient même qu’à une certaine époque, Placebo n’avait pas besoin de tutoyer la pop pour nous embarquer dans son univers. “Went Missing” en est le plus bel exemple, avec sa voix lointaine qui feule sans même chanter et ses développements instrumentaux autosuffisants, quand “Fix Yourself” nous renvoie aux ténébreuses balades “Crawls” et autres "Peeping Tom”, mise à nu presque obscène dans sa crudité.


On frôle le sans-faute sur Never Let Me Go, mais puisqu’il faut conclure, on avouera que “Beautiful James” et “Try Better Next Time”, quoique non dénués d’intérêt, ne volent pas aussi haut que leurs congénères. Trop naïfs, pour le coup, trop téléphonés, ils peinent à convaincre mais ne suffisent pas à eux-seuls à empêcher ce huitième album de briller. Fans de la première heure qui n’y croyiez plus, laissez-vous tenter par ce disque qui devrait positivement vous surprendre. Quant aux auditeurs plus jeunes qui n’ont connu Placebo que quand ils passaient à la radio, l’écoute de cet album devrait vous convaincre qu’il y a beaucoup plus de profondeur dans la musique de Molko et d’Olsdale que ce que quelques tubes autopilotés pourraient laisser croire. Dès lors, puisque le duo vient de s’offrir une renaissance réussie, on ne peut qu’espérer qu’elle fasse long feu et que le phénix glam nous inonde encore à l’avenir de ses troublantes odes à l’âme en peine. 


À écouter : "Chemtrails", "Twin Demons", "Forever Chemicals"

Si vous aimez Never Let Me Go, vous aimerez ...
Commentaires
MaximeL, le 09/05/2022 à 14:15
Je réécoute le groupe et cet album grâce à cette chronique, et je confirme que ce disque est une vraie jolie surprise, de la part d'un groupe dont je n'attendais plus grand chose.. Merci Nicolas.
NoName, le 12/04/2022 à 13:37
L'album est dément, et Surrounded by Spies, Try Better Next Time et Sad White Reggae sont formidables en concert !
Dragovan, le 05/04/2022 à 20:53
Placebo est un des rares groupes qui ne m'a jamais déçu. C'est encore le cas avec cet excellent album. Happy Birthday est ma chanson préférée.
Soutenez Albumrock

Nous avons besoin de vous pour garder notre indépendance !


Barème
Sans intérêt
Raté
Très faible
Décevant
Moyen
Bon album
Très bon album
Coup de coeur
Excellent
Culte
Critique d'album

Placebo


Loud Like Love


Critique d'album

Placebo


Battle for the Sun


Critique d'album

Placebo


Meds


Album de la semaine

Pure Reason Revolution


Above Cirrus


"

La résurrection inespérée de Pure Reason Revolution, survenue en plein premier confinement, a maintenant laissé place à la perspective d’un groupe de nouveau pérenne, en témoigne cet Above Cirrus paru moins de deux ans après son grand frère - autant dire qu’on n’en espérait pas tant, et surtout pas aussi vite.

"
À lire également