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Critique d'album

The Who


Who's Next


(14/08/1971 - Decca - British rock - Genre : Rock)
Produit par The Who, Glyn Johns

1- Baba O'Riley / 2- Bargain / 3- Love Ain't for Keeping / 4- My Wife / 5- The Song Is Over / 6- Getting in Tune / 7- Going Mobile / 8- Behind Blue Eyes / 9- Won't Get Fooled Again
Note de 5/5
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Note de 5.0/5 pour cet album
"Générique des Experts, certes, mais monument du rock."
Louis N, le 30/05/2012
( mots)

Who's Next. Tout est dans le titre. Naguère porte-étendard d'un courant musical et culturel versant dans un jeunisme presque naïf, le quatuor anglais expérimente une profonde désillusion après la boue de Woodstock : las des révolutions et désormais seigneurs du rock, les Who mesurent en 1971 la vanité du succès. La tyranie de la gloire, acquise au prix d'épuisantes tournées, pèse sur les épaules de la formation anglaise qui adopte dès lors une posture emprunte de cynisme et d'amertume. Avec le projet d'opéra-rock avorté LifeHouse, dont les chutes constituent le présent opus, le guitariste et compositeur principal des Who, Pete Townshend, prend ses distances avec l'optimisme qui animait Tommy. Il s'agit de dépasser ce premier opéra-rock, dont le succès a failli l'engloutir. L'album, parfois sombre et introspectif, est également la plus puissante des productions du groupe, enfin capable de concilier l'énergie du live et la propreté d'un enregistrement studio. S'il est toujours question de salut, celui-ci doit advenir par la musique, devenue refuge face à la perversion des idéaux et la corruption politique. Who's Next est donc, à l'image du titre "Won't Get Fooled Again" ("on ne se fera plus avoir"), un album marqué par un discours réactionnaire.

Et pourtant, sitôt que le diamant effleure le sillon, le mélomane ramasse une claque baroque, scotché par la fraîcheur et la puissance inouïe de "Baba O'Riley", morceau d'ouverture novateur aussi bien en terme de structure que de son. "De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace" : voilà le leitmotiv qui semble avoir présidé à l'écriture de ce premier titre. Après une introduction au synthétiseur inédite pour l'époque, faite de superpositions et d'effets d'aller-retour du son, l'entrée du piano tranche parfaitement dans la masse harmonique créée par le TBO-1. Grâce à ce contraste, "Baba O'Riley" prend une ampleur lyrique exceptionnelle. Contre la frénésie des aigus, la suite simple de notes graves et chaudes prend une dimension intime. Le tout est bientôt rejoint par la guitare rageuse de Townshend et la voix pure de Daltrey. Keith Moon lâche de superbes breaks décomposés, puis s'engage, tandis que le morceau s'emballe, dans un "frisé" vertigineux. La fin du morceau, emmenée par un violon métissé de country et de musique tzigane, témoigne de la capacité des Who à opérer une synthèse parfaite entre des techniques avant-gardistes et des influences traditionnelles. Musicalement, Who's Next flirte d'entrée de jeu avec l'expérimentation, nous gratifiant ainsi d'un alliage précieux de Rhythm'n'Blues et de Rock progressif.
   
La direction indiquée par ce premier bijou d'inventivité et d'éclectisme est confirmée par "Bargain", lui aussi de facture composite. La combinaison de guitares acoustique et électrique, modifiée par des effets de volume, confère à l'ensemble une texture unique. Jusque là discrète, la basse fracassante du grand John Entwistle fait son retour. À cet égard, "Bargain" permet de saisir l'une des particularités de l'équilibre interne des Who : au lieu de suivre la six cordes de Townshend, Entwistle joue presque toujours comme un soliste, occupant ue plus large part d'espace mélodique. Cela permet à Pete Townshend, libéré, de faire valoir la richesse rythmique de son jeu et d'aérer ses riffs. Loin du "guitar hero", le compositeur des Who ne flambe pas. Son style, plus en retrait que celui de ses contemporains, est au service de la dynamique du morceau. En témoignent les interventions parcimonieuses du guitariste pendant l'envolée finale de "Bargain". Plaqués sur un synthétiseur tout droit sorti d'un album d'Emerson Lake and Palmer, les accords de Townshend jouent avec le silence et donnent une énorme plus-value à chaque "windmill" du guitariste. Côté batterie, "Bargain" est un exemple édifiant du "son Keith Moon" : l'homogénéité de l'accordage de sa British Premier, particulièrement audible lorsque les roulements impliquent à la fois double grosse caisse et toms, provoque un effet de dédoublement amplifiant encore un jeu déjà véloce et cogneur.
   
"Love Ain't for Keeping", plus conventionnel, permet de mesurer l'aisance rythmique du groupe. Sans briller ni par sa difficulté, ni par son originalité, ce morceau tire son efficacité du groove imparable instauré par John Entwistle, toujours pertinent. Le solo de Townshend, mis en valeur par la structure en question/réponse des deux parties de guitare sèche, fait également montre d'une grande finesse. Néanmoins, la composition très linéaire du titre est en-deçà du reste de l'album. Le groupe, dont les premières affiches arboraient fièrement le slogan "Maximum R'n'B", conserve malgré tout une belle énergie dans une configuration acoustique. "My Wife", seule piste composée par Entwistle, préfigure par son utilisation massive du piano et des cuivres le son du second opéra-rock des Who, Quadrophenia. N'entretenant aucun rapport avec Lifehouse, le morceau relate avec un certain humour les déboires conjugaux de "Thunderfingers" ("Give me a bodyguard, a black belt judo expert with a machine gun / Gonna buy a tank and an aeroplane / When she catches up with me won't be no time to explain"). Entwistle lui-même est au micro et aux cuivres pour ce titre personnel et pêchu. La frappe nerveuse et surprenante de Keith Moon, probablement gavé d'amphétamines, contribue au tonus du morceau.
       
Changement de décor avec le mélancolique "The Song is Over". Assez complexe au regard de ses nombreux changements de tonalités, la chanson est bâtie sur l'écart d'intensité qui sépare les voix de Townshend et Daltrey. La première, fragile, accompagne sur les couplets le trio piano/synthé/guitare. La seconde, forte et assurée, entre accompagnée de la section rythmique et prend d'emblée la direction des opérations. On imagine aisément Roger Daltrey, à la tête de ce refrain mené tambour battant, mimé sur scène un pas quasi-militaire, martelant le sol de ses talons comme à son habitude. Cette cinquième piste est emblématique de la liberté de ton des Who, capables de naviguer entre les registres lyrique et épique en conservant une grande cohérence de composition. L'expérience de l'opéra-rock n'est sûrement pas étrangère à cette qualité. Bien qu'éloigné des sonorités présentes sur Tommy, "The Song is Over" hérite en revanche de sa richesse.
       
Faux-jumeau du titre précédent, "Getting in Tune" partage avec lui sa dimension épique. Très emphatique, son refrain se pose en digne successeur de "We're not gonna take it". Cependant, la dernière minute de cet hymne rompt parfaitement avec la grandiloquence de plus en plus marquée du morceau, sauvé de l’empâtement par la fibre soliste des quatre excités : Keith Moon décuple le tempo plan-plan qu'il tenait jusque là, et chacun se lance alors dans des embardées de plus en plus folles. La basse fuse sous les doigts d'Entwistle, tandis que piano et guitare s'accordent sur un boogie acrobatique. Daltrey s'époumone de plus belle et le titre s'achève dans un de ces déchaînements dont les Who ont le secret. L'attention toute particulière portée aux harmonies vocales et aux chœurs révèle l'influence des Beach Boys sur le quatuor, très prononcée chez Keith Moon qui, hélas, était le seul à chanter faux.
        
Non moins débridé, "Going Mobile" réussit la gageure de rendre la country-rock sympathique. Il faut toutefois passé le cap des paroles et des premiers couplets, digne d'un camp de boy-scouts. En grande forme, Townshend balance une rythmique à la "Pimball Wizard", suivi par les rafales de caisse claire de Moon. Comme souvent, ce dernier sort complètement du schéma de temps forts habituel entre grosse caisse et caisse claire. Maître dans l'art du contre-pied, "Moon the Loon" décale tout et se promène d'un temps à l'autre en complète liberté. Les montées en puissances successives du quatuor laissent brièvement place au ressac incarné par le piano. Après chaque emballement, le reflux permet à l'auditeur d'inspirer une bouffée d'oxygène avant que la vague l'engloutisse de nouveau. Indiscernables de prime abord, les richesses de Going Mobile se révèlent l'une après l'autre tant le foisonnement de trouvailles est dense. Le rodéo s'achève souvent cul par-dessus tête pour l'auditeur imprudent, désarçonné par la fougue d'un canasson qui s'avère pur-sang.  
        
Nous y voilà : "Behind Blue Eyes", simple et désarmant de sincérité. Un moment de grâce. Rien sinon du génie, des premiers arpèges au dernier frisson de cymbale. Le morceau devait, dans Lifehouse, être attribué au "méchant". Il est cependant trop personnel pour que son auteur puisse nier la part indéniable d'identification que contient ce chef-d’œuvre. Pete Townshend, écorché vif, exorcise ses démons dans cette ballade rock introspective. Les paroles de la première partie, parfaitement rendue par la voix profonde et cristalline de Roger Daltray, relatent la solitude et l'isolement dont souffre le guitariste. Doublées d'une parfaite gestion de la reverb, les entrées égrainées des chœurs et de la basse propulsent le morceau vers les cieux éthérés de la mélancolie. On trouve dans "Behind Blue Eyes" l'inspiration brute, la transmission directe et touchante du mal-être de Pete Townshend. C'en est trop, et voici l'exutoire. Annoncé par le ton agressif du chanteur, Keith Moon entre en scène. Les Who, ivres de rage, semblent venger la peine de leur ami dans ce final déchaîné. Le torrent Moon, toujours impétueux, emporte tout sur son passage. Seules les exhortations de Townshend et Daltrey surnagent parmi les remous furieux des tambours. Quatre et six cordes abattent obstinément les derniers pans du barrage qui retenait les flots. Les bordées de roulements résonnent dans la tempête, la guitare fulmine, et le fleuve irascible retrouve doucement son lit, suivant le cours mélodieux du premier couplet.
   
Foi de tapageur, tout batteur normalement constitué rêve de jouer ce morceau. Apothéose de Who's Next, hymne définitif et rageur contre l'endoctrinement politique et les fausses révolutions, "Won't Get Fooled Again" est LE grand classique du groupe. Véritable festival pour chaque instrument, le titre conclusif de l'album est, avec "Stairway to Heaven" sorti la même année, l'une des compositions marquant l'apogée du rock. Huit minutes haletantes pendant lesquelles nos "mods" londoniens enluminent chaque recoin d'une partition magique. Car si l'ossature du morceau correspond à une structure simple d'alternance entre couplets et refrains, les Who ne manquent cependant pas d'exploiter la moindre parcelle de ce riff fertile. On citera notamment le pont central du morceau, démonstration grandiose de la cohésion entre basse, guitare et batterie. Encore une fois, la rencontre entre guitares et synthétiseur produit une texture de son inoxydable. Le bourdonnement grave du TBO-1, issu de la modification de l'amplitude et du panoramique du son, donne une assise supplémentaire aux accords très ponctués de la gratte. Son large spectre de tessiture permet en outre d'enrichir en arrière-plan l'harmonie et la mélodie du morceau. Fidèle à sa réputation, Entwistle balance une partie basse virtuose et originale. Le dynamisme de l'ensemble du morceau doit beaucoup à sa variété rythmique et mélodique. Imaginez, pour vous en convaincre, une ligne de basse sans relief sur les refrains : elle suffirait à le rendre indigeste. Le rock pur et dur se tait et le groupe laisse place, pour quelques instants, au seul orgue modulé. La suite est un moment d'anthologie. Trois salves de roulements tous plus fous les uns que les autres, un "Yeeeeeaaaaaah !!!" animal hurlé par Daltrey, et une coda finale explosive. Comme dirait l'autre, "on peut mourir tranquille".

Vous l'aurez remarqué, il s'agit plus d'un hommage que d'une critique. Comment pourrait-il en être autrement pour un album aussi culte ? Who's Next ? Cette question, posée par les Who en 1971, semble adressée à la postérité : qui pourra leur succéder ?

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