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Critique d'album

Traffic


Mr. Fantasy


(00/12/1967 - Island - Pop psyché jazz - Genre : Rock)
Produit par Jimmy Miller

Note de 4.5/5
Vous aussi, notez cet album ! (3 votes)
Consultez le barème de la colonne de droite et donnez votre note à cet album
Note de 5.0/5 pour cet album
"Un chef-d'oeuvre du psychédélisme sixties"
Guillaume , le 30/11/2022
( mots)

En ces temps où nombre de citadins fuient les lumières de villes pour trouver refuge dans la paisible campagne, il faut rappeler que Traffic est un des premiers groupes de Rock à s'exiler à la campagne. Suivant la voie royale tracée par Dylan, des palanquées de musiciens partent se mettre au vert : Macca a fait le coup après le split des Beatles, enregistrant tout, tout seul comme un grand (un des premiers à le faire) dans sa ferme écossaise ; après des mois de tournées harassantes et de groupies à foison, Led Zep est rentré lécher ses blessures dans une ferme galloise. Pour sa part, Traffic est un projet tout neuf, avec un leader végétarien, adepte de méditation transcendantale (mais les quatre musiciens ne crachent pas sur la dope ou sur la picole, faut pas déconner). Steve Winwood est un génie ultra précoce. A 10 ans, il jouait déjà dans le groupe de son frère, dos au public, pour ne pas se faire virer par les patrons de pubs ! A 15 ans, il tenait l’orgue Hammond pour les tournées britanniques de Muddy Waters, BB King ou Howlin Wolf… Tout en intégrant le Spencer Davis Group. Ça pose le bonhomme. Il illumine le répertoire du groupe par son timbre soul inimitable, mais "Little Stevie" se sent rapidement à l’étroit dans ce registre purement Soul-Rythm’n’Blues.


Et puis en 1967, le psychédélisme arrive avec ses gros sabots et tous les groupes anglais vont y succomber. En ce début d’année enfumée, le jeune homme part s’acoquiner avec trois compatriotes de Birmingham : les multi-instrumentistes Dave Mason et Chris Wood et le batteur Jim Capaldi. Ils décident de tailler la zone direction le Berkshire, dans une petite ferme isolée. Avec force drogues et du talent plein les doigts, les quatre Brummies vont échafauder une musique ambitieuse : une savoureuse décoction de Rock psychédélique et de jazz, agrémentée de Soul et de Folk anglais avec une dose de musique indienne. Et chose assez rare pour l’époque, tout le monde compose dans le groupe. Mr Fantasy est avant tout un effort collectif, dans lequel chacun s’exprime librement. Préférant la jouer plus perso et frustré par la place accordée à ses compositions, Dave Mason mettra les voiles assez rapidement.


Les festivités débutent avec "Heaven is in your mind" et le style Traffic saute à la gueule : Saxophone éclaté, Piano Soul accompagné d’harmonies vocales dignes des Mamas and Papas, ponctué par un solo de guitare bien heavy. Un joyeux bordel règne sur “Berkshire Puppies” avec son piano bastringue et ses chœurs de hooligans bourrés (les Small Faces participent à la beuverie !) Manifestement, les gars ne devaient pas boire que de l’eau. "No face, no name, no number" est probablement l’une des meilleures performances vocale de Steve Winwood : sa folle expressivité nous enveloppe, puis nous plonge dans des abîmes de mélancolie, servi par une mélodie sublime tissée par de doux arpèges de guitare et de Mellotron. Depuis quelques mois, une comète s’est écrasée sur Londres pour tout écraser sur son passage. Traffic rend donc hommage à Hendrix, avec "Dear Mr Fantasy", manifestation de blues rock pompier où les guitares crachent leurs flammes jusqu’aux pieds du Voodoo Chile himself… qui les conviera en studio pour Electric Ladyland. Cette démonstration viriliste laisse place à  "Dealer", sombre ballade "Folk-Flamenca", pervertie par une flûte hirsute. Winwood et Mason y harmonisent divinement et les percussions ne laissent aucun répit. A ce moment-là, l'influence de la musique indienne est présente partout sur la scène anglaise. Des Beatles aux Stones en passant par les Kinks, tout le monde écoute Ravi Shankar et s'habille en sari. Cithares et tablas sont donc conviés sur le planant "Utterly Simple" où Mason se prend pour George Harrison. La psychédélique soul "Coloured rain" fait partie de ces textes mystico-cryptiques dont Winwood a le secret. Tout ce temps à jammer et à gober des acides a certainement dû ouvrir les chakras du jeune Stevie… Et pour définitivement planter le clou dans nos molles fontanelles, le quatuor se paie un trip acid jazz instrumental tout en dérapages psychés ("Giving to you") comme tout droit sorti du studio de Zappa et de ses "mères d’invention".  Juste avant la parution de l’album, Traffic délivre deux singles à couper le souffle : le lumineux "Paper Sun" gavé de cithares et de d’harmonie vocales et le perché "Hole in my shoe", nursery rhyme pour adultes attardés.


Mr Fantasy n’est pas forcément un album facile d’accès. Beaucoup de styles musicaux se télescopent, le côté psychédélique peut sembler légèrement brouillon. Plusieurs écoutes sont nécessaires pour en apprécier les charmes, grâce à la production ultra novatrice de Jimmy Miller, qui ne se donne aucune limite : bruits concrets, effets stéréo chelous, réverbération dégoulinante (jaloux, les Stones l’embaucheront pour leurs meilleurs albums) … Cette tarte à la crème psyché n’aurait pas été possible sans le talent ébouriffant du quatuor pour bâtir ce fragile édifice, qui demeure aujourd’hui un des parangons du psychédélisme sixties anglais. A titre de comparaison, Their satanic majestic request des Rolling Stones, sorti le même mois que Mr Fantasy, est un plantage intégral : pas d’inspiration, pas de chansons, donnant l’impression d’être des suiveurs. Tout le contraire de Traffic en somme. 

Commentaires
Christophes, le 09/12/2022 à 04:25
Merci... Un régal cet album et qui reste mon préféré de groupe ! Vous avez juste oublié de citer "House of Everyone", le 3e titre de la face À :-)
Daniel, le 30/11/2022 à 16:15
Merci pour cette chronique qui ranime la "machine à souvenirs". La comparaison avec l'album "psychédélique" des Rolling Stones est très pertinente. Bienvenue à nouveau !