
Manowar
Into Glory Ride
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Si nous avions prévu de revenir sur la discographie de Manowar dans nos prochaines chroniques, la disparation de Ross the Boss Friedman le 26 mars 2026 donne à cette rétrospective la saveur d’un éloge funèbre – tout du moins d’un hommage. Nous espérons que ce sera l’occasion pour nos lecteurs de découvrir son œuvre, notamment pour ceux qui la méprisent du fait de l’univers virilement ridicule du combo.
En dehors du morceau-titre, Battle Hymns (1982) avait tout d’un premier album en forme de brouillon pour l’avenir : il ne s’agit pas d’employer ce terme pour dénigrer cet opus fondateur, mais force est de constater que seule la dernière pièce épique, "Battle Hymn", ainsi que "Dark Avenger" peut-être, installaient l’univers musical de Manowar. Celui-là même qui s’affirme avec force sur Into Glory Ride en 1983, un deuxième album qui sonne comme un accomplissement tant et si bien que seul l’immédiat "Warlord" en ouverture, renoue avec une version très américanisée de la NWOBHM par son riff hard rock’n’roll et sa thématiques des nouveaux cavaliers de l’ouest (comprendre les bikers), non sans une introduction faite de dialogues cinématographiques.
Car Into Glory Ride est le premier jalon de l’avènement du Power Metal épique américain dont Manowar fut l’un des piliers sinon le groupe fondateur. C’est l’album où s’affirme son style jusque sur la pochette du plus mauvais goût qu’il soit. Jusqu’alors, seul Grand Funk Railroad (ou presque) avait osé d’afficher en petite tenue, pour incarner des hommes de cocs magnons dans une grotte (Survival, 1971) ou des bodybuilders (All the Girls in the World Beware!!!, 1974).
Musicalement par contre, les vikings de la Baie d’Hudson ont senti comment prendre le large en naviguant dans les océans du Power Metal, et ce même sur les morceaux les plus concis qui sont sûrement les meilleures compositions de l’album. L’introduction de "Secret of Steel", ses superbes lignes de basse, son substrat orientalisant, s’avèrent typiques du Power Metal étatsunien ; et le chant habité égraine le champ lexical du genre, désormais moqué par son manque d’originalité ("king", "sword of steel","scepter of iron" – l’inspiration vient ici de Conan le Barbare). L’excellent riff de "Gloves of Metal" ouvre à nouveau sur un midtempo aux beaux développements de guitare et doté d'une interprétation du chant qui évoque fortement Dio. Très réussi, le titre donnera lieu à un premier clip à l’esthétique heroïc-fantasy burlesque.
Du reste, Into Glory Ride est surtout composé de longues pièces, à commencer par "Gates of Valhalla" qui nous projette dans les terres nordiques dont la froideur est suggérée par les sons des claviers, les arpèges et un chant beaucoup plus sensible. Le résultat est assez répétitif mais demeure fondamental pour les futures évolutions esthétiques du combo, jusqu’aux cris intenses d’Eric Adams. Toute la seconde face est réservée aux hymnes : le très lent "Hatred", sabbathien voire quasiment Doom, illustre une articulation des genres Doom et Power déjà entendue chez Cirith Ungol, même si Manowar propose quelques variations presque progressives. La grandiloquence monte d’un cran avec "Revelation (Death's Angel)", plus accrocheur par ses lignes de chant et son rythme un peu plus soutenu, et culmine avec le varié "March for Revenge (by the Soldiers of Death)" dont le pont apaisé renforce le sentiment de vivre une épopée (notez également les arpèges qui rappellent l’introduction d’"Antisocial").
Si Manowar accomplit ici une évolution certaine et affirme son identité musicale (mais aussi thématique et visuelle), Into Glory Ride possède quelques limites, à commencer par son homogénéité – le groupe ne parvient pas à évoquer le registre épique autrement que par la succession lente d’accords à un rythme militaire. Cela n’empêche pas l’album de connaître un statut culte dans la postérité. Alors Hail to Manowar!, quand même !
À écouter : "Secret of Steel", "Gloves of Metal", "Revelation (Death's Angel)"
















