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Compte-rendu de concert

Luke


Date : 09/12/2015
Salle : Cigale (Paris)
Première partie :

Luke a allumé un véritable brasier à la Cigale en mêlant nouveaux titres et anciens. Les bordelais ont fait la démonstration de leur impeccable maîtrise de la scène et surtout, de la sincérité de leur musique.

Raphaëlle, le 11/12/2015
( mots)

Après Erwan et Alan, c’était mon tour de reprendre le chemin des concerts en ce 9 décembre. Comme eux, j’ai été profondément affectée par le choc des attentats. Fréquentant régulièrement les salles de concert, nous avons subi de plein fouet l’onde de choc qui amène avec elle ses inévitables interrogations angoissées : "Et si c’était moi ?"

Je vous avouerai que j’ai mis longtemps à trouver le courage de passer la porte de la Cigale pour aller voir Luke. Pourtant, j’en rêvais depuis dix ans et vu la teneur du dernier album, le concert promettait d’en découdre. Je n’ai pas honte de vous avouer aussi que quand j’ai passé ces portes, j’ai jeté un regard sur les issues de secours et que quand je me suis assise, mon estomac noué trahissait mon angoisse. Pourtant je ne voulais pas laisser la peur gagner le terrain et à ce petit jeu, aller voir Luke était probablement le meilleur exutoire.

J'ai été marquée par une chronique des inRocks datant de 2004 (ici). Elle portait sur l’album Noise  d’Archive (l'un de mes favoris) et disait : "Quelle meilleure manière de lutter contre la peur que de hurler plus fort qu’elle". Merci, monsieur Thomas Burgel. Depuis, ce petit haiku a souvent trotté dans ma tête sans que je ne puisse pleinement lui donner du sens.

Lorsque les premières notes de "Warrior" ont retenti, j’ai compris : oui nous avions peur, mais grâce à Luke, ce soir-là nous allions hurler plus fort qu’elle.

La rage rentrée de "Warrior" a permis d’introduire le ton de la soirée. Les boucles des guitares donnent envie aux premiers rangs de se balancer d’un pied sur l’autre et parfois, une main adolescente lève un majeur vindicatif.

Luke enchaîne ensuite avec "Pornographie" qui m’avait laissée plutôt sceptique sur piste. Mais voilà, en live, leur chanson contestataire se mue en brûlot incandescent, la tension dans la voix de Thomas Boulard emporte tout sur son passage et son groupe nous noie sous des déluges de son. Aux premiers rangs, ça danse déjà franchement. Au fond de la Cigale, où je suis prudemment assise (béquilles obligent), ça hurle "PORNOGRAPHIE !" en agitant le bras. Et cela au bout de cinq minutes de set. De mémoire de spectatrice, je ne me souviens pas d’une telle entrée en matière.

"C’est La Guerre" arrive presque trop tôt : à peine le temps de se mettre dans le set qu’on est déjà tous déchaînés. Les premiers pogos se dessinent dans la fosse pendant que toute la Cigale hurle le refrain en chœur. On est au-delà du simple plaisir d’un concert de rock, on est presque dans une thérapie collective, en plein exercice cathartique d’évacuation de la peur. Devant nous, le groupe assure un set impeccable techniquement : le guitariste et le bassiste ne tiennent pas en place, comme emportés par la folie de leur musique. Après un finish sous des déluges d’accord, Thomas Boulard prend le micro pour nous rappeler, en gros, que les gens qui n’aiment pas la musique, on les emmerde. Comme l’a dit Erwan à propos de No One Is Innocent, chacun exprime ça comme il le ressent, tout le monde n’adhère pas à cette colère mais tout le monde veut ce soir exprimer un refus de baisser les bras.

Comme pour nous encourager, Luke entame alors "Indignés", le seul rayon d’espoir de leur dernier album. Pour ce titre aussi, la dimension poétique se ressent bien plus en live. On entend presque les chants révolutionnaires dans un grand souffle épique. Jusqu’ici, ils n’ont interprété que quatre des onze titres de Pornographie.

À ce moment-là, on bascule sur La Tête en Arrière en enchaînant : "Comme un Homme", "Tout Va Bien" et "Hasta Siempre". On se dit alors que s’ils ont choisi d’exhumer ces titres-là de leur premier album, pourtant pas les plus symboliques, c’est que le message est martelé : Luke est là pour s’engager et n’entend délivrer que du rock. Les guitares sont sur le fil, époustouflantes de maîtrise. Il est tout simplement impossible de résister à ce show qui enchaîne les tubes rock avec une facilité décoiffante. Chaque note semble plus nerveuse que la précédente, le chanteur est totalement habité par ses textes et les premiers slams apparaissent. Mention spéciale au monsieur qui initie la séquence fièrement vêtu de son nouveau t-shit LUKE.

La grâce du live est telle que même "Rêver Tue", qui m’a pourtant horripilée sur piste, se révèle touchante et juste. On est happé par le charisme du chanteur, déclamant son texte d’une voix qui ne décroche pas toujours la bonne note mais qui est toujours vacillante d’émotion.

Fin de l’intermède poétique avec la colère de "Rock 'n' Roll". Il est difficile de décrire le pouvoir libérateur de ce morceau d’un rock classique qui se transforme en véritable supplique sur scène. "Donne moi du rock 'n' roll, j’veux que ça cogne" hurle-t-on et on sent la tension qui s’éloigne et le plaisir du rock qui revient au galop. Et ce n’est pas la nervosité presque punk de "Soledad" qui fera redescendre la pression. Et ces paroles : "Souris aux flammes, la tête en arrière"... Tout un programme ! Cette séquence de pur plaisir continue avec "J’veux Être un Héros", trip hédoniste et testostéroné. Encore une fois, la Cigale est déchaînée : d’où je suis, je vois tout le monde danser, sauter, pogoter et clamer surtout sa joie d’être là.

L’instant anti-consumériste se compose de "Nous, des Millions" et "Des Marchandises". Le niveau remonte avec la terriblement prophétique "Quelque Part en France". Le chanteur a même dû adapter les paroles aux derniers résultats, encore pires que prévu dans le texte initial. On reçoit ce cri du coeur en pleine figure, dans un flow à la limite du rap. Et la rage revient. Il nous faut bien "La Sentinelle" ensuite pour se défouler. Dans un beau moment de communion, toute la foule chante les paroles (pourtant incompréhensibles) par cœur.

Après un rappel bien mérité, le chanteur revient chanter seul face au public "Solitaires". Le groupe le rejoint pour "Petite France", dont l'atmosphère faussement légère annonce bien la suite. Le coup de grâce arrive alors avec le dernier titre du dernier album à encore manquer à l’appel : "Discothèque". Alors là, on ne répond plus de rien : le chanteur s’est mué en véritable chaman qui a pris possession de nos corps. "L’humanité sautille les bras en l’air" ironise-t-il, pendant que nous levons les bras en hurlant. Le stroboscope annihile la moindre tentative de résistance et nous sommes emmenés dans les spirales infernales élaborées par le duo du guitariste et du bassiste. Quant au batteur, il tape sur ses fûts comme si sa vie en dépendait.

Le groupe salue profondément, plusieurs fois, visiblement ému par notre accueil. Il nous remercie de notre courage et nous avons envie de le remercier de nous avoir transportés comme ça pendant plus d’une heure et demie. Luke s’éclipse et la foule ne veut pas partir, réclamant à grand bruit le retour de ses héros. Après un léger suspens, ils déboulent sur scène pour un second rappel. "Ce soir, on sent qu’on ne peut pas partir comme des voleurs" : pas besoin de vous justifier, monsieur Boulard !

Pour le plus grand plaisir de la salle, ils reprennent alors "C’est La Guerre". La première version a donné le vrai coup d’envoi du concert, cette reprise achève de le faire entrer dans le panthéon de l’histoire des concerts de rock. Rarement a-t-on entendu de chanson plus cathartique que celle qu’ils ont choisie comme hymne de la soirée. On ne contrôle plus rien pour de bon, on a juste envie de crier pour enfin chasser l’angoisse, parce qu’on luttera autant qu’il le faut avec nos armes à nous, celles que Luke est en train de nous fournir ce soir-là. Hurler plus fort que la peur, tant qu’on le pourra encore.

On aimerait que ce rare moment de communion ne s’arrête jamais mais hélas, il faut bien finir par reposer les guitares. On sort hébété et vidé de la petite salle de la Cigale, en se disant que pour eux comme pour nous, ce concert fera date. J'adore Alt J et autres Archive mais il faut reconnaître que rien ne remplace un bon concert de rock. En prenant le métro, on se sent à la fois plus léger et plus fort.

Merci Luke.

Setlist : (uniquement La Tête en Arrière et Pornographie)

  • Warrior
  • Pornographie
  • C'est La Guerre
  • Indignés
  • Comme un Homme
  • Tout Va Bien
  • Hasta Siempre
  • Rêver Tue
  • Rock 'n' Roll
  • Soledad
  • J'veux Être un Héros
  • Nous, des Millions 
  • Le Reste du Monde
  • Des Marchandises
  • Quelque Part en France
  • La Sentinelle

Rappel :

  • Solitaires
  • Petite France
  • Discothèque

Final :

  • C'est La Guerre

En bonus, une vidéo au son approximatif, mais qui vous donnera une petite idée de l'ambiance...

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Black Mountain


Destroyer


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