Critique d'album


Keep You Close de dEUS

dEUS

Keep You Close

(19/09/2011 - Pias - Genre : rock belge - Producteurs : David Bottrill)
1- Keep You Close / 2- The Final Blast / 3- Dark Sets In / 4- Twice (We survive) / 5- Ghost / 6- Constant Now / 7- The End Of Romance / 8- Second Nature / 9- Easy
La note des internautes :
3.5 / 5 (15 votes)

Par Mathilde
(Publié le 09/11/2011)
Note
La note de l'auteur :
4.0 / 5

Pas facile d’être un groupe de rock dans la durée, de le faire vivre, de l’alimenter, d’assurer sa survie malgré l’inspiration capricieuse, les brouilles entre musiciens et avec la production, les renouvellements de line-up...  Les temps étaient sombres pour dEUS en 2003 quand Craig Ward, le binôme créatif de Barman, s’était fait la malle, laissant Tom seul avec sa ribambelle de démons. D’autant plus difficile qu’en 1999 le groupe tutoyait concrètement le succès avec The Ideal Crash. Et puis il y eut ce gros passage à vide de six ans où le groupe avait failli tout arrêter... Heureusement, dEUS tint bon. Le phénix renaît partiellement de ses cendres sur Pocket Revolution en 2005 et prit réellement son envol avec Vantage Point, trois ans plus tard. Cet album signait un retour à la stabilité. L’équilibre au sein du groupe était rétabli, la promesse de meilleurs lendemains, envisageable. Tom avait à nouveau confiance en lui et décida de faire confiance aussi à sa team. Fini le temps où il voulait tout gérer, finies les colères face aux gens en désaccord avec lui, place à la collaboration. L’album enchanta le public. Restait plus qu’à transformer l’essai. Automne 2011 : sortie de Keep You Close, premier album du groupe écrit à cinq paires de mains de bout en bout. Et une équipe soudée, c’est forcément une équipe plus forte.

Sérénité est le maitre mot de l’album. Le titre éponyme de l’opus est introduit par une tripoté de timbales et de violons plaintifs. Une explosion retenue, un déluge soigné… tout oxymore est possible avec ce groupe. Ce qui est formidable avec dEUS c’est qu’un titre peut passer du statut d’"agaçant" à celui d’"indispensable" en l’espace de trois semaines. Et c’est le cas de "Keep You Close", titre à l’efficacité pourtant évidente mais qui (ne) vous tire la larmichette (qu’) au bout de dix écoutes. C’est là la plus grande qualité de ces Belges, leur faculté à produire des chansons qui peuvent être redécouvertes en permanence, comme une chasse au trésor sans fin. Ou comment faire de la pop à contrepied.

Bon c’est sûr que ça sonne plus propret et moins dans le jam que leurs précédents albums, mais Keep You Close reste tortueux en matière de superposition d’instruments, avec des violons, des percussions, du clavier, une flopée d’effets et même quelques cuivres, en laissant toujours la part belle au mordant de la guitare électrique. Et bien sûr la voix suave et fascinante de Tom, qui n'a pas pris un pli (pas Tom, sa voix). Du dEUS en bonne et due forme mais en moins exubérant sans doute et doublé d’une atmosphère cinématographique, assez marquée sur "Easy", qui pourrait allégrement être la musique d’un drame à la sauce new yorkaise. Et puis, dEUS c’est aussi et surtout de la pop qui crache/crash et qui pulse, en atteste le taquin single "Constant Now" au rythme gentiment évident, au quasi slogan "Is it all you got for your money ?/ All you got, are you getting enough ?", et dont l’ensemble passe du plat à la 3D au fil des écoutes. Il doit mettre un truc incroyable dans son café, le barman. "Ghost" et son marimba -la vibration sourde et tranquille qui résonne également dans le possédé "The Final Blast"- nous ramène à la substancifique moelle de dEUS avec ce son qui s’autodétruit en fin de piste.

Anvers, la ville d’origine du groupe, serait une ville stratégique pour choper çà et là les sons des pays environnants : de la musique anglo-saxonne, le modèle d’écriture des francophones et le phrasé rap type Wu-Tang Clan que Tom avoue apprécier. "Seconde Nature" illustre bien ce savant mélange avec un flow à la Worst Case Scenario et une orchestration digne du meilleur Manic Street Preachers qui aurait pu figurer sur In A Bar, Under The Sea. Anvers c’est aussi la ville des rencontres musicales, et d’après la légende, les gens qui s’y croisent forment aisément des groupes et enregistrent dans la journée. C’est le cas pour la mise en boite de "Twice" sur lequel Tom a convié Greg Dulli des Twilight Singers pour faire les choeurs du titre le plus noir et nauséeux de l'album.

Keep You Close n’est pas la meilleure galette de l’oncle Tommy, that’s for sure. L’audace des débuts n’est plus aussi présente, ce qui donne à l’album un ton attendu, moins surprenant. Mais néanmoins, il confirme le niveau de maitrise qu’a le groupe en matière de pop et se pose en condensé court mais efficace de ce que les anversois ont fait de mieux depuis The Ideal Crash. Un grand soin a été apporté à la texture des sons et il en résulte une ambiance plutôt délectable. Le nom de l’album n’est pas anodin : Keep You Close est réconfortant, douillet, attentionné envers ses auditeurs. Un album respectueux et qui force le respect.


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