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Critiques d'Albums
Duke Special
Duke Special porte bien son nom. Sorte de créature spéciale au regard charbonné et aux dread locks façon Robert Smith de The Cure, Duke Special, de son vrai nom Peter Wilson, a de quoi rendre perplexe. Quoi qu'il en soit, outre son originalité effectivement très prononcée, cet irlandais est aussi doux que sa musique. Après Songs in Gramophone, rassemblement de deux EPs, Duke sort son premier album à proprement parler : Songs from the deep Forest. Connu surtout grâce à ses premières parties de The Divine Comedy, Duke Special ne bénéficie actuellement pas en France du succès qu'il mériterait, malgré une période de matraquage du clip de "Freewheel" sur MTV fût un temps. Et justement, à moins d'avoir rencontré Duke en première partie de The Divine Comedy ou plus récemment du non moins irlandais Paolo Nutini, il était difficile d'avoir entendu parler de Duke Special, à part, justement, en voyant le clip de "Freewheel". Celui-ci annonçait clairement la couleur : un piano, une voix pleine de cachet, des violons et des petits ours dans la forêt, dans une ambiance sepia horriblement mélancolique, à faire pleurer.
Le reste de l'album baigne également dans une ambiance de tristesse voilée, aussi automnale que la pochette. Malgré des chansons parfois plus festives et joyeuses, comme "Salvation Tambourine", avec ses tambours et son gai piano, le tout reste enveloppé de quelque chose d'un peu désenchanté, qui fait vibrer la corde sensible. C'est exactement ça, le style de Duke Special : des chansons touchantes, avec toujours un piano et des instruments très variés, comme le plus souvent des violons ou de la clarinette. Le piano de Duke au son d'une autre époque, et l'accompagnement orchestral, donnent à sa musique cette saveur unique, semblant en effet sortir d'un gramophone.
Les dix pistes de l'album sont d'un niveau équivalent, à hauteur du très bon. On notera bien entendu d'abord les deux singles, le larmoyant "Freewheel" et l'entrainant "Last Night I nearly died (but I woke up just in Time)", toujours illustrés dans les clips par de petits ours rigolos. Dans le côté plus festif de l'album, on peut citer "Every Body wants a little something", et ses accords de piano bondissants, ou "Portrait". Le reste est bien plus amer, mais plus dans le genre paysage d'automne agité par le vent que vieux cimetière grinçant.
A qui comparer Duke Special ? Aucune idée. Peu d'artistes aujourd'hui peuvent se vanter d'avoir un style bien à eux, complètement éloigné de la tendance actuelle. Duke Special fait indéniablement partie de ceux-là, avec son look improbable et son acharnement à vouloir rester dans le passé. En live, seul avec son piano et son mégaphone ou avec un orchestre, le spectacle vaut le détour, tant ce canard spécial et sa musique vieillotte respirent la sincérité.

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