Critique d'album


Let it die de Feist

Feist

Let it die

(30/10/2004 - Polydor Universal - Genre : Indie pop folk - Producteurs : Gonzales, Renaud Letang)
1- Gatekeeper / 2- Mushaboom / 3- Let it die / 4- One evening / 5- Leisure suite / 6- Lonely lonely / 7- When I was a young girl / 8- Secret heart / 9- Inside and out / 10- Tout doucement / 11- Now at last / 12- (Bonus) Amourissima / 13- (Bonus) L'amour ne dure pas toujours
La note des internautes :
3.8 / 5 (10 votes)

Par Matt
(Publié le 30/01/2005)
Note
La note de l'auteur :
3.5 / 5

Une voix chaude posée sur quelques notes de six cordes acoustique qui s'égrainent en douceur, voici les premiers instants du premier album de Leslie Feist, la découverte canadienne de ces derniers mois. Connaissant son expérience passée dans un groupe de punk à l'époque du lycée, on pourrait s'étonner de découvrir à travers cette production une Feist douce, intimiste, fragile, avec des titres aux accents folk mêlés de jazz, mais on a plaisir à la découvrir chaleureuse, romantique et un brin décalée.
Multi-instrumentiste (clavier, guitare, batterie, basse, ...) touche-à-tout et dispersée ( Peaches , Kings of convenience , ...), ses expériences reflètent assez bien sa nature eccléctique et difficile à cerner, qui transpire joliment à travers Let it die ("laisse tomber"). Album inclassable pour artiste inclassable à vaste personnalité.

Après un "Gatekeeper" au coin du feu avec son unique guitare sèche et ses trois notes de xylophone (ou triangle ?), le désormais célèbre titre "Mushaboom" marque un tournant qui donne le ton d'un effort doux, subtil et diversifié, sans pour autant atteindre des extrêmes improbables.
On poursuit par la compo éponyme "Let it die", lent slow dépouillé aux paroles amères, déprimant pour déprimé(e), avant d'enchaîner sur l'histoire d'un soir un peu plus enjouée qu'est "One evening" (second single), feutrée. Vient ensuite "Leisure suite", ses snaps incessants et son beat profond (grave) accompagnés de-ci de-là d'une guitare aux cordes plaquées, de trompettes en sourdine et d'un orgue électrique, puis "Lonely lonely", aux deux premières minutes plaintives et aérées avant d'atteindre une progression plus fournie, une rechute puis une fin mêlant claps et son de bouteille. On arrive ensuite sur un "When I was a young girl" plus tribal (nappe de snaps et djumbés) avec une voix un peu plus poussée, qui signe l'arrivée d'une grappe de reprises dont "Tout doucement", et "l'amour ne dure pas toujours" au chant français, marqué d'un fort accent anglais (canadien en l'occurence) charmant (mais qui complique la compréhension des paroles ...).
C'est donc ici que les choses se corsent car le fait de savoir que tous ces titres sont des reprises (5 sur 13 morceaux : "When I was a young girl", chanson traditionnelle texane, "Secret heart" de Ron Sexsmith, "Inside and out" des Bee Gees, "Tout doucement" et "Now at last" de Blossom Dearie, "L'amour ne dure pas toujours" de Françoise Hardy) laisse dubitatif. Certes, quelques artistes ont basé toute leur notoriété sur le talent créatif d'autres compositeurs mais Leslie Feist a suffisamment d'intelligence inspirée pour offrir un album complet de son propre cru. Pas re reproches donc sur la qualité des reprises, mais sur ce simple fait d'en avoir surchargé sa production.

Mais cette petite déception, toute proportion gardée, n'entâchera pas l'entousiasme provoqué par Let it die. Après tout, la petite canadienne tenait-elle peut-être absolument à voir figurer ces morceaux sur son premier album, comme remerciement à ses inspirateurs. On ne lui en voudra donc pas trop, la douceur de sa voix, son accent sur les titres en français, et la subtilité de ses compos faisant vite oublier ce désagrément.
Feist livre donc un opus mêlant ballades, folk et teintes jazzy, plaisant par ses alternances, sa diversité, sa douceur, nous tirant du son ordinaire et nous livrant un petit bout de son monde, étendu et fragile, à manipuler avec précaution.

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