Albumrock - Webzine rock : critiques, culture, communauté

Restez connecté
Recherchez
Recherche

Critiques d'Albums

Fun House de The Stooges

 The Stooges

Fun House

( 01/08/1970 - Genre : Garage, proto-punk - Producteurs : Don Gallucci )
La note des internautes :
4.7 / 5 (24 votes)
1- Down On The Street / 2- Loose / 3- T.V. Eye / 4- Dirt / 5- 1970 / 6- Funhouse / 7- L.A. Blues

Auteur : FalkoTonio
(Publié le 16/05/2007)
Note

Les années 70 avaient-elles meilleure façon de commencer qu’avec la parution du deuxième album des Stooges ? Peut-être mais vraiment pas sûr tant cet album met une claque systématique à celui qui l’écoute et ce presque 40 ans après sa première sortie.

Les Stooges ce sont d’abord une bande de jeunes s’étant déjà fait remarqués grâce à leur premier album et qui, avec ce second opus, confirment qu’il ne sont pas vraiment en phase avec l’ambiance "flower power" et "peace & love" de l’époque. Ici pas de bons sentiments, pas d’amour des peuples, pas de mélodie planante : on attaque ce disque à toute berzingue, dans une moiteur sexuelle, on s’accroche pour ne pas être largué en route et, si possible, on garde un couteau calé dans sa botte au cas où.


Fun House est un disque violent, brûlant, à l’image d’Iggy Pop, leader charismatique du groupe. Iggy chante, crie, déclame ses textes avec une brutalité et une suavité mêlées comme jamais ça n’avait été fait et comme jamais ce ne fût fait depuis. Et pour chanter de telles paroles il fallait bien la voix et la figure de l’iguane : sexe, virées nocturnes, partouzes, bagarres, drogues… Iggy raconte ici sa vie quotidienne, vraiment pas triste ! Les mots sont crus et on le visualise très bien cavaler dans les rues complètement défoncé aux acides sans trop savoir ce qu’il cherche.

Parmi sa garde rapprochée l’iguane a son premier lieutenant : Ron Asheton. Sa guitare distordue, criarde, agressive, vous met des coups de boule tout le long du disque et même des coups de boules de plus en plus fort tant le disque monte en puissance. Si on arrive à éviter les gnons on arrive à capter la virtuosité du bonhomme qui tripote les riffs bluesy et fuzzy en en faisant des rouleaux compresseurs auxquels seuls les plus forts survivront. Pour l’anecdote Ron aura vraiment été l’homme à tout faire sur ce disque en ce qui concerne la gratte puisqu’il y joue les deux parties de guitare. Et sur Fun House la guitare est un individu à part entière, un être vivant, un membre du groupe : ses cris, ses complaintes résonnent réellement comme une "seconde voix", tourmentée et hurlante.

Le disque, donc, ne cesse de grimper en violence et en son crado du début à la fin. Dans le morceau "1970" un saxophone s’invite à l’orgie et ne la quitte plus jusqu’à la fin. On est alors entre rock n’ roll, free jazz, rythm n’ blues. Il n’est pas forcément nécessaire de chercher à savoir où on se situe musicalement à ce moment là : on est juste chez les Stooges, dans la Fun House. Ces gars là ont leur univers, leur propre vision du rock, et l’album se termine dans un immense orgasme noisy où les instruments se font l’amour les uns les autres. Le mot "bordel" prend alors tout son sens.

Ce disque a été fait sous les influences de plusieurs drogues, c’est une évidence lorsqu’on l’écoute et c’est une vérité confessée depuis longtemps par les Stooges, mais c’est surtout un disque fait par un groupe unique : rencontre d’énergumènes, parmi lesquels un génie, qui ne pouvaient faire autre chose de la musique et qui sont des miraculés de leur époque tant il est frappant que leur destin semblait clairement de finir overdosés dans un caniveau. C’est justement avec cette force animale du paumé qui découvre la vie et tous ses excès que Fun House, l’un des meilleurs albums rock de tous les temps, a été pondu.

Sept ans plus tard le punk éclatera mondialement, mais dès 1970 Fun House lui montrait le chemin.


Pas d'autre avis pour le moment ...
Aucun album en relation pour le moment

Les Commentaires des Lecteurs
Moon - 31/08/2007 13:15

C'est marrant, mais Dirt n'a jamais été parmi mes morceaux préférés des Stooges. Reste que Funhouse est de loin leur meilleur album, voire le meilleur album de l'histoire du rock tout court (en tout cas, probablement en tête de mon classement personnel).

Il est plus affirmé, plus drogué aussi, que le premier album. Le son y est en outre bien meilleur, quoiqu'en disent les fans de John Cale, qui a produit le premier opus éponyme.

Il est bien meilleur aussi que le troisième album, Raw Power, qui est certes foutrement réjouissant, mais plus cocaïné qu'halluciné, plus sec, plus violent, et moins intéressant au final. Sous la double influence Williamson/Bowie sans doute, il propose de "vraies" chansons, là où les deux premiers albums proposaient de purs trips.

Et il est bien meilleur, ne se mentons pas, que le quatrième album, The Weirdness, sorti il y a six mois. Ce qui est étonnant, c'est que The Weirdness a quasiment le même line-up que Funhouse (Iggy et les frères Asheton bien sûr, mais aussi le saxophoniste Steve McKay), alors que finalement, avec ses "vraies compos" carrées et sérieuses, il ressemble en fait plutôt à Raw Power.

Reste que limiter la discographie des Stooges à Funhouse serait une erreur. Il est complètement interdit de rater :
- sur "The Stooges" : 1969 - I Wanna Be Your Dog - No Fun, la sainte trinité, morceaux qui ont un peu vieilli dans leurs versions originales, mais qui sont toujours de très très grands moments des concerts des Stooges reformés
- sur "Raw Power" : Search & Destroy - Gimme Danger - Raw Power, l'autre trinité, malheureusement plus jouées en live, car selon l'aigri guitariste Ron Asheton, Raw Power ne fait pas partie de la discographie des Stooges. Ne pas oublier non plus "I Got A Right" et "I'm Sick You" parues seulement sur des compil d'inédits.
- sur "The Weirdness" : She Took My Money - Mexican Guy - Passing Cloud - I'm Fried - O Solo Mio (cette dernière n'étant dispo que sur la version japonaise ou sur le vinyle).

Thibault - 31/08/2007 11:55

oui c'est de loin le meilleur, Raw Power est très bien mais c'est sur que Fun House, ben voilà c'est un chef d'oeuvre intemporel tongue

surtout Dirt en milieu de disque, c'est complétement démentiel, un mélange entre un mec qui rampe et des guitares incisives, la vache 0009

florent - 30/08/2007 19:57

Marrant je ne découvre cet album que maintenant et c'est pour moi et quasi de loin, le meilkleur Stooges. Jouissif, sexuel, psyché, space, languissant, tout y est. Moins brut et primaire que Raw Power.

j'adore!

Voir les réactions sur le forum



La sélection Albumrock

Baden Baden
Baden Baden aime nous perdre entre douce folk mélodique et électrique tragique. Délicat et attachant, nos 5 parisiens construisent pas à pas un avenir qui se veut prometteur. Bordé par un acoustique efficace, l'univers de Baden Baden se construit sur un subtil mélange de sonorités uniques et cosmopolites. C'est notre sélection AlbumRock de juillet.