1- Feiticeira
/ 2- Digital Bath
/ 3- Elite
/ 4- Rx Queen
/ 5- Street Carp
/ 6- Teenager
/ 7- Knife Party
/ 8- Korea
/ 9- Passenger
/ 10- Change (In The House of Flies)
/ 11- Back To School
/ 12- Pink Maggit
Mieux vaut tard que jamais, dit le proverbe. C'est donc deux ans après sa sortie que j'ai découvert
White Pony, le troisième album des
Deftones à sortir sur le label Maverick (celui de Madonna). Autant dire tout de suite que ce fut une révélation...
Jamais je n'aurais imaginé être transportée par une voix comme je le fus par celle de Chino Moreno. C'est incontestablement sur cet album qu'il révèle toute l'étendue de son talent. Méprisant les aigus de castrats qui ont toujours fait les riches heures du métal, le chanteur est réellement stupéfiant dans un registre plus grave, et donc forcément plus menaçant... On connaissait déjà sa capacité à alterner des passages mélodiques et d'autres beaucoup plus... hurlés ("Bored", "My Own Summer (Shove It)" ou encore "Be Quiet and Drive (Far Away)"). Ce qu'il démontre à présent, c'est sa capacité à faire frissonner son auditoire en lui susurrant des textes torturés qui, tels le poney
blanc de la pochette, galopent à travers des champs d'amour et de haine jusqu'au plus profond de nos angoisses existentielles. On est décidément bien loin des "Fuck" à répétition dont se repaissent d'autres groupes de néo-métal afin de se dispenser d'écrire des textes dignes de ce nom.
Jamais non plus je n'aurais cru possible une telle fusion pop / métal. Allant à l'encontre de la tendance qui consistait à l'époque à faire le plus de bruit possible à coups de double pédale et de guitares déchirées, et au risque de déconcerter les fans de la première heure, le combo de Sacramento choisit de composer un album beaucoup plus calme, posé et mélodique que ses prédecesseurs. Bien sûr, on retrouve sur l'album quelques morceaux dévastateurs à la hauteur de ceux qui avaient fait connaître le groupe : "Elite", "Knife Party" ou "Korea", mais l'ensemble du disque n'en contredit pas moins ceux qui, se basant sur le premier titre, "Feiticeira", avaient prédit un second
Around the Fur...
Au lieu de l'habituelle formule "riff à tout casser, chant flirtant avec le hip-hop", les
Deftones ont donc préféré un ton plus modulé : on pense immédiatement à "RX Queen", à "Teenager", courte ballade au refrain planant, au superbe "Change (House of Flies)" (choisi d'ailleurs comme premier single), ou encore au tortueux "Knife Party". La section rythmique a beau n'avoir jamais été aussi carrée, l'ambiance aussi sombre, l'ensemble rappelle néanmoins plus les
Soundgarden ou les Smashing Pumpkins que
Korn (je pense notamment à "Digital Bath", chanté à la Corgan sur une mélodie et des arrangements guitaristiques que n'auraient pas reniés les citrouilles, ni d'ailleurs le Bruce Springsteen de l'époque de "Streets of Philadelphia"). Ceci est loin d'être un défaut ; au contraire, les
Deftones nous montrent par ce biais qu'ils constituent vraiment un groupe à part dans le monde du métal, l'un des rares à se bonifier avec le temps, qui plus est...
A ceux qui ne seraient toujours pas convaincus et demanderaient à voir (ou plutôt à écouter), procurez-vous d'urgence "Passenger", magnifique duo enregistré par le groupe avec Maynard James Keenan, la voix de
Tool et de
A Perfect Circle. La violence latente, l'entremêlement des voix, avant l'explosion finale, bref l'osmose parfaite entre la musique et le chant, tout cela nous donne droit à une neuvième piste quasi parfaite, où l'inspiration du groupe est à son sommet. Seul le titre suivant, un "Pink Maggit" de 7 minutes et demie, secoué, cahotant mais tellement prenant, pourrait à la rigueur rivaliser avec lui auprès des fans.
"Follow the leader", clamaient les membres de
Korn en 1998, dans l'un des premiers albums hardcore à atteindre la tête des charts américains. Deux ans plus tard, les
Deftones prouvaient au monde entier que les leaders, c'étaient eux. "Back in School / We are the leaders", chante d'ailleurs, non sans ironie, Chino Moreno dans "Pink Maggit". Même si leur dernier album a depuis un peu atténué la ferveur initiale, le groupe semble l'un des seuls à faire l'unanimité auprès des amateurs de métal et de rock confondus. Les
Deftones seraient-ils les
Radiohead du métal ?
A noter : on peut aujourd'hui trouver dans les bacs, non pas une, mais trois versions de
White Pony. La première, l'authentique, la "grise", contient 11 titres, mais les deux autres (la "rouge" et la "noire") contiennent une chanson supplémentaire : "Back to School (mini Maggit)", ainsi qu'une partie multimédia.