
5 sur 5 - Episode (François)
Il est curieux de constater que la cinquième année d’une décennie rock marque souvent une césure. Il y a alors une première moitié de décennie, puis une année en cinq et, ensuite (ou enfin) une seconde moitié de décennie qui est différente de la première.
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1965 - Them - The Angry Young Them

Difficile de choisir un album pour l'année 1965. Hélas, ce n'est pas l'embarras du choix qui explique ma gêne : je dois avouer qu'avant 1966-67, soit avant l'arrivée du rock psychédélique et des power trios, les productions rock m'ennuient profondément. Très peu pour moi, le miel de la Mersey beat et de ses ersatz londoniens ou internationaux, idem pour les imitations britanniques mal dégrossies qui reprennent les bluesmen et les stars du rock'n'roll des 50s. Et puisque les groupes en "the" (tu, en voilà) m'emmerdent, en voici un qui se contente d'ajouter un "m", comme pour faire un pied-de-nez à l'époque (mais surtout, en référence à un film d'horreur des années 1950). Them offre également la possibilité d'un détour par l'Irlande du Nord, chose assez rare dans l'histoire du rock pour être mentionnée. The Angry Young Them est le premier album du groupe, dont la postérité a retenu deux éléments : Van Morrison et "Gloria". A Morrison, il aurait néanmoins fallu ajouter Peter Bardens, futur membre de Camel, et Jimmy Page, alors musicien de session. A "Gloria", quelques autres titres qui font passer les Rolling Stones et les Animals pour des enfants de chœurs, car Them, c'est le son de l'époque version sauvage - à l'instar des Kinks. Citons "Mystic Eyes", rien de moins que The Doors avant l'heure, "Little Girl", rien de moins que Dr Feelgood avant l'heure, "Just a Little Bit", rien de moins que "Gloria" bis. L'album n'est pas parfait, il comporte beaucoup de remplissage convenu et de reprises (le mal de l'époque), mais il se démarque au sein des productions de l'époque en préfigurant la vague psychédélique de ce côté-ci de l'Atlantique.
1975 - Alice Cooper - Welcome to My Nightmare

Les docteurs ès rock le savent, Alice Cooper renvoie à la fois à un groupe, actif entre la Californie et le Michigan de 1964 à 1975, et à l'avatar du leader de cette formation une fois celle-ci séparée, Vincent Furnier. Le tournant a lieu en 1975 avec l'album Welcome to My Nightmare, qui inaugure la carrière solo et donc l'avènement d'Alice Cooper comme figure de la pop culture. Et comme s'il s'agissait de compliquer un peu plus les choses, le groupe s'est reformé cinquante plus tard pour proposer nouvel album en 2025, soit une collaboration entre Alice Cooper (le groupe) et Alice Cooper(l'avatar), ce dernier faisant partie du premier... Ambitieux, Welcome to My Nightmare est un album concept horrifique et grandguignolesque qui suit les pas de Steven dans un cabaret cauchemardesque, à travers ses rencontres avec des personnages terrifiants, introduits par des tubes intemporels - "The Black Widow", "Only Women Bleed", "Department of Youth", "Escape", "Steven". Un Pierre et le Loup moderne, sans Pierre ni Loup, mais avec autant de génie que Prokofiev : aurait-on oser l'affirmer en pleine Guerre Froide ?
1985 - Omega – The Prophet

En parcourant la production Metal de l'année 1985, plusieurs albums de choix viennent rapidement à l'esprit : le premier opus d'Helloween (Walls of Jericho), acte de naissance du Power Metal, le premier album de Pentagram (Relentless), tout aussi fondateur pour la scène Doom, l'immense Metal Heart d'Accept... Pour autant, je ne résiste pas à vous proposer une rareté tirée de la queue de comète de la New Wave of British Heavy Metal : The Prophet, l'unique album d'Omega. Ce dernier permet d'observer l'influence du rock progressif sur la première scène Metal anglaise, déjà saisissable chez Iron Maiden ou Saracen, mais souvent négligée. Cette esthétique est rendue possible par l'introduction des synthétiseurs, qui rapproche le groupe du néoprogressif contemporain, et fait figure des premiers pas du Metal progressif qui s'épanouira dans la décennie suivante. Au même moment, Fates Warning fait paraître The Spectre Within', également recommandable. A écouter : "The Child", "The Prophet".
1995 - Opeth - Orchid

Dans les années 1990, le rock progressif connaît un renouveau qui s'exprime de multiples façons : la scène néo-porgressive née dans les années 1980 s'épanouie enfin et revisite symphonique, d'autres groupes plus conservateurs cherchent à retoruver un son largementfantasmé, et le Metal progressif sature le genre dans des directions plus ou moins extrême. Aux côtés des Etats-Unis, la Suède est le deuxième grand pôle de cette renaissance, porté par The Flower Kings Anglagard, Landberk et Anekdoten, ainsi que, côté Metal, Pain of Salvation ou Opeth. Ce dernier groupe Metal extrême, Death voire Black sur ce premier opus souvent considéré comme difficile d'accès. Pourtant, Orchid est à la fois parfait premier au style du groupe (quelques ruptures brutales près), et Iron Maiden ou progressive des 1970 passages plus folk (Jethro Tull). Des pièces brilantes comme "The Twilight Is My Robe" et "In the Mist She Was Standing".
2005 - Gojira - From Mars to Sirius

Mis en lumière lors des Jeux Olympiques de PAris de 2024, Gojira est pourtant devenue depuis longtemps la formation Metal française la plus internationalement de l'histoire bénéficiant d'une forte popularité aux Etats-Unis, tout en hermétqiue Metal extrême, dureté des riffs et le growl. Si la prestation unanimement reconnue, difficile d'accès. Il convient donc de trouver au sein d'une discographie sans faute une porte d'entrée et From Mars to Sirius, malgré sa longueur. Manifeste écologiste d'un groupe Sea Sheperd, troisième album plus progressif et plus apaisé, tout en maintenant rugosité, comme en témoigne l'excellent "Back Bone"
2015 - Tribulation – Children of the Night

2025 - Propagandhi – At Peace

Si vous m'aviez dit qu'un groupe de punk hardcore intégrerait mon Top 10 de l'année 2025, je ne pense pas que je vous aurez cru, du moins pas avant d'avoir écouté le dernier opus de Propagandhi, At Peace. En effet, le groupe canadien a proposé. La catégorisation au sein du "punk hardcore" n'est plus, d'éléments issus du Metal plus classique - reste les paroles très engagées d'un groupe parmi les plus "woke", pour reprendre un terme parasite.