Ranking albums : Savatage
Savatage est un groupe qui a beaucoup évolué stylistiquement, la tâche de classer leur discographie n'était donc pas simple. Surtout quand un des rédacteurs les adore pour leur période Prog Metal symphonique et opéra Rock (Chrysostome), tandis que l'autre ne jure que par leurs années Power Metal (François). Il semblerait qu'on ait malgré tout trouvé un compromis satisfaisant pour nous deux. Encore plus surprenant, on est parfois tombé d'accord sur des choix inattendus qui ne feront probablement pas l'unanimité ! On vous conseille l'écoute du podcast pour connaitre tous les détails (player en bas d'article, mais également disponible sur toutes les plateformes).
N°11 : Edge of Thorns (1993)

Savatage sort du projet le plus ambitieux de sa carrière avec son premier opéra Rock Streets. Ayant l'impression d'avoir atteint son pic, Jon Oliva quitte le groupe, bien qu'il reste co-compositeur et claviériste. Pour le remplacer il a trouvé un inconnu qui est vocalement son opposé, Zachary Stevens. Celui-ci à un timbre profond, chaleureux et précieux ainsi qu'une grande maitrise technique, là où Oliva peut être perçant, démoniaque, rugueux ou fragile. Le problème c'est qu'il semblerait que Jon ait demandé à Zachary de se calquer sur lui sans tenir compte des registres dans lequel Stevens est moins pertinent. Pire, il lui écrit parfois un phrasé presque rappé ("He Carves His Stone", "Lights Out") qui parait hors sujet. C'est d'ailleurs là l'autre problème majeur de cet album, après une évolution stylistique vers un Rock "comédie musicale" depuis Gutter Ballet, le groupe ne semble plus trop savoir quelle direction musicale prendre. On entend des tentatives maladroites pour tendre vers un Metal Progressif rendu populaire par Dream Theater avec Images and Words l'année précédente, mais aussi une influence du Black Album de Metallica. Sans véritable cohésion et avec un nouveau chanteur qui n'a pas encore pris ses marques malgré ses grandes qualités évidentes, Edge of Thorns ne nous laisse pas une impression durable malgré son remarquable titre éponyme qui reste parmi les favoris du groupe.
N°10 : Sirens/The Dungeons are Calling (1983)

En janvier 1983 Savatage entre en studio pour la première fois et enregistre tout le matériel qu'ils ont, à savoir 15 chansons. A l'époque, même si le CD existe depuis quelques mois, le vinyle reste le support privilégié et ses contraintes techniques oblige le groupe à laisser de côté 6 chansons qui apparaitront sur l'EP The Dungeons Are Calling l'année suivante. Loin d'être anecdotique, ce dernier contient deux chansons qui sont des incontournables du groupe en concert (le titre éponyme ainsi que "City Beneath the Surface"). Les rééditions CD ont depuis rassemblé les morceaux de ces sessions et c'est donc sous cette forme que nous avons choisi d'étudier l'album afin d'éviter d'occulter une part importante de l'histoire du groupe. Si nos analyses sont à l'opposé à cause de nos goûts respectifs (bon album de Heavy pour François, cliché Metal 80s complètement lambda pas aidé par une production particulièrement mauvaise pour Chrysostome), le choix de la place à attribuer à ce galop d'essai n'a pas fait débat. Les compositions manquent de personnalité et seuls les incontournables "Sirens", "The Dungeons are Calling", "City Beneath the Surface" ainsi que la power ballade d'inspiration Beatles "Out on the Streets" sortent du lot. Précisons que c'est une dixième place à égalité avec le suivant de la liste que nous avons acté.
N°10 : Fight fo the Rock (1990)

Fight fo the Rock est qualifié par les fans comme par le groupe lui-même (qui le surnomme Fight for the Nightmare) d'album honteux. La raison ? Sous la pression de la major Atlantic qui les a signé, les musiciens acceptent de prendre une direction plus Hard FM. A l'unanimité nous avons trouvé que ce soit disant faux pas restait très agréable à écouter. Le principal travers qu'on lui a trouvé est son manque de morceaux originaux. Les reprises de "Wishing Well" (Free") et "Day After Day" (Badfinger) sont bien en dessous des originales et "Out on the Streets" qui figurait déjà sur le premier album est ressorti dans une nouvelle version qui assume encore plus ses penchants pop. "The Edge of Midnight" et "Lady in Disguise" préfigurent le Savatage futur avec l'intro baroque de la première et la théâtralité opéra Rock de la deuxième. Les compositions qu'ont pourrait qualifier d'Hard FM sont plutôt réussies et gardent un côté Heavy. Enfin, ceux qui jugent trop hâtivement cet album occultent le fait que les titres "Hyde" et "Red Light Paradise" sont de belles réussites dans le plus pur style du groupe Heavy Metal inquiétant des débuts. Sirens et Fight for the Rock possèdent tous deux quelques temps forts et d'autres morceaux plus dispensables sans que rien ne soit jamais vraiment mauvais, raison pour laquelle on n'a pas souhaité les départager. Espérons que ça donnera envie à certains d'écouter cet album dont la mauvaise réputation ne nous parait pas justifiée.
N°8 : Power of the Night (1985)

Avec Power of the Night Savatage a franchi un cap. La production (assurée par Max Norman) est bien meilleure et les compositions sont beaucoup plus riches et inspirées tandis que les solos de Criss Oliva ont gagné en virtuosité. Les morceaux marquants s'enchainent en ouverture d'album : le véloce "Power of the Night", l'inquiétant "Unusual" et le puissant "Warriors". Trop peu connu, "Fountain of Youth" sonne comme un classique du groupe. Bien qu'un peu moins marquants, les titres restants sont néanmoins très réussis. Il subsiste cependant un point noir pour chacun. Ce sera le Mötley Crüesque "Hard For Your Love" au texte d'une beaufferie affligeante pour Chrysostome. La réticence de François concernera la ballade finale "In the Dream", trop kitsch à son goût.
N°7 : Dead Winter Dead (1995)

Après deux albums de transition suite au retrait de Jon Oliva puis au décès de Criss Oliva, c'est avec Dead Winter Dead que Savatage affirme véritablement son nouveau visage de groupe de Metal Porgressif Symphonique. Paul O'Neill a mis en place un concept touchant inspiré d'une histoire vraie : celle d'un violoncelliste qui allait jouer dans les ruines de Sarajevo en pleins affrontements lors de la guerre en Yougoslavie. Un nouveau line-up est mis en place avec Jeff Plate à la batterie, Chris Caffery et Al Pitrelli aux guitares. Ce dernier délivre de nombreux solos virtuoses et épiques et on se régale à chacun d'entre eux. Savatage offre une relecture Prog de la 25ème symphonie de Mozart et de l' "Hymne à la joie" de Beethoven ainsi qu'un instrumental inspiré de contes de Noël ("Christmas Eve/Sarajevo 12/24") qui sera un tube pour le groupe et qui les incitera à créer le Trans-Siberian Orchestra qui se spécialisera dans ce domaine. On trouve deux titres qui développent des polyphonies à 5 voix en contrechant ("One Child" et "Not What You See"), nouvelle marque de fabrique du groupe qui est toujours fascinante à écouter. Deux chansons emblématiques sont particulièrement mémorables ("This is the Time" et "This isn't What We Meant"), tandis que le reste, tout en étant très bon, est tellement mis au service du concept qu'à l'écoute on ne sait pas toujours délimiter sur quel morceau on est. On trouve toutefois quelques bémols qui empêchent cet album de prétendre à une plus haute place. Certains riffs, certaines idées sont beaucoup trop répétées, ce qui fait qu'on peut vite se lasser de l'album ("I Am" en est l'exemple le plus symptomatique). Enfin, on regrette l'utilisation d'un piano numérique et d'orchestrations au synthé qui sonnent vraiment cheap.
N°6 : Streets (1991)

Streets aura été l'album qui nous a le plus divisé : un des sommets de leur carrière pour Chrysostome, inécoutable pour François. Cela s'explique par le choix du groupe d'écrire son premier opéra rock. Il a été pensé comme une comédie musicale pour Broadway, un choix qui a suffi à rebuter totalement François. Les chansons sont mises au service de l'histoire et il est vrai que certaines d'entre elles, prises individuellement, sont d'un intérêt mineur. L'histoire dans ses grandes lignes n'est pas confondante d'originalité : une rock star sur le déclin à cause d'abus de drogues cherche à reprendre son destin en main. Sauf qu'elle fait écho à ce que vit Jon Oliva, qui interprète DT Jesus avec une émotion à fleur de peau. Pour les besoins de l'histoire, les ballades piano-voix occupent un bon tiers de l'album, il vaut donc mieux ne pas y être allergique ! Streets reste cependant un album majeur pour de nombreux fans comme pour le groupe lui-même et deux de ses titres restent des incontournables en concert : "Jesus Saves" et "Believe".
N°5 : The Wake of Magellan (1997)

Un line-up enfin stabilisé deux albums de suite permet à Savatage de réaliser un album très proche de Dead Winter Dead tout en ayant parfait sa nouvelle formule. Paul O'Neill a là encore écrit une histoire très touchante inspirée d'un fait divers : des passagers clandestins trouvés sur un cargo que le capitaine a choisi de jeter par dessus bord. On trouve en début d'album une suite de trois titres grandioses ("Turns to Me", "Morning Sun" et "Another Way"), et comme sur Dead Winter Dead deux titres qui développent des polyphonies à 5 voix en contrechant ("The Wake of Magellan" et "The Hourglass"), tandis que le reste, tout en étant très bon, est tellement mis au service du concept qu'à l'écoute on ne sait pas toujours délimiter sur quel morceau on est. Là encore persistent quelques points noirs avec une succession de trois titres contenant de mauvaises idées (mélodie de chant qui suit tous les riffs, rap), le paroxysme étant atteint sur la dernière ("Blackjack Guillotine", "Paragons of Innocence" et "Complaint in the System").
N°4 : Handful of Rain (1994)

Alors qu'on le sentait parfois peu à l'aise sur son premier album avec Savatage, Zachary Stevens a totalement pris ses marques pour son deuxième album et nous montre l'étendue de son talent vocal. Le groupe explore une direction inattendue avec beaucoup de titres qui sonnent Rock Sudiste, tout en gardant la puissance du Metal, une association avec laquelle Zakk Wylde fera carrière et qui réussit étonnamment bien à nos floridiens. Le Heavy Metal n'est pas renié pour autant avec deux titres parmi les plus rageurs de leur répertoire ("Taunting Cobras" et "Nothing's Going On"). On trouve également les prémices du Rock Progressif Symphonique à venir avec l'instrumental "Visions", mais aussi et surtout "Alone You Breath" et "Chance", deux pièces de plus de 7 minutes à l'écriture ambitieuse et qui restent majeures dans leur répertoire. Au final on trouve une grande diversité musicale et pas un seul titre faible sur cet album parfois oublié à cause de sa place transitionnelle.
N°3 : Poets and Madmen (2001)

Poets and Madmen propose le meilleur des deux mondes. On retrouve encore une fois une magnifique histoire de Paul O'Neill inspirée d'un fait divers réel (le photographe de guerre Kevin Carter qui s'est suicidé, hanté par ce qu'il a vu), astucieusement mise en scène à travers le packaging. Il s'agit probablement là du concept le plus fort développé par le groupe, mais en parallèle de cela, contrairement à Dead Winter Dead et The Wake of Magellan, ici chaque chanson a son identité propre et fonctionne individuellement. Celles-ci reposent à nouveau plus sur les riffs et on retrouve un peu le Savatage des années 80 avec les titres "Man in the mirror", "Drive" et "Awaken". On ne trouve pas un seul mauvais titre, mais deux d'entre eux sortent particulièrement du lot. "Commissar" est à la croisée de "Jesus Saves" et de la période symphonique. Quant à "Morphine Child", le titre le plus long jamais enregistré par le groupe, c'est aussi leur meilleure composition prog symphonique. L'interprétation de Jon Oliva y est incroyable, et le final à 5 voix est plus grandiose que jamais !
N°2 : Hall of the Mountain King (1987)

C'est cet album qui vaut à Savatage d'être au panthéon du Power Metal US. Certes, le refrain basique de "White Witch" nous gave un peu, mais mis à part ça, c'est un sans faute ! Chaque solo de guitare de Criss Oliva est une démonstration époustouflante de virtuosité et on trouve une sacré collection de riffs marquants. Quand à l'interprétation vocale de son frère Jon elle est exceptionnelle, tout particulièrement sur les deux sommets de l'album que sont "Beyond the doors of the Dark" et "Hall of the Mountain King". L'introduction de ce dernier titre intitulé "Prelude to Madness" est également notable avec son superbe duel guitare électrique / orchestre dans une relecture de l’œuvre classique de Grieg comprenant également une citation issue des Planètes de Gustav Holst.
N°1 : Gutter Ballet (1989)

Que faire après avoir composé un des chefs-d’œuvre du Power Metal US ? Répéter la formule ? Ce serait beaucoup trop restrictif pour les frères Oliva qui préfèrent élargir leurs horizons. Influencés par leur producteur, également devenu cinquième membre officieux du groupe, ils s'essaient à des pièces opéra rock centrées autour du piano. Un genre dans lequel ils se sentent tout de suite à l'aise, puisque "Gutter Ballet" et "When the Crowds Are Gone" s'imposent aussitôt comme deux des sommets du groupe. Une bonne moitié de l'album reste dans la lignée de Hall of the Mountain King avec des solos de guitare et une performance vocale toujours aussi incroyables, mais avec des compositions beaucoup plus riches et diversifiées, utilisant notamment des tempos lents permettant des contrastes saisissants. Gutter Ballet propose un véritable sans faute, puisque non content de ne contenir que des compositions excellentes, son écoute est rendue encore plus passionnante par la diversité de celles-ci !







