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Jimi Hendrix : 1970 - 2010


Jerome, le 03/05/2010

La genèse chaotique de First Rays Of The New Rising Sun


Par Nicolas

A bien des égards, il s'avère absolument nécessaire de prendre un certain recul avant de s'attaquer à First Rays Of The New Rising Sun. Quatrième et dernier album studio de Jimi Hendrix, album posthume, album inachevé, album sujet à de nombreuses controverses tant historiques que conceptuelles ou artistiques, ce disque, malgré ses imperfections et son côté forcément artificiel, est désormais considéré comme l'ultime testament du Voodoo Child, qu'on le veuille ou non. En témoigne le fait que les deux dernières remasterisations de l'œuvre d'Hendrix ont volontairement mis de côté les tout aussi contestables The Cry Of Love, Rainbow Bridge, War Heroes ou autre Voodoo Soup pour ne conserver que cette mouture estampillée Eddie Kramer et adoubée par la famille du défunt. Récit d'une naissance par à-coups.


A sa mort, Jimi Hendrix laisse derrière lui un immense chantier en friche, mais également nombre de notes manuscrites qui permettent d'appréhender un minimum l'idée qu'il avait de son quatrième album. Temporairement baptisé First Rays Of The New Rising Sun lors de la phase d'enregistrement, d'autres titres d'album étaient également envisagés, comme Horizon ou encore Between Here And Horizon. Hendrix avait dans l'idée de réaliser un double album, et peut-être même un triple. La tracklist provisoire qu'il avait eu le temps de mettre sur papier pour un éventuel double laisse pourtant ses collaborateurs dans le doute : la face D (deuxième face du deuxième vinyle) n'est pas renseignée, et sur les trois autres faces on retrouve plusieurs morceaux trop peu avancés pour faire l'objet d'une édition ("Midnight Lightning", "Cherokee Mist") ou soumis à des problèmes de droits pour cause de collaboration avec d'autres artistes ("Drifter's Escape" emprunté à Bob Dylan et "Bleeding Heart" signé Elmore James). L'exploration de pistes alternatives via d'autres idées de tracklisting se heurte aux même problèmes, avec de surcroît des noms de morceaux qu'Hendrix n'avait pas eu le temps d'enregistrer. Le verdict ne tarde pas à tomber : il s'avère impossible de reproduire fidèlement la vision du défunt. A partir de là, trois tentatives de restitution se sont succédées dans le temps.


La première tentative est celle de Mike Jeffery, le manager du défunt (volontiers reconnu comme véreux), qui entend étaler la postérité d'Hendrix sur plusieurs albums pour de sombre histoires pécuniaires. Il confie la production de l'affaire aux fidèles Eddie Kramer et Mitch Mitchell, qui achèvent du mieux qu'ils peuvent les morceaux incomplets dans le respect des dernières notes d'Hendrix, certains instruments étant alors ré-enregistrés. Trois albums voient alors successivement le jour : The Cry Of Love (1971), Rainbow Bridge (1971) (une BO de film qui n'en est une que pour raisons contractuelles) et War Heroes (1972). Si les deux premiers sont bien accueillis à l'époque, le dernier est beaucoup plus contestable, et est d'ailleurs considéré par Kramer comme "les fonds de tiroir d'Hendrix". Mais faute de mieux à l'époque, personne n'a trop voulu élever la voix. Il faut tout de même signaler que, sur les trois disques en question, seul The Cry Of Love est composé intégralement de morceaux qui auraient dû se trouver sur le double album voulu par Hendrix (à une exception prêt, on y reviendra), les autres étant agrémentés de pièces dont la légitimité s'avère plus ou moins discutable.


Deuxième tentative, bien plus tardive : celle d'Alan Douglas, producteur très controversé ayant hérité des droits d'Hendrix à la mort de Jeffery en 1973. Après avoir édité pas moins de dix sept albums composés de lives et de chutes de studio, dont la quasi totalité ont été agrémentés d'overdubs et de réorchestrations interprétées par des musiciens qui n'ont jamais travaillé avec Hendrix, Douglas décide de s'attaquer au mythe du fameux album posthume. Résultat : Voodoo Soup (1994) compile plusieurs morceaux de l'ère First Rays, mais oublie nombre de titres totalement légitimes de The Cry Of Love et de Rainbow Bridge ("Straight Ahead", "Astro Man", "Dolly Dagger", "Earth Blues" et "Hey Baby (New Rising Sun)"), et plusieurs morceaux sont agrémentés de parties de batterie réenregistrées par le producteur-cogneur Bruce Gary. Parmi les titres "réincorporés" hors The Cry Of Love, on trouve "Pali Gap" de Rainbow Bridge, "Midnight" de War Heroes, et surtout "Message To Love" et "Peace In Mississipi" du très controversé Crash Landing, premier album d'inédits sorti par Douglas peu après le décès de Mike Jeffery. Autant dire que cette mascarade est très vite vouée aux gémonies par tous les adorateurs d'Hendrix.


Troisième et dernière tentative à ce jour : celle initiée par Experience Hendrix LLC, nom derrière lequel se cache la famille de Jimi Hendrix qui a finalement réussi à récupérer les droits de l'artiste au terme d'une épuisante et interminable bataille judiciaire. Pour l'occasion, Eddie Kramer se trouve réembauché en tant que superviseur, et effectue un nouveau pressage audio à partir des pistes originales. La remasterisation des trois albums d'Hendrix ayant été effectuée dans le même temps par la même équipe, First Rays Of The New Rising Sun (1997) devient officiellement le quatrième album studio de Jimi Hendrix. L'album comporte ainsi : 1) la totalité de The Cry Of Love ; 2) une bonne partie de Rainbow Bridge sauf "Pali Gap" et "Look Over Yonder" (l'album contenait aussi une reprise de "Star Spangled Banner" de Francis Scott Key et John Stafford Smith et une version live de "Hear My Train A Calling") ; et 3) une petite partie de War Heroes : "Stepping Stone", "Izabella" et "Beginning" (ce dernier titre étant une compo de Mitch Mitchell). Pour autant, malgré le pedigree des personnes à la barre du projet et bien que celui-ci soit à ce jour le plus fidèle à la vision d'Hendrix, il n'est toujours pas exempt de reproches. Si les faces A et B sont présentes en intégralité, la face C est toujours amputée de "Drifter's Escape", alors que la question financière liée aux droits d'auteur attribuables à Dylan n'a plus de raison d'être. "Come Down Hard On Me ", de même, a été mis de côté bien que le titre ait été édité ultérieurement (sur Loose Ends, en 1973), peut-être du fait qu'il n'avait pas été assez avancé par Hendrix pour être considéré comme finalisé. Plus ennuyeux par contre, "My Friends" n'aurait sûrement pas figuré sur le projet original puisque ce morceau fait partie des sessions d'enregistrement de l'Experience sur Electric Ladyland et qu'il avait été rejeté par Hendrix à l'époque. Le fait que le titre ait été gardé tient uniquement à ce qu'il était également présent sur The Cry Of Love, ce qui, en soi, n'est pas forcément un gage de légitimité.


Malgré tout, on tient bien là un double album, en tout cas en terme de durée (si on part du principe d'une édition originale sur vinyle). Et si de nombreux morceaux comme "Izabella", "Stepping Stone", "Hey Baby (New Rising Sun)" et "Earth Blues" n'étaient pas envisagés officiellement sur le projet par Hendrix (en gardant toujours en mémoire la fameuse D-Side non renseignée), le fait qu'ils aient été les plus avancés parmi les multiples chutes de studio disponibles plaide en faveur de leur probable intégration au projet final à l'époque. Du moins, c'est ce que semble penser Eddie Kramer, qu'il serait hasardeux voir malhonnête de taxer d'intéressement. Après tout, s'il existe un homme capable d'appréhender au mieux ce fameux album posthume, c'est bien lui. Toutes les autres jérémiades émises de-ci de-là par les amateurs éclairés du guitariste prodige, intégration de tel morceau plutôt qu'un autre et autre choix dans l'enchainement des titres, relève uniquement de la science fiction. D'ailleurs, pour les déçus qui voudront se forger leur propre playlist, on signalera que la quasi-totalité des morceaux qui auraient pu être incorporés à ce First Rays Of The New Rising Sun est présente sur le recueil de B-Sides édité également en 1997, South Saturn Delta.

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