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DVD

A Hard Days' Night


Réalisé par Richard Lester

Sortie le 4 mai 2004

Wild Side Vidéo
Durée : 86 minutes
Prix : 28,62€


Auteur : Aurélie
(Publié le 21/07/2004)

"A day in the life" of the Beatles, ça vous dit ? Non, il ne s'agit pas là de la première tentative de ciné-réalité de l'histoire. A Hard Day's Night, c'est bien plus que cela. Drôle, insolent, mouvementé, le film de Richard Lester - connu jusque là pour sa collaboration au Goon Show de Peter Sellers - ressemble plutôt aux aventures de Rocambole au pays du rock'n'roll. "Une version BD de ce qui se passait en réalité", dira plus tard John Lennon.

Tourné en 7 semaines pour un budget ridicule (inférieur à celui consacré au premier album des Beatles, par exemple), le premier film des Quatre garçons dans le vent réussit l'exploit, en 1964, de conquérir les critiques les plus réticents, ceux qui persistaient, même après leur tournée américaine, à ne voir dans les Fab Four qu'une formation sans avenir et dans la Beatlemania une crise adolescente passagère.

Pourquoi un tel succès ? D'abord, parce que A Hard Day's Night n'est pas un "exploitation movie" comme il en fut produit des dizaines la même année. Au lieu de capitaliser sur la Beatlemania et de proposer une comédie musicale infantilisante du type Summer Holiday, Richard Lester a cherché à capturer l'essence même des Beatles.

Or, l'essence des Beatles, c'est certes leur musique (le film bénéficie, fait rare à l'époque, d'une BO originale composée de 13 titres, parmi lesquels "And I Love Her", "Can't Buy Me Love", "She Loves You", "I Should Have Known Better" et l'incontournable "A Hard Day's Night", inspiré par un lapsus de Ringo et composé en une nuit par le tandem Lennon-McCartney), mais c'est aussi un accent liverpoolien à couper au couteau, une fraîcheur étonnante, et surtout un humour ravageur, capable des jeux de mots les plus subtils comme des blagues les plus stupides, à mi-chemin entre les Marx Brothers et Alfred Jarry... Un vrai bonheur...

Il faut ici remercier le scénariste Alun Owen, lui aussi originaire de Liverpool, pour avoir construit une intrigue assez tordue (un grand-père magouilleur - celui de Paul -, un Beatles qui fait le mur, un séjour en prison) pour mettre en valeur tout le potentiel comique des quatre garçons... Le mariage de son propre humour et du leur est tout simplement une réussite, et donne lieu à des dialogues d'anthologie, comme il le rappelle en toute modestie dans un des nombreux bonus du DVD.

Il ne faudrait pas pour autant se contenter de voir dans A Hard Day's Night une comédie sans queue ni tête... Il y a dans le film un arrière-plan critique qui, bien que discret, mérite l'attention. Ainsi, ce que nous montrent les trente premières minutes, c'est le rythme de vie effréné auquel les Beatles doivent se conformer. Contraints par leur manager Brian Epstein de "faire leurs devoirs" (= répondre au courrier), ils tentent de s'échapper afin d'aller danser dans un nightclub. Mais ils sont vite rattrapés par ceux qui "veillent" sur eux... quand ils ne le sont pas par des hordes de fans déchaînés. A ce propos, signalons que le producteur dut recruter 300 jeunes filles et garçons pour jouer le rôle - mais jouaient-ils vraiment ? - de ces fans. Parmi eux, un certain Phil Collins...

Le film de Richard Lester n'hésite donc pas évoquer le versant moins rose de la vie de ces "Pop idols", autrement dit l'exploitation dont ils furent victimes. Et nous montre par la même occasion un John Lennon toujours prêt à se rebeller contre l'oppression. Lester avait bien discerné en lui une tendance contestataire qui ne se démentira d'ailleurs pas, et était décidé à faire de son personnage "un cynique anti-autoritaire". C'est pourquoi le film organise par deux fois la confrontation entre Lennon et l'Establishment, d'abord sous la forme d'un vieil homme aigri qui refuse de voir le groupe s'asseoir dans un compartiment de première classe, puis sous celle du manager qui ordonne à Lennon de sortir de son bain pour aller répéter. Dans les deux cas, le conflit se résout de manière plus ou moins surréaliste : ou bien les Beatles se retrouvent à courir dehors le long du train et à taper à la vitre du vieil homme, ou bien le bain de John se vide lentement sous les yeux médusés d'Epstein sans que Lennon ne réapparaisse. Après tout, les Beatles ne sont pas des radicaux révolutionnaires. Ce qu'ils veulent, c'est seulement profiter de la vie.

La scène qui incarne le mieux cette aspiration hédoniste, c'est celle du parc, au milieu du film. Les quatre garçons ont réussi à s'échapper par une issue de secours et peuvent enfin laisser libre cours à leur joie. FREE AT LAST ! Ils se livrent alors à des danses, plus hilarantes les unes que les autres, avant d'entamer un concours de sauts... que vous n'êtes pas prêts d'oublier. Après ce court interlude tourné en accéléré, on se dit qu'on aurait vraiment bien aimé les connaître et pourquoi pas les avoir comme potes... Car tel est le résultat de ce film au goût d'instantané : nous faire aimer, non pas la musique des Beatles (de celle-là, on est déjà fan), mais le groupe lui-même, ces quatre garçons aux personnalités si différentes et complémentaires. Rien d'étonnant à ce que les parents de l'époque soient tombés sous le charme !!

L'éditeur Wild Side nous donne aujourd'hui l'opportunité de redécouvrir ce chef d'oeuvre burlesque qu'est A Hard Day's Night, augmenté de quelque 3 heures de bonus ! On trouvera ainsi une série d'interviews passionnantes de George Martin (le "cinquième Beatles"), Richard Lester, Alun Owen et de Klaus Voorman (ami du groupe), une présentation du film par Gilles Verlant, des explications concernant quelques blagues du film ("What a clean old man !!"), des affiches de l'époque, une galerie photos et enfin une partie ROM qui permet d'imprimer le scénario du film ! De quoi prolonger encore longtemps la magie...



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