
David Bowie
Scary Monsters (and Super Creeps)
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1- It's No Game (Part 1) / 2- Up The Hill Backwards / 3- Scary Monsters (And Super Creeps) / 4- Ashes To Ashes / 5- Fashion / 6- Teenage Wildlife / 7- Scream Like A Baby / 8- Kingdom Come / 9- Because You're Young / 10- It's No Game (Part 2)


Bang Bang...
Quand, en septembre 1980, vous chantez "Collez-moi une balle dans la tête et les journaux en feront leurs premières pages...", que vous faites déclamer la formule par l’artiste japonaise Michi Hirota (laquelle, pour l’anecdote, a déjà fait une couverture emblématique de Sparks) et qu’en décembre de la même année, votre meilleur pote – John Lennon – se prend quatre balles dans le buffet, laissant seule une veuve tout autant artiste et tout aussi japonaise, vous êtes en droit de vous poser quelques questions existentielles au sujet de la synchronicité.
Non ?
Trailer polémique (1)
Scary Monsters (And Super Creeps) est (probablement) le dernier grand album de David Bowie en ce sens que douze opus studio qui seront ultérieurement gravés de son vivant ne flirteront plus jamais (malgré des bonheurs divers) avec une telle intensité créative et artistique.
Blackstar (2016) sera évidemment "divinisé" dès sa sortie mais l’amour inconditionnel qui lui a été voué relève plus de l’émotion liée au décès de son auteur qu’à la raison pure.
Après avoir survolé (et survolté) les modes seventies, Bowie absorbe instantanément le meilleur de la new-wave synthétique (principalement son caractère "romantique") et, servi par une production sublimissime, entre triomphalement dans les eighties.
Très subjectivement, je comprends pourquoi Tony Visconti (qui va pourtant être expulsé brutalement de la vie du Major Tom quelques temps plus tard) voit dans Scary Monsters (And Super Creeps) un achèvement ou un Grââl. "Nous cherchions à enregistrer notre Sergent Pepper depuis une éternité (2). Là, nous avons enfin touché au but. C’est probablement mon album préféré de Bowie."
Ma part du gâteau...
On sait que Bowie entendait que cet opus soit plus « commercial » que ses efforts précédents. C’est que la "fameuse" (mais parfois emmerdante) trilogie berlinoise, inscrite dans une volonté très "arty" (et sans concession), s’est mal vendue (et ce n’est probablement que justice).
Or, ceux et celles qui fréquentent une école de commerce depuis à peine trois semaines savent déjà que quand un "produit" décrit comme "innovant" vient à se vautrer, il est recommandé de jouer la carte de la nostalgie pour récupérer sa clientèle perdue.
Il est par conséquent grand temps de ressortir l’ambigu (mais emblématique) Major Tom du chapeau où il végète depuis 1969. Quitte à le rendre ridicule. Quitte à se rendre ridicule. Car on sait que le curieux Major et Bowie ne sont qu’une seule et même personne.
Te souviens-tu de ce type qui s’était imposé
Dans une vieille chanson
J’ai entendu une rumeur venant du Ground Control
Oh non ! Dis-moi que ce n’est pas vrai
Ils viennent de recevoir un message d’Action Man…
"Je suis heureux, j’espère que tu l’es aussi
J’ai aimé tout ce dont j’avais besoin, mon amour
Les détails sordides suivront..." (3)
Et d’enfoncer le clou de l’autocritique (ou de l’auto-parodie)...
On sait que le Major Tom est un junkie
Défoncé là-haut, au Paradis
Touchant le fond du gouffre (3)
A ce titre, "Ashes To Ashes" pourrait servir de modèle absolu à un professeur de composition de l’Académie du Rock.
Le single (qui va légitimement cartonner dans les charts) est un habile mariage entre une volonté synthétique (les sonorités dominantes et les guitares) et une affirmation organique (la ligne de basse très funky). La mélodie est – évidemment – imparable et le thème, exalté et "bowien" vient en contrepoint d’un chant dépourvu de passion.
De la cendre à la cendre ; de la poussière à la poussière... L’expression est empruntée au rituel funéraire anglican (4). C’est son passé que Bowie entend enterrer. Ou ré-enterrer dans la mesure où il se complaît à mourir et renaître cycliquement.
Avec Scary Monsters (And Super Creeps), Bowie tente (et réussit) un grand écart entre la fidélité à ses convictions artistiques (parfois un peu élitistes ou extrêmes) et une approche plus commerciale. Il met au service de l’opus ses talents de compositeur, ses qualités de conteur, et son sens de la mélodie imparable. Il démontre également ses qualités d’interprète, jouant les caméléons entre diverses expressions contrastées.
Le puissant "It’s No Game" ouvre en fanfare (No1) et ferme en douceur (No2) l’album. Tandis que Michi Hirota déclame avec passion les lyrics en japonais, David Bowie hurle sa version originale comme un possédé. Le résultat est pour le moins interpellant.
Les allures pop seventies de "Up The Hills Backwards" assurent une transition un peu "posée" vers un trio infernal composé de la puissante plage titulaire, de "Ashes To Ashes" (déjà vanté) et du second single, l’imparable "Fashion".
Si fait que la face A de l’album relève du pur chef-d’œuvre.
"Teenage Wildlife" ouvre la face B par une réflexion critique sur le courant néo-romantique dans lequel s’inscrit la new wave. Les lyrics brillent par cette cruauté qui anime parfois Bowie.
D'autres suivront dans la file, murmurant à voix basse
"Il va me manquer. Mais il fallait bien qu’il parte. Chacun doit suivre sa route..."
Il n’était qu’un spécimen parmi d’autres de cette faune adolescente
Bien que s’inscrivant dans la même jolie veine créatrice, "Scream Like A Baby", "Kingdom Come" et le décalé "Because You’re Young" (avec – ironie du propos – un Pete Townshend assez déchaîné à la guitare) restent un peu en-deça de ce qui précède. Mais sans jamais gâcher le plaisir d’un opus qui, sur la durée, tient plus que ses promesses.
Cela n’empêchera pas la presse spécialisée du moment de se montrer critique en soulignant un relatif déséquilibre entre les deux faces du vinyle.
Le temps donnera raison à Bowie…
L’album est simplement… monstrueux.
Bang Bang (bis)...
Le 8 décembre 1980, un infâme trou du cul assassine John Lennon. En poussant son dernier soupir, le Beatle laisse une veuve et des millions d’orphelins de son œuvre (5).
Profondément traumatisé par l’événement, David Bowie décide de quitter la scène médiatique quand il apprend qu’il aurait pu être la cible préférentielle du tueur. Il annule la tournée qui devait célébrer la sortie de Scary Monsters (And Super Creeps) et se replie à Montreux, en Suisse, où il disparaît de la circulation rock.
Durant cette retraite, il lira quelques pages de Hans Christian Andersen. Et il sera intrigué par un récit étrange qui conte les horribles malheurs d’une petite demoiselle aux souliers rouges…
Put on your red shoes
And dance the blues
A suivre...
Sélection express
Les petits rockers pressés écouteront prioritairement le trio infernal eScary Monsters (And Super Creeps)", "Ashes To Ashes" et "Fashion". Puis ils se passeront probablement tout l’album...
(1) Les fans du Duke sont invités à zapper ce préambule avec lequel ils ne seront absolument pas d’accord.
(2) Depuis 1970 pour être précis.
(3) Extrait de "Ashes To Ashes".
(4) Pour mémoire, l’extraordinaire "Station To Station" (le titre) évoquait un chemin de croix. Observez la similitude dans les deux expressions...
(5) A vrai dire, certains des plus récents albums de Lennon manquaient quelquefois de génie ou d’intérêt.
Cette chronique AlbumRock est garantie 100 % sans OGM.
Elle est dédiée à tous ceux et toutes celles qui réservent une petite place à l’art et à la culture (au sens le plus large) dans leurs vies.
Je remercie sincèrement les adorables lecteurs et lectrices qui corrigent mes textes et, tout particulièrement, la femme qui partage ma vie et mon chien Gupette qui expose son bidou à la chaleur du feu de bois.



















