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Critique d'album

Amon Düül II


Phallus Dei


(15/05/1969 - Liberty - Kraütrock, Kosmiche Musik, Psy - Genre : Autres)
Produit par

1- Kaanan / 2- Dem Guten, Schönen, Wahren / 3- Luzifer's Ghilom / 4- Henriette Krötenschwanz / 5- Phallus Dei
Note de 4/5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"Le renouveau musical allemand entre psychédélisme, expérimentation et choucroute"
Geoffroy, le 23/12/2009
( mots)

Le Kraütrock est une appellation commune de groupes appartenant à un mouvement se rattachant au genre progressif, développé en Allemagne dès la fin des sixties. Il a inspiré de nombreux musiciens (David Bowie, Sonic Youth) et a connu un franc succès dans son pays d’origine et en Grande Bretagne, notamment grâce aux diffusions du grandissime John Peel. Comme beaucoup de mouvements typés underground, le Kraütrock ne doit son nom qu’à un jeu de mot de la presse rock anglaise de l’époque associant la musique des groupes expérimentaux allemands à leur provenance géographique, les dénommés krauts étant les soldats allemands de la seconde guerre mondiale. Certains l’ont assimilé à la choucroute (sauerkraut) mais d’autres pensent que le terme provient d’un titre du groupe Faust sur l’album Faust IV de 1973.


Evidemment, les musiciens ne se revendiquaient pas de ce terme, trop péjoratif selon eux. De plus, la plupart ne se considéraient même pas comme des groupes de rock. Cependant, malgré leur côté taquin, les Anglais avaient énormément de respect pour ce qu’ils appelaient le Kraütrock (connu également sous le nom de Kosmische Musik ou simplement Rock Allemand en France). Aujourd’hui le terme a évolué et comprend la totalité des formations allemandes des années ’70 (expérimentales, progressives, hard rock).


Avec le recul, on peut maintenant définir plus précisément les véritables caractéristiques de ce mouvement englobant musique psychédélique, progressive et électronique. Tout d’abord, il est important de comprendre qu’il existe plusieurs formes de Kraütrock. Klaus Schulze n’utilise pas les mêmes instruments que Can, qui ne compose pas la même musique que Popol Vuh et ceci vaut pour tous les groupes ayant été impliqués dans cette nomination. Ils ont chacun une identité propre, mais ont pour point commun une volonté de briser les frontières de la composition en utilisant des structures éclatées loin de la conventionalité et des orchestrations développées. Influencés par les thèmes hypnotiques minimalistes empruntés à la musique concrète, les expérimentations du Free Jazz et des compositeurs tels que Karlheinz Stockhausen, leurs inspirations sont utilisées à travers une vision artistique unique dû au contexte allemand de l‘époque: une jeunesse virulente souhaitant se débarrasser d’un passé révoltant qui lui colle à la peau en créant un renouveau musical affichant à la foi des tendances politico-sociales anarchistes, anti fascistes et parfois anti américanistes.


Bien que s’inspirant du psychédélisme, ces artistes lui confèreront une dimension beaucoup plus sombre et un imaginaire qui leur est propre, créant ainsi l’un des mouvements les plus productifs et inspirés de l’histoire de la musique contemporaine et il est donc difficile d‘étiqueter sous un simple nom des groupes à la diversité musicale si riche dans un contexte social et spatio-temporel si précis, mais il fallait au moins ça pour introduire Amon Düül II.


Le projet Amon Düül est né à Munich dans une communauté artistique très engagée ayant pour but de longues séances d’improvisation sous psychotropes auxquelles tout un chacun, musicien ou non, pouvait participer. Il en résulta deux albums, Psychedelic Underground (1969) et Collapsing/Singvögel Rückwarts & Co (1969) avant de voir le groupe opérer une scission entre Amon Düül et Amon Düül II suite à l’impulsion de dix musiciens désirant une formation plus structurée et en désaccord avec certaines idées extrémistes émanant du projet initial (certains membres de la scène ouest allemande ont rejoint le groupe terroriste d’extrême gauche allemand, le Baader-Meinhof Group). Ainsi, Amon Düül II devint une figure de proue du mouvement avec ses trois premiers albums Phallus Dei (1969), Yeti (1970) et Tanz Der Lemminge (1971). C’est sur le Pénis de Dieu que nous allons nous attarder.


Le sitar introduisant "Kaanan" amène à des sphères rarement atteintes dans la profondeur et le psychédélisme, et quand le tempo s’accélère pour laisser place à des incantations germaniques sur fond de cœurs féminins terriblement planants, on se voit porté par les harmonies et les images, s’abandonnant à cette guitare majestueuse, à des percussions abstraites et à des paroles auxquelles on ne comprend strictement rien mais pourtant si expressives.


C’est que les interprétations sont riches dans la musique d’Amon Düül II, et chacun peut y voir ce qu’il désire. Des grands paysages sombres et brumeux à la chaleur d’un feu de cheminée, Phallus Dei est un album visuel dans lequel l’auditeur se balade, guidé par les sonorités qu’il choisit d’entendre, différentes à chaque écoute, selon celles auxquelles il sera sensible. Car l’une des composantes essentielles de cet album, c‘est le son: un son rond, chaleureux, un peu crade, qui enveloppe sa forme comme une nappe de brouillard ses paysages, dévoilant seulement ses contours, laissant à l’auditeur le soin de se perdre dans ses détails et ses non-dits. Ces éléments donnent vie à une musique incroyablement riche dans sa texture, ses ambiances et dans sa signification. Autre caractéristique qui démarque Phallus Dei de ses contemporains, l’atmosphère. Les thèmes parfois sombres employés par les musiciens, rarement utlisée dans le psychédélisme de l’époque, plutôt mièvre, deviendront une valeur du Kraütrock, comme peut en témoigner le premier thème de "Dem Guten, Schönen, Wahren", deuxième piste de l’album à la voix hantée.


Loin de là l’idée selon laquelle Amon Düül II serait un groupe totalement inaccessible à toute oreille non habituée à l’expérimentation. Les mélodies se détachant des ambiances bavaroises sont agréables et même accrocheuses, et c’est une des raisons pour lesquelles on a envie de se replonger dans Phallus Dei, pour découvrir le cheminement des idées entre ces mélodies. De plus, une piste comme "Luzifers Ghilom" est l’exemple type du morceau rock psychédélique qui met peu de temps à s’ancrer dans l’esprit malgré sa grande part de délires barrés avant-gardistes.


Simplement, les motifs et la construction des morceaux ne sombrent jamais dans une facilité navrante, contrastant fabuleusement avec des musiciens à l’amateurisme assumé et touchant, mais à la cohérence déjà saisissante. Les Allemands savent ce qu’ils veulent et utilisent leurs inspirations et influences sans en faire la finalité de leur œuvre: des progressions jazz aux thèmes orientaux en passant par l’improvisation expérimentale, tout est savamment orchestré pour qu’elles ne soient que les instruments du fond de leur pensée, une pensée libre de tabous et de limites, en est témoin le titre éponyme de l’album, "Phallus Dei", pièce de vingt minutes flirtant entre fonds sonores cristallins et vaporeux, percussions tribales puis longues phases de rock énergique s’achevant sur un thème malsain et somptueux. Brillant.

Il existe des albums qui vous marquent dés la première écoute, pas forcément par une accroche directe mais tout simplement parce que vous n’avez pas la moindre idée de ce que vous venez d’entendre… et que malgré cette incompréhension vous désirez le vivre à nouveau. Phallus Dei en est. Il vous inspire le même sentiment que vous avez pu ressentir sur The Piper At The Gates Of Dawn tant il est débordant d’imagination, d’originalité, d’innovations, et permet de laisser de côté tout ce qui a pu exister avant pour pouvoir l’apprécier pleinement. Une nouvelle manière de perdre sa virginité… une seconde naissance… une simple justification de l’existence de l’oreille: pouvoir découvrir et s’imprégner de ce qu’on ne comprend pas, désirer l’entendement jusqu‘à la connaissance, poussé par la fascination.


Le Kraütrock peut devenir une source de plaisir et d’inspiration inépuisable à qui sait tendre l’oreille et sortir des conventions, et cet album, pionnier du genre, sera d’une compagnie plus qu’apréciable lors des moments où la solitude et l’ennui prennent inlassablement le dessus durant les longues soirées d’hiver.

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