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Critique d'album

black midi


Schlagenheim


(21/06/2019 - Rough Trade - Rock expérimental - Genre : Rock)
Produit par Dan Carey

1- 953 / 2- Speedway / 3- Reggae / 4- Near DT, MI / 5- Western / 6- Of Schlagenheim / 7- bmbmbm / 8- Years Ago / 9- Ducter
Note de 3/5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"Un monstre énigmatique et accablant comme futur du rock d'outre-Manche."
Hugo, le 29/05/2020
( mots)

Un déluge de chiffres s'abat sur l'écran surchargé. Le logiciel sature d'informations, perdant sa maîtrise à mesure que le flot brouille inéluctablement ses capacités. C'est la première fois que la machine se reconnaît un sentiment, elle qui pendant tant d'années avait fantasmé l'émotion. Il aurait été agréable que ce sentiment premier eut été une sensation étrangère à la peur. La frayeur le déboulonne, la panique le liquéfie, l'angoisse le court-circuite.


Les termes « Black MIDI » désigne un genre de musique consistant en l'utilisation unique d'une interface digitale créatrice de complexes compositions. Cet usage exclusif du MIDI, qui trouve ses racines dans des œuvres de piano aux notes entortillées (exemple de ''Circus Galop'' du virtuose Marc-André Hamelin), confère aux mélodies mises au point des imbrications obscures, des structures intriquées et autres arrangements humainement impossibles à jouer. Ce dépassement musical des limites de l'espèce a été employé pour créer tout un monde sonore abrupt et abstrait. Mais le digital est vite ramené à la réalité. Ironie de cette histoire pluridimensionnelle, de jeunes gens (humains) se réclament de l'appellation. Et la bande en chair et en os est responsable de la mort de notre protagoniste en fils et en processeurs.


Aussi, difficile de trouver une appellation adéquate pour caractériser cette entité froide et frénétique qu'est black midi. Rarement, nos sens ont été brouillés d'une manière aussi saisissante, déconcertante, profondément accablante. Un monstre cybernétique, scrupuleux et terrible qu'on ne peut cerner, mais qui est né à l'école artistique de la BRIT School de Londres.
Fondé en 2016, black midi, incarné par Geordie Greep (chant et guitare), Matt Kwasniewski-Kelvin (guitare), Morgan Simpson (batterie) et Cameron Picton (basse), publie Schlagenheim en 2019. Ou le projet le plus furieusement affolant de l'année passée. Cet album, premier du jeune quartet, concrétise une excentricité toute-dimension et identitaire qui a d'abord largement contribué à propulser la bande. La machine Internet, sur laquelle ont été diffusés les passages ultra-populaires du groupe au festival Iceland Airwaves et sur l'émission KEXP, a principalement mit en marche la créature. Signant sur le célèbre label Rough Trade Records en janvier 2019, black midi a immédiatement pris le taureau par les cornes, imaginant une musique complexe et plaquant sur bandes une aventureuse tortueuse.


''953'' donne le ton à un album qui s'apparente à une poursuite vertigineuse : riffs glissant sur une piste abrupte, les musiciens comme poursuivis par des diablotins désarticulés. L'incantation étrange qui suit ne cesse de fausser immuablement les repères. L'admirable voix de Geordie Greep, dégoulinante d'une théâtralité effrayante, offre des esquisses d'un opéra démesuré et horrifique. Le frontman, dandy blondinet survolté aux traits tirés, ne pourra s'empêcher de jouer avec nos nerfs le long des morceaux, attaquant sans discontinuité, jouant avec mordant, invoquant avec caractère et brio. Pis, cette qualité inaltérable et bravant les barrières musicales s'entiche de l'ensemble du groupe. Ainsi, ''Speedway'' envoûte d'une atmosphère irrespirable et emporte d'une maîtrise instrumentale exemplaire. Dans le creux de la tornade tranquille instaurée par guitares et batterie se recroqueville la voix de Cameron Picton, d'un détachement toute en lassitude. Preuve rapide, également, que les garçons ne savent pas y faire uniquement en brutal brouhaha intempestif, comme pourraient le pointer ses détracteurs éventuels. Le groupe fait trémousser les ombres, remuant la noirceur par un scintillement musical rare et qui s'autorise toutes les prouesses. ''Western'' propose à cet égard un monde naissant sous les lueurs des pincements de Matt Kwasniewski-Kelvin et Geordie Greep, de l'apesanteur de la 4-cordes de Cameron Picton et de l'autorité des fûts de Morgan Simpson. Un univers à part, qui se dessine avec âpreté et souffrance, mais qui délivre surtout une magie dévorante et irrépressible. Cet univers unique est aussi celui d' ''Of Schlagenheim'', amas invraisemblable de sonorités et d'effets ébouriffants. Témoin d'esprits tordus et exceptionnels, ce morceau est aussi le résultat malade d'une expression artistique surpuissante et sans concession.


Quitte à opérer le transfert d'un genre à l'autre, qu'il soit racial ou musical. ''Years Ago'', œuvre protéiforme et énigmatique, renforce le trouble autour du groupe. Entre une boîte à rythme et autres sonorités numériques, la sauvagerie humaine recouvre son excentricité dans un déchaînement des plus brutaux. Il est rapidement compréhensible que les Britanniques adulent les structures déstructurées, les éléments illogiques qui embrument la conscience. Le groupe montrent les troubles et altérations propre à l'esprit humain. Aussi brillant soit-il, l'esprit humain est foncièrement perturbé, et le groupe s'efforce de le démontrer en musique. Le choix de sa dénomination semble tomber sous le sens des déchirements soniques : le robot ne peut concevoir de tels attentats, et c'est pourquoi le seul black midi ne pouvait être qu'humain. Son impunité est, par conséquent des plus jouissives. Reste à écouter ''bmbmbm'' pour en avoir les tympans nets, et l'esprit plus que troublé. L'enregistrement, doublé du riff lapidaire, délivre un sentiment profond d'insécurité et réveille le malaise subsidiaire à la conscience. S'ensuit une montée en folie qui se conclura dans une hantise mémorable et traumatisante. Net et sans bavure, ''Near DT, MI'' incarne ce désemparement profond et dantesque. Une nouvelle fois, le bassiste Cameron Picton prouve des capacités vocales complémentaires à celle de Geordie Greep, et le groupe s'envole d'un brutal son indie vers des effets numériques de très bon goût. La bande œuvre dans une instrumentalisation rodée et parfaitement exécutée, tendant vers cette dimension math rock dans ''Reggae'' et ''Ducter''. La dextérité de Morgan Simpson, puissamment posé derrière sa batterie, guide la troupe dans ses vertiges orchestraux.


Une vision artistique véritable, telle est ce que propose black midi avec son premier opus Schlagenheim. Les Anglais donnedonne à écouter un OVNI ténébreux, compliqué, labyrinthique. Oscillant entre la jouissance et l'accablement, le sens auditif se trouve bouleversé par ce qui est l'un des tous meilleurs albums de l'année 2019.

Commentaires
GuillaumeAR, le 02/06/2020 à 09:30
Un album novateur fou et génial ! Merci pour la découverte !