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Critique d'album

Dream Theater


Awake


(00/09/1994 - Amphetamine Reptile - métal progressif - Genre : Hard / Métal)
Produit par

1- 6:00 / 2- Caught in a Web / 3- Innocence Faded / 4- Erotomania [Instrumental] / 5- Voices / 6- The Silent Man / 7- The Mirror / 8- Lie / 9- Lifting Shadows off a Dream / 10- Scarred / 11- Space-Dye Vest
Note de 4/5
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Note de 5.0/5 pour cet album
"Le chef d'oeuvre froid de Dream Theater. Pas le plus accessible, mais le plus intense et à l'atmosphère très marquée."
Maxime L, le 09/02/2021
( mots)

Avertissement : Cette chronique manquera certainement d'un peu d'objectivité, Awake étant le tout premier cd étiqueté "métal" que j'ai écouté au début de l'adolescence, à un âge où les goûts se fondent et s'affinent, et que j'ai écouté en boucle inlassablement, des semaines durant. Et si on rechigne parfois à réécouter certaines vieilleries, (ou pour certaines, à les assumer), Awake n'a jamais cessé de tourner depuis tout ce temps, et cet intercours de 1995, où assis sur un banc, on me mit un walkman sur les oreilles à la découverte de "The Silent Man".


"Album presque trop technique. Musique de musiciens surdoués à destination quasi exclusive d' autres musiciens". Voilà comment était parfois qualifié Awake à sa sortie dans certains magazines spécialisés.


Sur la technicité, cela à toujours fait partie de l'ADN de Dream Theater, et jusqu'à preuve du contraire Images and Words, ça n'était pas non plus du reggae. Et pour ce qui est du "public" visé par Dream Theater, et qui serait principalement des musiciens, c'est une donnée que l'on a souvent lue ou entendue, et que je n'ai jamais réellement comprise, moi qui suis un fervent défenseur de cette période là du groupe, tout en étant incapable de maitriser plus de 4 accords à la guitare.


Laissons donc de côté ces a priori trompeurs, et tentons de comprendre pourquoi Awake est tout simplement le meilleur disque de Dream Theater.


1 an seulement sépare Awake d'Images and Words. Et pourtant, en terme d'atmosphère et de production, on a clairement la sensation que des années entières sont passées, tant les deux disques sonnent de façon diamétralement opposée. Déjà, John Petrucci, Mike Portnoy et consorts vont faire appel à une nouvelle équipe de production. Exit donc David Prater, sa production trop froide et l'affreux son de batterie d'Images and Words. C'est un duo, John Purdell et Duane Baron, qui avaient travaillé jusque là avec Ozzy Osbourne, Quiet Riot ou Heart, qui seront aux manettes de ce troisième album.


Et puis il y a le contexte de l'enregistrement, qui peut également expliquer l'aspect incroyablement sombre du disque. Après le franc succès d'Images and Words, les labels et maison de disques du groupe commencent à mettre la pression sur Dream Theater. Les ventes du précédent LP sont remarquables, le single "Pull Me Under" est passé en boucle sur MTV, il est donc très urgent de donner naissance à de nouvelles chansons. Et cet empressement, davantage subi que désiré, Mike Portnoy l'analysera ainsi : "Vous avez toute votre vie pour faire votre premier album. Et vous avez environ 2 mois pour celui d'après".


Et tout cela n'est pas sans conséquences sur la vie de Dream Theater, constitué de musiciens très talentueux mais à la personnalité très affirmée ; et des premières tensions apparaissent entre nos cinq New-Yorkais, poussant le claviériste Kevin Moore à annoncer son départ à la fin des sessions d'enregistrement.


Voilà en quelques mots l'histoire derrière la genèse d'Awake.


Rentrons maintenant dans le vif du sujet. La musique. Le ton est donné dès "6:00", et son intro de batterie légendaire, et on sent bien Mike Portnoy a définitivement enterré la batterie triggée d'Images and Words, pour notre plus grand bonheur. Le riff bourdonnant de Petrucci nous assaille les oreilles, pendant que Portnoy et Myung, à grand coups de double-pédale et de basse 6 cordes érigent un spectre sonore aussi froid qu'angoissant (quelle ligne de basse sur le pont !).


James Labrie de son côté semble avoir avalé des lames de rasoir par paquets de douze tant son chant est tranchant, agressif, à mille lieux de l'aspect "docile" que sa voix pouvait avoir sur Images and Words. Pour une entrée en matière, Dream Theater ne lésine pas, et "6:00" est à la fois très représentatif de l'album, tout en n'étant pas un des nombreux temps forts du disque (même si tout de même.. ce riff principal de Petrucci).


C'est d'ailleurs assez curieux de placer aux 3 premières places des morceaux "relativement" quelconques (avec des guillemets aussi gros que le kit de Mike Portnoy), et qui s'ils seront fréquemment interprétés en live, ne seront jamais les plus attendus. "Caught in a web" n'est pas inintéressant, avec notamment un pont et un solo parfaitement exécutés, (même s'il est vrai que certains effets de productions ont un peu vieilli), là où "Innocence Faded" porte quelques stigmates Hard FM et peut s'avérer difficile à écouter compte tenu du chant très haut perché de James Labrie. Mais tout cela s'inscrit impeccablement dans l'ambiance qu'installe le groupe : froide, glaciale et caverneuse.


Et c'est avec "Erotomania" que les choses sérieuses débutent. Cet instrumental de presque 7 minutes est la première piste d'un triptyque appelé "A mind beside itself" et qui restera très longtemps une des pierres angulaires de la formation. S'il n'y avait pas de piste instrumentale sur Images and Words, ce sera désormais le cas sur quasiment chaque sortie (y compris sur When Dream and Day Unite avec "The Ytse Jam"), et "Erotomania" n'est pas la moins réussie. Structure alambiquée, riffs doublés aux claviers, vélocité, passages ultra-techniques, tous les fondamentaux sont là, y compris l'idée de "thème'" cher au groupe, et qui annonce les mélodies de "The Silent Man", qui au delà d'être la toute première chanson de Dream Theater que votre serviteur ait entendu, est une magnifique ballade, douce sans être mièvre, et qui permet de découvrir le groupe sous une facette quasi acoustique, (pas si fréquente dans leur discographie) et fichtrement convaincante.


Et si "The Silent Man" permet à vos oreilles et à votre nuque de s'apaiser un bref instant, c'est pour mieux vous faire surprendre et secouer par le riff dantesque, presque "death-metal" de "The Mirror", et qui combiné aux nappes de claviers de Moore et à la hargne de Mike Portnoy nous transporte dans une atmosphère post-apocalyptique irrespirable. Le texte quant à lui, est signé Mike Portnoy, et traite des problèmes d'alcoolisme du musicien, sorte de prélude à la fameuse "twelve-step saga" du batteur*. "The Mirror" est une formidable réussite, à tous point de vue, et le duo Kevin Moore-John Petrucci, qui vit là ses dernières heures, est extrêmement complémentaire.


D'ailleurs si Awake est aussi "dark" et avec autant d'obscurité, on le doit d'abord à ces deux musiciens, Petrucci utilisant pour la première fois une guitare 7 cordes, donnant à l'album un aspect bien plus heavy et une collection de riffs, bien plus étoffée que sur Images and Words.


Quant à Kevin Moore, s'il est probablement moins doué techniquement que Jordan Rudess, il est aussi plus sobre dans ses parties de claviers, et sa personnalité, plus sombre et très à l'écart des autres membres, rejaillit brillamment sur sa prestation tout au long du disque. Si son départ est annoncé à la fin des sessions d'enregistrement, il est dans sa tête parti depuis longtemps, ne s'y retrouvant pas dans l'évolution musicale souhaitée par ses comparses. D'ailleurs, il est absent du clip de "Lie", premier single de l'album. Pour ce qui est du vidéo-clip, passez votre chemin. Outre le fait de voir de facto Dream Theater devenir un quartet, il n'a une nouvelle fois aucune originalité (si ce n'est un James Labrie parfait en sosie de David Hasselhoff aux cheveux gauffrés).


Ce premier single, qui se veut le miroir de "The Mirror" (les deux chansons ne faisant initialement qu'une) est une nouvelle démonstration que les Américains, au delà de leur virtuosité, sont capables de composer des morceaux d'une noirceur extrême, et qui en fait un des titres les plus heavy du groupe (constat valable jusqu'à Train of thought sans doute). Et que dire de ce break absolument monumental, avec une fois encore, un John Petrucci au sommet.


Vous l'aurez compris, cette seconde moitié d'album pousse les potards au maximum : vitesse, technicité, vélocité, toujours au service des chansons, qui baignent toute dans cette froideur presque palpable. Et "Lifting Shadows Off a Dream" arrive comme une petite respiration, bienvenue à ce moment là de la galette, et qui permets de mettre en avant le talent de parolier de Myung en plus de ses capacités de musicien. Ce morceau est assez représentatif de ce que sait faire le Dream Theater de cette période: un mid-tempo parfait, qui monte progressivement en tension, sur plus de 6 minutes, tout en restant accessible avec un refrain très identifiable, un peu à l'image de "Learning to Live" sur Images and Words (et déjà à l'initiative de John Myung).


Et puis il y a "Scarred", placé en avant dernière position, et qui est le chef d'oeuvre de l'album. 11 minutes magistrales, incarnées tout d'abord par quelques notes de basses, soutenues par de petites percussions et le violoning lancinant de John Petrucci. Et au fur et à mesure que l'on avance dans le titre, chaque note supplémentaire, chaque souffle de James Labrie, chaque coup de baguette de Portnoy se révéle encore un peu plus froid. L'agressivité de "The Mirror"/"Lie" laisse place à un climat terriblement glacial. Si le reste du disque donnait la sensation d'une marche sans fin dans la nuit noire, rajoutons ici une froideur presque lunaire, les nappes de claviers de Kevin Moore étant de parfaits contrepoints aux riffs acérés de John Petrucci. Le reste de la chanson est incroyablement riche, entre variations, changements de rythmes, fills de batterie hallucinants de Portnoy en équilibre sur sa cymbale ride, solo de guitare de très haute voltige et toujours cette obscurité persistante et qui progresse depuis les premières mesures. "Scarred" est de l'avis de certains (dont je fais partie) le meilleur morceau de métal progressif du groupe, de par sa structure, son intensité ; et chaque nouvelle écoute (au casque impérativement) laisse encore transparaitre un détail, une ligne de basse dans le fond, un accord, une nappe de claviers.


Du grand art, pour 11 minutes qui défilent à la vitesse de la lumière. Une lumière qui s'éteint sur une outro aux claviers lente et vaporeuse et qui fait admirablement la transition avec le dernier titre "Space Dye Vest" ; titre bien à part dans la discographie des Américains. Composé intégralement par le claviériste (qui si vous avez bien suivi, se savait déjà sur le départ), il est même souvent considéré comme un morceau de Kevin Moore, plus que de Dream Theater. Les guitares (sursaturées) sont reléguées ici au second plan, présentes uniquement comme piliers sonores pour mettre en avant un piano aux mélodies lentes, lugubres, presque funestes mais qui épousent parfaitement toute la noirceur proposée par les onze précédentes pistes.


Awake se termine donc ainsi, par de simples notes de piano, d'une chanson qui sera longtemps écartée des set-lists du groupe (il faudra attendre 2011 pour la voir jouée sur scène), et qui clôt un album complexe, riche, chargé (75 minutes au compteur) mais fabuleux de bout en bout, et surtout le dernier enregistré sous ce line-up, parfois considéré comme le meilleur de l'histoire de Dream Theater.


 


*La "twelve-step saga" est une suite de plusieurs chansons, disséminées au fil des oeuvres du groupe, dont les textes, autobiographiques, sont écrits par Mike Portoy, et symbolisant les différentes étapes du programme des alcooliques anonymes.

Commentaires
Ulysse, le 12/02/2021 à 21:39
Une belle chronique qui rend hommage (et justice) à cet album et à Kevin Moore. Ces idées artistiques et sa patte convenait à merveille ... et ce son de guitare : merci la jpm 100 ibanez!! Un album magnifique !
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