
Madrugada
Industrial Silence
Produit par
1- Vocal / 2- Beautyproof / 3- Shine / 4- Higher / 5- Sirens / 6- Strange Colour Blue / 7- This Old House / 8- Electric / 9- Salt / 10- Belladonna / 11- Norwegian Hammerworks Corp. / 12- Quite Emotional / 13- Terraplane


Venus du froid mais porteurs d’une musique chaude, les Norvégiens de Madrugada (ils auraient adopté leur nom hispanique après une conversation de bar avec le poète Øystein Wingaard Wolf) acquièrent un fort succès critique dès la parution de leur premier album intitulé Industrial Silence en 1999. Soutenu d’entrée de jeu par une major, le groupe est rapidement propulsé sur le devant de la scène grâce au passage sur les ondes radiophoniques de "Vocal", mid/tempo magistral à l’ampleur aérienne façonnée par l’écho cristallin des guitares de Robert Burås sur laquelle se répercute la voix chaude et caverneuse du baryton Silvert Høyem.
Parfois qualifiée de "blues nordique", la musique des Norvégiens est bien davantage affiliée aux racines du "Deep South" que du folklore scandinave, en témoigne un "This Old House" aux accents nostalgiques, pur produit de l’americana conviant harmonica plaintif et pedal steel guitar. Enregistré dans le New Jersey par l'Américain John Agnello (Dinosaur Jr., Bob Dylan), ce premier opus évoque ainsi divers tableaux mélancoliques et brumeux au travers de ballades élégiaques sur lesquelles la temporalité n’a pas de prise.
Avec sa voix entre Jim Morrison et Nick Cave, Silvert Høyem livre sur les treize titres une interprétation profonde et sensible. Il endosse le costume du crooner romantique sur "Electric", slow désespéré marqué par ses coulées d’orgues ainsi que sur le majestueux et scintillant "Shine" (on y décèle un petit air de "High and Dry" de Radiohead") mais fait également preuve de retenue et de profondeur sur le dépouillé "Quite Emotional". Si les influences sont palpables (le titre "Strange Colour Blue" évoque le célèbre "Hurricane" de Bob Dylan) le groupe possède son identité propre façonnée par l’interprétation ténébreuse de son chanteur et le jeu créatif et polyvalent de son guitariste. En effet, à côté des gémissements de guitar slide qui constituent sa marque de fabrique, Robert Burås empile des riffs rageurs qui laissent éclater une sombre énergie, comme sur la savoureuse montée en puissance de "Beautyproof", la saturation anxiogène de "Higher" ou de "Norwegian Hammerworks Corp." ou encore le riff tranchant de "Belladonna". Son jeu apporte une coloration particulière à chaque composition (les parties de guitares hispanisantes de "Salt") ainsi que l’étincelle qui permet d'embraser les tempos lents du groupe à l’instar de l’envoutant "Sirens" qui sort peu à peu du brouillard dans un fracas électrique.
Avec une conclusion soignée basée sur le piano intimiste de "Terraplane '99", le groupe referme un premier album étincelant et pose les bases d’une discographie exemplaire. Adoubé dès sa sortie, Industrial Silence devient rapidement culte au point de justifier la reformation du groupe (sans Robert Burås, décédé en 2007) pour une tournée anniversaire en 2019 célébrant les 20 ans de sa sortie.



















