
Rory Gallagher
Calling Card
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1- Do You Read Me / 2- Country Mile / 3- Moonchild / 4- Calling Card / 5- I'll Admit You're Gone / 6- Secret Agent / 7- Jack-Knife Beat / 8- Edged in Blue / 9- Barley & Grape Rag


Le mitan de la décennie joue comme un hémistiche dans la discographie de Rory Gallagher, scindant en deux ères son cheminement esthétique. Le premier âge est celui du blues-rock, un style dans lequel le guitariste s’est vite affirmé comme l’un des musiciens les plus remarquables et où peu d’amateurs auraient imaginé qu’un jeune Irlandais pouvait tenir le haut du pavé face aux Américains. Le second âge est celui du hard-rock que le prodige devenu aguerri, va sublimer jusqu’à la fin de la décennie.
Entre le deux, Calling Card fait figure d’album de transition.
Pour la dernière fois, Rory Gallagher s’entoure des mêmes musiciens au sein d’une formation en quatuor – les deux grands albums de la période hard-rock seront le fruit d’un power-trio – dont on retiendra avant tout les possibilités offertes par la présence du clavier. En effet, l’instrument donne parfois au hard-rock de Gallagher une teinte de Deep Purple, à l’image du chaloupé "Secret Agent" ou de "Do You Read Me". Ce dernier titre est assez significatif de cette période de transition tant, après son introduction flegmatique et syncopé, il demeure encore très bluesy sauf dans ses montées en puissance.
Peut-être faut-il y voir l’influence de Roger Glover qui agit comme producteur derrière les platines ?
La nouvelle voie que dessine Gallagher n’est jamais aussi bien réalisée que sur l’immense "Moonchild", un magnifique titre de hard-rock mélodique au riff tubesque digne d’un Blue Öyster Cult à l’irlandaise. Beaucoup moins saturé, "Edged in Blue" s’avère pourtant très surprenant : après une introduction langoureuse à la Gary Moore (Irlande oblige), le morceau gagne en rythme au profit d’une tournure soft-rock étatsunienne. Cela est très bien fait, du fait d’une écriture subtile jusque dans les lignes de guitare (dont un chorus final qui a peut-être inspiré Dire Straits).
Puisqu’il s’agit d’un album de transition, le blues-rock conserve une place substantielle dans l’économie interne de l’opus. "Calling Card" est un blues tamisé de vieux troquet, en témoigne l’ambiance des soli sur fond de piano bar, le véloce "Country Mile" s’empare du boogie de façon survoltée avec un solo d’anthologie, et le picking final ("Barley and Grape Rag") confirme le talent impressionnant du guitariste dans un registre moins attendu. À mi-chemin entre l’Irlande et le sud des États-Unis, la ballade folk "I'll Admit You're Gone" offre un peu de répit au milieu des effusions de notes saturées. Enfin, le long "Jack-Knife Beat" louvoie entre une ambiance langoureusement latine et des riffs plus lourds, mais sa durée étendue est principalement mise à profit de longs chorus inscrits dans un registre blues-rock.
Certes, il faudra attendre la fin des années 1970 pour découvrir un Rory Gallagher définitivement enragé, électrisé, dévastateur – soit les chefs-d’œuvre Photo-Finish (1978) et Top Priority (1979). Mais déjà, Calling Card dévoile les premiers signes des triomphes à venir, tout en possédant une identité propre, entre deux périodes, qui lui confère une variété très appréciable.
À écouter : "Moonchild", "Country Mile", "Secret Agent", "Edged in Blue"


















