
Genesis
Wind & Wuthering
Produit par David Hentschel, Genesis
1- Eleventh Earl of Mar / 2- One For The Vine / 3- Your Own Special Way / 4- Wot Gorilla? / 5- All in a Mouse's Night / 6- Blood On The Rooftops / 7- Unquiet Slumbers for the Sleepers... / 8- ...In That Quiet Earth / 9- Afterglow


Qui aurait pu prédire… que le départ de Peter Gabriel allait se traduire par la sortie de deux albums de Genesis publiés en cette seule année 1976 – chose courante dans les 70s mais jamais réalisée par le groupe jusqu’alors ?
Qui aurait pu prédire qu’A Trick of the Tail allait atteindre un tel niveau en ces temps moroses pour le rock progressif britannique ? Plus encore, qu’il dépasserait de loin les errements carnavalesques de The Lamb Lies Down on Broadway (1974) et les premiers pas de Peter Gabriel en solo ?
Mis au monde aux Pays-Bas à la suite de la tournée triomphale de 1976, Wind & Wuthering avait donc moins de choses à prouver que son prédécesseur ; il bénéficiait d’un contexte d’écriture et de sortie plus évident à aborder. S’il peut être considéré comme la seconde partie d’un diptyque, il se distingue tout de même d’A Trick of the Tail du fait de l’intronisation de Tony Banks comme maître d’œuvre dont les claviers charpentent l’œuvre. Cela n’est pas sans causer de tensions avec Steve Hackett, dont certaines idées sont rejetées, aussi bien sur le plan des compositions qu’à propos de son intention d’inviter d’autres musiciens à participer à l’album.
L’ambiance brumeuse de la pochette – un très beau travail signé Hipgnosis – ne se retrouve que trop rarement dans la musique qui est plutôt marquée par une certaine langueur bonhomme : la ballade "Your Own Special Way" frôle la guimauve américaine, les chœurs lancinants d’"Afterglow" adoucissent encore un titre répétitif et sans relief. Cependant, la guitare acoustique de Steve Hackett apporte une dimension éthérée aux développements classicisants du premier mouvement de "Blood on the Rooftops", dont les parties chantées sont intensément interprétées par Collins, qui est lui-même magnifiquement accompagné par les autres musiciens.
Heureusement, la complexité progressive est loin d’avoir disparue ; elle s’impose même de façon alambiquée sur "All in a Mouse's Night" qui renoue avec le Genesis historique et s’inscrit dans la continuité de l’album précédent. La plus longue pièce de l'opus, "One for the Vine", est très riche en claviers les plus divers, au profit d’un résultat plutôt lumineux. Son long pont instrumental évoque les premiers temps du rock progressif, du fait des (h)ARP(es) et autres Mellotron : il frôle parfois Gentle Giant et atteint même des sommets lors des développements aux mélodies grandiloquentes des deux dernières minutes de cette phase instrumentale centrale. Il en va de même sur le diptyque instrumental "'Unquiet slumbers for the sleepers..." / "...in that quiet earth'", dont les titres sont en hommage direct à Wuthering Heights d’Emily Brontë puisqu’il s’agit d’extraits du roman ; le premier mouvement fantomatique et le second plus énergique, rappellent avec bonheur les travaux solistes d’Hackett. Quant au troisième titre instrumental, "Wot Gorilla?", il associe des lignes progressives symphoniques aux rythmes jazzy, en écho aux travaux de Phil Collins avec Brand X qui l’a recruté pour son premier album (Unorthodox Behaviour, 1976).
Il semble enfin que Wind & Wuthering soit aussi un album de transition. Sur "Eleventh Earl of Mar" introduction, les sons de claviers annoncent le néo-progressif dont le groupe sera l’une des principales influences, mais il anticipe aussi les évolutions ultérieures du combo dans ses lignes mélodiques (ainsi que par moment, "Carrouselambra").
Après quelques dates, Steve Hackett finit par abandonner ses compagnons, écoutant son ambition de donner une suite à sa carrière solo. Mais alors que le départ de Peter Gabriel n’avait pas signé la fin du groupe, celui du guitariste sera beaucoup plus difficile à encaisser : si Genesis survit en tant qu’institution, il disparaît en tant que groupe de rock progressif. Quant au public, une partie suivra, l'autre non, mais l'adaptation aux 80s sera récompensée par de nouveaux succès.
À écouter : "All in a Mouse's Night", "One for the Vine", "Blood on the Rooftops"


















