
Yard Act
You're Gonna Need A Little Music
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1- Empty Pledges / 2- New Beginnings / 3- Tall Tales / 4- Fiction / 5- You're Gonna Need A Little Music / 6- Cherophobe Rock / 7- Thrill of the Chase / 8- Janey Said / 9- Redeemer / 10- Talky Talky People / 11- Over The Barrel


Yard Act fait partie de ces groupes apparus dans la grande rafale post-punk britannique de la fin des années 2010 et du début des années 2020, à une époque où une multitude de formations semblaient chaque mois redéfinir les contours du genre (on vous laisse ici établir votre propre sélection). Avec The Overload, paru en 2022, les quatre musiciens de Leeds avaient immédiatement trouvé leur place dans ce paysage peuplé de guitares anguleuses, de rythmiques sèches et de spoken word piquant. Leur formule reposait notamment sur le débit mordant et moqueur de James Smith, en formidable observateur des absurdités du quotidien outre-Manche. Deux ans plus tard, Where’s My Utopia? affichait déjà une volonté claire de s’émanciper d’une recette devenue presque trop vite familière, en intégrant davantage de funk, de samples et d’arrangements pop. You’re Gonna Need a Little Music pousse aujourd’hui cette ouverture un cran plus loin, au point de reléguer l’étiquette post-punk au rang de lointain souvenir.
En plus d’élargir leur palette, ce troisième album marque un changement dans leur manière de travailler. Après deux disques majoritairement construits par fragments puis assemblés sur ordinateur (tournées obligent), le groupe a cette fois privilégié une approche plus collective dans son propre studio de Leeds, avant de poursuivre l’enregistrement à Los Angeles aux côtés de Justin Meldal-Johnsen (Beck, Wolf Alice, Air, Deafheaven, Metric, éclectique non ?). Cette méthode plus organique se ressent dès la première écoute. Yard Act paraît moins contraint, plus spontané et surtout bien plus à l’aise lorsqu’il s’agit d’assumer une musique dansante et ouvertement populaire. Le très lumineux "New Beginnings", porté par un refrain franchement pop, le piano bancal de "Tall Tales" et la basse bondissante de "Fiction", dont les chœurs rappellent Pottery, forment ainsi un premier ensemble particulièrement joueur, situé quelque part entre funk, britpop et rock alternatif. Le morceau-titre prolonge cette dynamique avec son piano chaleureux et son groove de club construit par strates, tandis que le leader abandonne momentanément sa diction traînante pour se muer en crooner goguenard.
L’album ne gomme pas pour autant la tension historique du quatuor. Il la travaille plutôt par contrastes, comme pour mieux faire ressortir ses passages les plus festifs. "Empty Pledges" ouvre ainsi le disque dans une atmosphère bien plus resserrée que son ambiance générale, entre salves de piano menaçantes, chœurs hallucinés et déclamation oppressante gagnant progressivement en intensité. Plus loin, "Cherophobe Rock", "Thrill of the Chase" et "Redeemer" constituent le versant le plus agressif du projet. Le premier, sorte de charge garage rock à la The Hives, avance à toute vitesse sur une pulsation râpeuse. L’énergie du second explose quant à elle dans un final complètement fou, tandis que "Redeemer" accumule les sonorités lourdes jusqu’à devenir l’un des titres les plus massifs jamais enregistrés par le groupe, évoquant presque la rage abrasive de Sleaford Mods. La colère demeure donc bien présente, mais elle n’est plus l’unique carburant du groupe qui la faire cohabiter à merveille avec l’euphorie, le groove et une forme d’optimisme décalé.
Smith reste évidemment au centre du dispositif. Son spoken word narratif, qui a largement façonné l’identité du groupe, refait surface sur "Janey Said", récit lent et posé apparaissant comme une sorte de pendant à "Blackpool Illuminations", proposé sur le précédent album. "Talky Talky People" retrouve ensuite l’ironie nerveuse de The Overload, entre bavardages compulsifs et refrain franchement accrocheur. Smith chante certes davantage ici, mais il n’a rien perdu de son mordant, ni sa manière fascinante de traîner légèrement derrière le temps et de moduler sans cesse son phrasé, au service d’arrangements tout aussi éclectiques. Il opte finalement pour un ton des plus suaves sur "Over the Barrel", confrontant sa voix à une basse qui tache et un piano virevoltant, de s'échouer dans un joyeux chaos dissonant, comme si le groupe se refusait à conclure trop proprement un disque qui s’impose nettement comme le plus accompli de sa discographie.
En plus de cela, You’re Gonna Need a Little Music apparaît définitivement comme l’album où Yard Act cesse de se chercher. Le groupe conserve tout ce qui faisait le charme de ses débuts, mais l’inscrit désormais dans un cadre plus souple, mélodique et décomplexé, comme si les quatre musiciens avaient enfin compris que leur identité ne dépendait d’aucune formule précise. Dans un contexte saturé d’inquiétudes, de discours anxiogènes et d’injonctions permanentes, les anglais choisissent ainsi de ne pas ajouter davantage de poids au vacarme ambiant. Ils préfèrent ouvrir les fenêtres, faire bouger les corps et rappeler que la musique demeure aussi un espace de partage, de légèreté et de rassemblement. Une réponse peut être simple, mais finalement salutaire : quand le monde devient trop pesant et que l’on n’a plus vraiment envie de se prendre la tête, n’avons-nous pas simplement besoin d’un peu de musique ?
A écouter : "Fiction", "You're Gonna Need a Little Music", "Cherophobe Rock"
















