
David Bowie
Black Tie White Noise
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1- The Wedding / 2- You've Been Around / 3- I Feel Free / 4- Black Tie White Noise / 5- Jump They Say / 6- Nite Flights / 7- Pallas Athena / 8- Miracle Goodnight / 9- Don't Let Me Down & Down / 10- Looking For Lester / 11- I Know It's Gonna Happen Someday / 12- The Wedding Song / 13- Jump They Say (Alternate Mix) / 14- Lucy Can't Dance


On est en 1993, les modes passent et se dépassent, la Britpop arrive… David Bowie sort Black Tie White Noise. A la croisée des styles et des personnages de son couteau papillon, ce nouvel opus est le premier à renouer avec les faveurs de la critique. Laquelle avait lâché l’affaire depuis une dizaine d’années.
David Bowie passe ici aux sonorités électroniques qui se mélangent sur des rythmes dance à renfort de saxophones, de guitares, de trompettes et de références à son passé. "CH-CH-Change me" fredonne-t-il sur "You’ve Been Around". On entend d’abord les cloches sonner comme pour annoncer un heureux événement (The Wedding) qui amorce l’album sur une tonalité assez grandiose bien que certains passages semblent sonner faux çà et là. La basse, glorieuse et synthétique, résonne comme une marche vers quelque chose à quoi on ne saurait être averti. Album de Bowie oblige.
En explorant davantage, on découvre rapidement des tempos énergiques, parfois empreints de funk, sur lesquels ont été placés des arrangements denses et décousus qui s’enchaînent les uns après les autres sans crier gare. C’est justement le rythme et l’énergie implacable de cet album qui permettent de pouvoir en digérer la richesse. Une reprise de Cream (I Feel Free) avec Mick Ronson plaira, ou aura au moins le mérite de surprendre, à l’auditeur resté attentif. S’en suit l’éponyme qui débute par une accroche hendrixienne avant d’entraîner vers un hymne rassembleur assez réussi. Cuivres, guitares et changements d’accords vont bon train. Le cœur de cet album réside pourtant dans l’épaisseur des synthétiseurs et le fracas entraînant des boites à rythme qui vont à la rencontre de mélodies riches et variées.
Au milieu de la frénésie, les samples de "Pallas Athena" s’affranchissent de la voix de Bowie lui-même pour créer une atmosphère DJ souterraine qu’on pourrait apparenter à de la trance. "God is on top of it all" peut-on entendre tandis qu’à d’autres endroits, ces mêmes samples offrent le socle nécessaire à l’éclosion des lignes mélodiques. Les espaces laissés aux instruments plus traditionnels donnent même lieu à des solos magnifiques comme en témoigne la trompette de "Don’t let me down & down". Malgré tout, le côté expérimental finit souvent par reprendre le dessus non sans dissonance. Le travail réalisé sur cet album semble relever d’un étonnant collage sonore. Cette dernière affirmation est peut-être moins vraie dès lors qu'on entend les premières notes d’"I Know It’s Gonna Happen Someday", reprise exaltée d’un titre de Morrissey sorti un an plus tôt où l’on croirait soudain entendre Elvis dégageant les synthétiseurs pour revenir à un gospel intense et cérémoniel. Sinon que le crooner de Young Americans soit lui-même de retour. Ce morceau donne à lui seul une ferveur inattendue à la fin de l’album.
On revient finalement à une "Wedding Song" qui conclut cette aventure sonore par un rappel efficace de l’introduction. Même son de cloche qui au passage n’est autre que celui du mariage de Bowie en personne avec la somalienne Iman Abdulmajid. Black Tie White Noise est donc un album de vitalité où celui-ci redonne à la fois du sens à son existence et à sa musique. Ce qui ne le préserve pas pour autant de certains tourments comme en témoigne le single "Jump They Say" où il évoque le suicide de son demi-frère Terry survenu quelques années auparavant. C’est aussi un album de rencontres avec tout un contingent de collaborateurs parmi lesquels le trompettiste et faux-cousin Lester Bowie, mentionné dans le titre de l’un des morceaux, ou le réputé Nile Rodgers qui avait contribué au succès de Let’s Dance.
En définitive, Black tie white noise n’est peut-être pas un chef-d’œuvre mais a eu le mérite d’ouvrir de nouvelles perspectives pour Bowie à un moment fragile entre remises en question personnelles et artistiques dans sa carrière. Ce petit tour de passe-passe stylistique se fond aisément dans le tourbillon du début des années quatre-vingt-dix et, bien qu’il puisse donner l’impression d’avoir mal vieilli à certains, conserve encore toute sa vigueur plus trois décennies après sa sortie.



















