
Fires In The Distance
Circadian Promise
Produit par
1- Of Radiance And Levitation / 2- To You, Author Of My Fade / 3- Lightless Days Of A Songless Bird / 4- By This Time Tomorrow / 5- Once The Silence Takes Your Place / 6- Agonal Dreaming


Un vent nouveau souffle sur les Américains de Fires In The Distance. Une évolution marquée autant dans leur identité que dans leur communication. Publications plus régulières sur Instagram, logo davantage mis en avant, photos soignées mettant les membres du groupe au premier plan ; tout concourt à une volonté manifeste de sortir de la confidentialité. Une transformation de la forme qui fait écho au changement le plus marquant de cette nouvelle ère : l'arrivée de Brendan Hayter au chant. Une nouvelle voix et, avec elle, une nouvelle incarnation pour le quatuor de death metal mélodique.
Pourtant, derrière cette mue, Circadian Promise s'inscrit dans la continuité conceptuelle du groupe. Depuis ses débuts, Fires In The Distance façonne une œuvre où chaque album épouse le cycle des saisons. Le somptueux Echoes From Deep November (2020) exhalait les derniers souffles de l'automne, tandis que Air Not Meant For Us (2023) cristallisait la torpeur et la mélancolie hivernales. Il était donc naturel que ce troisième opus s'ouvre au printemps avec ses métamorphoses silencieuses nourries d'éclats lumineux.
Une forme de nostalgie persiste pourtant.
Le départ de Kristian Grimaldi, chanteur-guitariste historique, porte un sentiment de désenchantement. Avec lui disparaît une part de l'aura mystique qui enveloppait les deux premiers albums. Sans lui, ce troisième opus Fires In The Distance semble abandonner cette alchimie qui donnait à la musique du groupe cette forme de paysage sans visage, où chaque élément se fondait dans le suivant.
Sur Circadian Promise, Brendan Hayter incarne cette mise en avant des individualités. Son talent ne fait aucun doute, pas plus que son charisme. Pourtant, son chant semble moins chercher à préserver la singularité de Fires In The Distance qu'à l'ancrer dans les codes du genre. Les nombreuses interventions en chant clair en témoignent. Si elles séduisent par leur justesse, notamment sur "Of Radiance And Levitation", elles donnent aussi le sentiment d'une musique qui cherche davantage à s'ouvrir. Une démarche assumée, mais qui dissipe une partie du voile mystique dont le quartet s'était jusqu'alors enveloppé.
Le constat vaut aussi pour les growls. Jadis enfouis dans la masse sonore, lourds et terreux, ils semblaient jaillir des profondeurs mêmes des paysages façonnés par le groupe. Hayter propose ici une forme de growl , plus tranchante, mais aussi plus familière. Une évolution qui rapproche inévitablement Fires In The Distance des leaders du genre, évoquant par instants Insomnium ou Dark Tranquillity, là où le groupe cultivait jusqu'ici une identité vocale alchimique à ses atmosphères sonores. Ce rapprochement trouve son expression la plus évidente sur "By This Time Tomorrow", dont le solo est confié au guitariste de [g]Dark Tranquility[/g], Johan Reinholdz. D'une virtuosité jamais démonstrative, il y déploie une mélodie lumineuse qui résume à elle seule la clarté nouvelle irriguant Circadian Promise et signe l'un des plus beaux instants de l'album.
Pour autant, Fires In The Distance ne fait pas de ce troisième disque un sanctuaire entièrement voué au renouveau. Les Américains rappellent que ces éclaircies ne sont que des parenthèses et que l'orage demeure toujours à l'horizon. "To You, Author Of My Fade" en offre une parfaite illustration : sa rugosité initiale contraste magnifiquement avec ses passages en voix claire, nourrissant ce dialogue permanent entre lumière et obscurité.
Sur "Once The Silence Takes Your Place", le quatuor libère toute la puissance de la tempête. Son riff introductif, monument de lourdeur, est porté par une section rythmique dont l'impact résonne comme un coup de tonnerre, bientôt adouci par les averses mélodiques du clavier. Une démonstration éclatante du talent d'écriture des Américains, capables de conjuguer puissance et émotion avec une rare fluidité. C'est précisément dans ces instants que Fires In The Distance semble prêt à dépasser le statut de secret bien gardé. Ce morceau révèle aussi l'une des qualités du disque : son art de la transition. Une respiration électronique dissipe peu à peu les nuages jusqu'à faire naître un véritable arc-en-ciel sonore, où les rayons du soleil se reflètent dans les traces laissées par la tempête. Cette écriture en mouvement, qui fait constamment basculer les morceaux de l'ombre vers la lumière, constitue l'un des fils conducteurs de l'album. On la retrouve notamment dans la seconde moitié de "Lightless Days Of A Songless Bird", superbe ascension vers l'un des sommets émotionnels du disque. À l'inverse, "Agonal Dreaming" peine davantage à maintenir cette tension. Son apaisement contemplatif s'étire un peu trop, et il faudra attendre ses dernières minutes, plus inspirées, pour que l'album s'achève sur une impression à la hauteur de ses plus beaux éclats.
Circadian Promise est un très bel album, plus ouvert et lumineux que ses prédécesseurs. À l'image du printemps qu'il incarne, il voit la lumière gagner du terrain et les contours se dessiner avec davantage de netteté. Une évolution qui permettra sans aucun doute à de nouveaux auditeurs d'éclore avec le groupe, portés par un chant plus accessible et une écriture toujours aussi inspirée.
Mais chaque printemps porte aussi le souvenir de l'hiver qu'il remplace. En laissant entrer davantage de clareté, Fires In The Distance dissipe une partie du voile qui enveloppait ses deux premiers albums. Une mue assumée, réussie même, mais qui laisse le regret de voir s'évanouir une alchimie aussi rare que précieuse, dont le départ de Kristian Grimaldi marque sans doute la fin.
A écouter : "Once The Silence Takes Your Place" ; "Of Radiance And Levitation" ; "By This Time Tomorrow".





















