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Critique d'album

The Afghan Whigs


Soft Control


(21/08/2026 - Royal Cream - Alternatif - Genre : Rock)
Produit par The Afghan Whigs & Christopher Thorn

1- Jungle Roux / 2- House Of I / 3- Duvateen / 4- My Lover / 5- The Deepest Part Of The Darkest Shadow / 6- Mariah Luster / 7- Memphis, Texas / 8- 77 / 9- Loose Talk / 10- A Simulation
Note de /5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"La fureur en sourdine."
Maxime L, le 22/08/2026
( mots)

Il y a quatre ans, dans ces mêmes colonnes, nous terminions la chronique de How Do You Burn ? en nous demandant si ce neuvième album aurait un jour un successeur, tant sa gestation en pleine pandémie et les circonstances entourant sa sortie lui donnaient des airs de disque à part dans la carrière des Afghan Whigs.


Quatre ans plus tard, et surtout quarante ans après la formation du groupe à Cincinnati, revoilà donc Greg Dulli et ses camarades avec un dixième album sous le bras. Dix albums seulement en quatre décennies, certes entrecoupées d’une longue séparation, mais avec une particularité assez remarquable : il est toujours aussi compliqué de trouver un véritable mauvais disque dans leur discographie.


Et Soft Control ne viendra certainement pas changer la donne.


Soyons clairs tout de suite : ce n’est probablement pas le meilleur album des Afghan Whigs. Il ne possède ni la noirceur vénéneuse de Gentlemen, ni la flamboyance de Black Love, ni même, à mon sens, l’évidence immédiate de How Do You Burn ?. Mais à ce stade d’une carrière longue de quatre décennies, réussir à sortir un disque qui fait aussi dignement honneur à sa discographie relève déjà de la sacrée performance.


D’autant que Soft Control est de ces albums qui ne se livrent pas forcément dès la première écoute. Il faut lui laisser un peu de temps, apprivoiser son rythme moins frontal, laisser ses arrangements et ses ambiances s’installer pour finalement en saisir toutes les nuances. Un disque qui se révèle davantage qu’il ne s’impose.


Et puis son titre nous avait prévenus : Soft Control.


Car là où son prédécesseur attaquait bille en tête avec les grosses guitares de “I’ll Make You See God”, ce nouvel album se montre nettement moins direct. Les guitares n’ont évidemment pas disparu, mais elles occupent moins l’espace et laissent davantage respirer le piano, les cordes, les cuivres, les chœurs et les superbes arrangements.


Le tout donne parfois à l’album des allures de bande originale douce-amère, nocturne sans être trop caricaturale.


Une évolution qui sied plutôt bien à Greg Dulli.


La soixantaine passée, le garçon n’a évidemment plus tout à fait la voix de celui qui éructait “Debonair” au début des années 90, mais cette usure lui va finalement à merveille. Plus râpeuse, parfois plus fragile, sa voix possède aujourd’hui quelque chose de presque narratif, Dulli ne cherchant plus nécessairement à nous sauter à la gorge.


“Jungle Roux” pose immédiatement les bases, avec son groove chaloupé et ses chœurs soul, avant que “House Of I” ne rappelle que le groupe sait toujours sortir les crocs lorsque cela est nécessaire. “Duvateen”, plus délicat, confirme surtout le soin tout particulier apporté aux arrangements sur l’ensemble du disque.


Mais c’est avec “My Lover” que surgit forcément un fantôme.


Celui de Mark Lanegan.


Difficile en effet, à l’écoute de ce morceau poussiéreux, sombre et poisseux juste ce qu’il faut, de ne pas imaginer ce qu’aurait pu donner un duo entre Greg Dulli et son vieux complice. On entend presque la voix caverneuse de Lanegan venir répondre à celle de Dulli. Et quand on connaît l’histoire qui unissait les deux hommes*, notamment au sein des Gutter Twins, l’idée devient rapidement obsédante.


Il aurait été parfait sur ce morceau.


Et ce simple constat suffit à donner à “My Lover” une couleur légèrement différente.


Puis arrive “The Deepest Part Of The Darkest Shadow”, probablement l’un des sommets de l’album. Un morceau nocturne, élégant, superbement arrangé, sur lequel une trompette en sourdine vient se glisser derrière la voix de Dulli. Quelques notes seulement suffisent à faire basculer le morceau dans une ambiance de film noir, quelque part entre un club enfumé de La Nouvelle-Orléans et une rue humide à trois heures du matin.


Cette impression de bande originale douce-amère évoquée plus haut prend alors tout son sens. On touche alors à ce qui constitue probablement l’une des principales réussites de Soft Control : ses arrangements.


Parce qu’en laissant moins de place aux grosses guitares, les Afghan Whigs auraient pu perdre une partie de ce qui fait leur identité. C’est presque l’inverse qui se produit. Les cordes, cuivres, claviers et chœurs viennent rappeler que le groupe n’a finalement jamais été un simple groupe de rock alternatif. Depuis toujours, la soul et le R&B circulent dans ses veines, et Soft Control leur laisse simplement davantage de place pour remonter à la surface.


“Mariah Luster” poursuit dans cette voie, tandis que “Memphis, Texas” pousse encore un peu plus loin le curseur Americana avec quelques mesures d’harmonica. “77” remet d’ailleurs un peu d’électricité dans la machine, quand “Loose Talk” s’avère l’un des morceaux aux refrains les plus immédiatement mémorisables du disque, avant que “A Simulation”, longue conclusion de plus de six minutes, ne referme l’ensemble avec une ampleur presque cinématographique.


Et c’est finalement peut-être ainsi qu’il faut considérer Soft Control. Pas comme un disque qui viendra détrôner Gentlemen, Black Lovel ou les autres sommets de leur discographie.


Mais comme un album qui demande qu’on lui accorde un peu de temps. Un de ceux qui semblent presque trop sages au premier contact, avant de dévoiler progressivement leurs détails, leurs aspérités et cette mélancolie qui finit par imprégner l’ensemble.


Et surtout comme l’album d’un groupe qui, quarante ans après sa formation, n’a absolument plus rien à prouver et qui trouve pourtant encore des choses à raconter, et surtout de nouvelles manières de le faire. Les guitares hurlent moins fort, les arrangements se font plus subtils, mais l’identité des Afghan Whigs reste très reconnaissable.


Et finalement, c’est peut-être ça, vieillir dignement pour un groupe de rock : ne pas essayer de refaire le disque que l’on enregistrait à trente ans, tout en restant parfaitement identifiable.


Soft Control n’est donc probablement pas le meilleur album des Afghan Whigs. Mais il fait sacrément honneur à leur discographie. Et après quarante ans de carrière, ce n’est pas rien.


 


À écouter : "Jungle Roux", My Lover", "The Deepest Part Of The Darkest Shadow", "Loose Talk".


 


*Dulli expliquait récemment au Guardian qu'il le considérait comme son frère et qu'il ne se passait pas un jour sans qu'il veuille lui écrire.

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