
Iron Maiden
No Prayer for the Dying
Produit par Martin Birch
1- Tailgunner / 2- Holy Smoke / 3- No Prayer for the Dying / 4- Public Enema Number One / 5- Fates Warning / 6- The Assassin / 7- Run Silent Run Deep / 8- Hooks in You / 9- Bring Your Daughter... to the Slaughter / 10- Mother Russia


Iron Maiden dans les années 80 c'est une série de 7 albums, tous majeurs dans leur discographie. Mieux, à partir de Piece of Mind, le groupe enchaîne les chefs-d’œuvre tout en repoussant à chaque fois la barre un peu plus haut en terme d'ambition. Comme si la décennie 90 venait marquer une rupture nette, de manière inexpliquée c'est la dégringolade avec No Prayer for the Dying qui est le pire album du groupe. Souhaitant prendre un virage plus hard rock, Bruce Dickinson met du grain dans sa voix, tandis que la musique semble chercher à faire la jonction improbable entre Van Halen et AC/DC. Ce ne sont clairement pas des mauvaises références, le problème réside dans le fait qu’à l’instar de ces derniers, Maiden est un groupe majeur de l’histoire du Metal qui a développé une identité unique et qui a influencé une myriade d’autres groupes, on n’attend donc pas d’eux qu'ils cherchent à imiter les autres pointures. Le pire c’est que Maiden n’a même pas l’excuse de l’explosion du Grunge (qui surviendra un an plus tard) pour remettre en question son Heavy Metal ambitieux, flirtant de plus en plus avec le Prog. Il n’y a qu’à voir, entre septembre et octobre 1990 sont sortis Painkiller de Judas Priest, Rust in Peace de Megadeth et Seasons in the Abyss de Slayer, il ne fait donc aucun doute que le monde du metal se portait encore à merveille ! La pochette est à l’image de la musique, sans fioritures et un peu cliché, là où les précédentes développaient un univers toujours plus fouillé et esthétique. Pour l’anecdote, sachez que le fossoyeur a disparu de la pochette à partir des rééditions de 1998 à la demande de leur manager Rod Smallwood, ce dernier lui ressemblant un peu trop à son goût.
En homme de goût, voyant la direction prise par les autres, tandis que lui souhaitait continuer dans la veine toujours plus ambitieuse de Seventh Son of a Seventh Son, Adrian Smith quitte le navire. Son remplaçant aura été un choix évident pour Bruce Dickinson, puisque Jannick Gers était son guitariste et co-compositeur sur son premier album solo Tattooed Millionaire paru quelques mois plus tôt. Le groupe a dû d’abord croire que le changement de direction musicale était une réussite puisque No Prayer for the Dying se vend bien, atteignant une deuxième place dans les charts anglais. Le premier single "Holy Smoke" atteint la troisième place, tandis que le deuxième "Bring Your Daughter… To the Slaughter" monte jusqu’à la première place, un exploit toujours pas égalé pour un single de Maiden ! Harris avait tellement aimé ce titre, que Dickinson avait composé pour Freddie 5 : l’enfant du cauchemar et prévu de mettre sur son album solo, qu’il lui avait demandé de bien vouloir la garder pour Maiden. Si sa position dans les charts semble lui donner raison1, il s’agit en fait de la pire chanson du disque et peut-être même de la carrière du groupe ! Loin des thèmes historiques, littéraires, mythologiques et cinématographiques habituels, le texte semble décrire une relation SM2. Après une intro qui reprend peu ou prou celle de "Hell Ain’t a Bad Place to Be" d’AC/DC, la composition se construit sur deux parties extrêmement pauvres : des couplets parlés sur deux accords et des refrains Boogie Rock bateau avec une mélodie vocale particulièrement ratée (ce moment où il monte dans les aigus pour la phrase "Let Her Go" est particulièrement pénible) rendue encore plus insupportable par la répétition de certains mots ("Daughter" et "Let Her" Go notamment sont prononcés pas moins de 26 fois!). Seul le pont après le solo de guitare qui fait remonter le morceau progressivement est à sauver. Il semblerait que ce soit cette chanson qui ait donné envie à Steve Harris de composer un album complet de morceaux plus directs avec le souhait de mieux marcher aux Etats-Unis, un pays où le succès du groupe était moins grand qu’en Angleterre. "Hooks in You" ressemble à un mauvais mélange entre AC/DC et Van Halen. Dans le lot des titres les moins réussis, on peut aussi évoquer "Holy Smoke". Le riff d’intro (repris en milieu de morceau) est ridicule et les couplets se contentent d’accords en puissance joués à la blanche. Le solos de guitare se veulent plus pyrotechniques que mélodiques (l’influence Van Halen très probablement). Ajoutons encore l’étrange "Tailgunner" qui change onze fois de tonalité sans qu’on ne comprenne vraiment pourquoi, et on aura fait le tour des pires moments de cet album.
Car malgré tout ce qu’on a pu dire, No Prayer for the Dying reste tout à fait écoutable, son principal défaut étant de faire suite à une discographie aussi ambitieuse qu’immaculée. Les morceaux restants sont beaucoup plus fidèles au son et à l’univers Maiden mais souffrent de la comparaison avec les innombrables classiques bien supérieurs déjà composés. Ainsi, on retiendra finalement assez peu "Public Enema Number One", "Fates Warning" et "Run Silent, Run Deep" magré leurs belles mélodies de twin guitars et leurs refrains plutôt accrocheurs. Ce dernier, avec son ambiance orientale, souffre de la comparaison avec "Powerslave", un des meilleurs titres jamais écrit par Maiden. La problématique est la même avec "Mother Russia", la composition épique qui peut être considéré comme le temps fort de l’album : derrière une série qui a vu naitre "Phantom of the Opera", "To Tame a Land", "Rime of the Ancient Mariner", "Alexander the Great" et "Seventh Son of a Seventh Son", on ne peut que se dire qu’ils ont déjà fait beaucoup mieux ! Surtout que malgré les qualités de ce morceau, on ne peut s’empêcher de penser que leur manière d’évoquer musicalement la Russie sur les refrains est un peu grotesque. Reste deux chansons qui tentent des choses plutôt intéressantes, mais qui seront mieux réussies sur l’album suivant. "The Assassin" arrive à poser une ambiance flippante qui marche particulièrement bien avec le texte qui parle d’un tueur à gage qui frissonne à l’idée d’une chasse à l’homme. Enfin, le titre éponyme aurait pu être une magnifique power ballade. Les mélodies de guitare et de chant sont superbes. L’idée d’un accélération dans sa deuxième moitié aurait pu en faire un épique à la "Fade to Black" de Metallica, malheureusement cette deuxième partie est complètement ratée rendant la composition bancale.
1En vérité le titre a été involontairement aidé en étant censuré par la BBC ce qui est, l’histoire l’a montré à plusieurs reprises, le meilleur moyen d’avoir de la pub gratuite !
2Bien que Bruce Dickinson ait dit en interview qu’il parle des adolescentes qui ont peur d’avoir leur premières règles, et que selon lui ce serait également métaphoriquement le sujet des Freddie, on n’y croit pas une seconde.



















