
Spell
Wretched Heart
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Alors que dans les années 2020, l’esthétique gothique connaît un retour en grâce inespéré, notamment au sein de la scène Metal, il est toujours heureux d’avoir des nouvelles des pionniers de ce revival dont font partie les Canadiens de Spell. Le groupe avait quitté les plates-bandes du seul Heavy traditionnel pour teinter sa musique d’ambiances sombres et de synthés désuets sur le magnifique Opulent Decay (2020) pour approfondir cette direction esthétique dans une dimension plus pop et synthétique sur l’imparable Tragic Magic (2022). L’intelligence du combo est d’évoluer sans brusquer, si bien que l’auditeur se retrouve comme un crabe au fond d’une marmite : il est séduit, cuit à point, par accoutumance plutôt que par une ébullition violente.
Ainsi, en guise transition entre deux albums, "Dark Inertia" réaffirme la touche des deux précédents opus, qui est également conservée sur "Exquisite Corpse", sur le très rigoureux "Oubliette" ou sur "Savage Scourge", où le chant grave accroît le thème gothique magnifié par des mélodies de guitare toujours aussi somptueusement subtiles. Dans cette veine, c’est encore le midtempo "Wretched Heart" qui illustre au mieux (et à son sommet) l’inspiration de Spell, à la fois ésotérique et Heavy, jusqu’à la surprise finale venue des effets de voix robotiques proches de Daft Punk. Guitares tranchantes et mélodiques, basse ronde mais agressive bien mise en avant, chant pop-ésotérique flegmatique, synthés 80s, solos mélodiques : la recette est maîtrisée, déclinée, émulsifiée.
Alors qu’il s’applique à rassurer son public, Spell propose de pousser un peu plus loin son approche gothique, avoisinant parfois Ghost : sans renoncer à sa rage saturée, il se s’apprête de mélodies et de sonorités qui semblent usinées dans les 80s. Le résultat prend la forme du coup de maître "Lilac", aux chorus aventureux rythmés par un riff entraînant, ou de l’équilibre parfait obtenu sur le lourd "Unquiet Graves". Spell accentue encore cette esthétique sur les pré-refrains de "Take My Life" qui frisent l’eurodance metallique – l’audace mériterait d'aboutir à un succès d'estime. De même, la vampirisant "Iron Teeth" convoque Judas Priest (un des riffs évoque "Electric Eye") pour le parer de synthés et de lignes de chants gothiques plus kitsch encore que chez Creeper.
D’aucuns diront que Spell est comme une expérience de pensée incarnée : que ce serait-il passé si, dans les années 1980, Judas Priest avait choisi d’emprunter la voie du Heavy gothique plutôt que de se saisir de quelques traits esthétiques issus du Metal US ? On n’aurait peut-être jamais connu Screaming for Vengeance (1982) et Defenders of the Faith (1984), mais on aurait gagné des albums cultes du niveau de Tragic Magic ou Wretched Heart…
À écouter : "Lilac", "Take My Life", "Wretched Heart"


















