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Critique d'album

Julien Baker


Little Oblivions


(26/02/2021 - Matador - Folk douce et nostalgique - Genre : Chanson / Folk)
Produit par Julien Baker

1- Hardline / 2- Heatwave / 3- Faith Healer / 4- Relative Fiction / 5- Crying Wolk / 6- Bloodshot / 7- Ringside / 8- Favor / 9- Song in E / 10- Repeat / 11- Highlight Reel / 12- Ziptie
Note de 4/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Julien Baker électrise sa prose baudelairienne, pour notre plus grand plaisir ! "
Diego, le 11/03/2021
( mots)

Julien Rose Baker est une jeune femme croyante, tatouée, gaie, ancienne alcoolique qui joue du rock. Sur le papier, elle constitue à elle-seule une version crédible de l’antéchrist pour Christine Boutin. Bien que cette qualité soit appréciable, c’est bien pour son talent et ses compositions que nous allons vous en parler ici.

Après deux albums réussis, la compositrice, multi instrumentiste originaire du Tennessee est donc de retour avec Little Oblivions. Suite à la sortie de son deuxième opus, Turn Out The Lights, en 2017, Baker a notamment fait parler d’elle en tant qu’un tiers du supergroupe boygenius, accompagnée de ses comparses songwriters indie emo pop rock Lucy Dacus et Phoebe Bridgers.
C’est d’ailleurs cette expérience qui a, indirectement, servi d’inspiration pour la composition de la plupart des titres de ce nouvel album. Ancienne addict à l’alcool, la miss Baker a passé la tournée de 2018 de son groupe à se biturer et est ainsi tombée plus bas que jamais.

Sa propension à mettre à nue ses failles fait de Julien Baker une compositrice bouleversante. Ironiquement, c’est avec une sobriété retrouvée que l’artiste propose une série de confessions sans inhibition, en commençant par le titre "Hardline", qui fait référence à la ligne imaginaire entre bien et mal, que Baker a franchi, et qu’elle franchira de nouveau ("When I cross it, it’s the third time"/"Quand je la franchirai, ça sera la troisième fois").  Cette honnêteté est déconcertante, elle projette même le sentiment de malaise sur son auditoire.

L’autodestruction est un thème fort des chansons de Julien Baker, c’est également le cas sur cet album, où tour à tour, la jeune femme de 25 ans évoque le suicide ("I'll wrap Orion's belt around my neck And kick the chair out"/ "j’attacherai la ceinture d’Orion autour de mon cou et ferai tomber la chaise"), l’autodestruction sur "Ringside" ("Beat myself until I’m bloody") où le fait de passer le week-end à picoler (“I can spend the weekend on a bender”). La conscience des dommages collatéraux s’invite également sur "Favor" ("How long do I have until I've spent up everyone's goodwill?"/"Quand vais-je épuiser la bonne volonté de tous ?"), où Baker est accompagnée du reste de boygenius. Le fond est aussi violent que la forme délicate, ça n’en reste pas moins déchirant.
Justement, et la musique dans tout ça ? Car si la communauté s’accordait déjà pour trouver à Julien un talent indéniable à écrire des chansons mélancoliques guitare (ou piano) / voix, on pouvait par ailleurs lui reprocher le côté légèrement contemplatif voire répétitif de ses compositions. Ce Little Oblivions constitue en soi un véritable changement, avec l’incorporation d’une section rythmique complète sur des chansons au relief bien plus marqué. "Relative Fiction" synthétise parfaitement l’évolution musicale et surtout instrumentale de Julien Baker: l’entrée de la caisse claire à mi-parcours vient rafraîchir la recette traditionnelle de ballade guitare/voix, au demeurant très réussie. D’entrée, les synthés et la section rythmique très présents sur "Hardline" nous avaient mis sur la voie.

Certains de ces morceaux portent d’ailleurs la marque de feu Scott Hutchison, tête pensante de Frightened Rabbit, source d’admiration pour Baker (écoutez l’intro de "Favor" et de "The Modern Leper" ou les rythmes sur "Bloodshot" qui sonnent très Painting of A Panic Attack *). Julien faisait d’ailleurs partie des artistes ayant rendu hommage à Hutchison sur l’album de reprises Tiny Changes. Dans la catégorie inspirations, on trouve, en moins lumineux, un peu du "Humiliation" de The National sur l’instrumentation de la dernière piste "Ziptie".

Si des nouveautés sont pléthores sur cet effort (la fraîcheur d’un titre comme "Repeat", où la jolie inspiration R.E.M. sur "Heatwave"), on ne peut que saluer l’aisance et la fluidité avec laquelle Baker navigue entre titres plus traditionnels et minimalistes (“Crying Wolf”,”Song in E”) et les expérimentations sonores.

Comment ne pas évoquer la religion, un des sujets centraux des compositions de Baker, fervente catholique par ailleurs ? Pour autant, elle ne se prive pas d’envoyer quelques blasphèmes: "So Jesus, can you help me now? Trade me in for a briar crown"/"Jesus peux-tu m'aider maintenant ? Echange-moi contre une couronne de bruyère" sur "Ringside", ou encore la chanson "Zip tie". Elle se permet même de questionner carrément la rationalité derrière la croyance. C’est l’exercice acrobatique du réussi "Faith Healer", sur lequel Baker met en avant l’ivresse indépendante du flacon, le bien-être et la paix dissociés du cheminement, faisant référence à un "snake oil dealer", un dealer d’huile de serpent, placebo parmi les placebos.

Au rang des satisfactions, on trouve bien sûr la voix de la chanteuse. Loin d’être la plus puissante, où la plus technique elle contribue à rendre la musique de Julien Baker singulière. Les idées les plus remarquables se distinguent par leur apparente évidence et leur simplicité une fois qu’elles se présentent à nous. La voix de Julien Baker présente une caractéristique semblable: elle est suffisamment originale et chaude pour être reconnaissable, et parait par ailleurs immédiatement familière, comme une évidence…

On peut aussi mettre en lumière la capacité à aligner les aphorismes, qui est tout simplement bluffante (“Nobody deserves a second chance But I keep getting them (...)Nobody deserves a second chance But I keep giving them”/"Personne ne mérite de deuxième chance, mais je ne cesse d'en obtenir (...) Persone ne mérite de deuxième chance, mais je ne cesse d'en donner" sur "Ringside", “I can see where this is going But I can't find the brake” sur l’opener "Hardline").

Enfin, on peut reprocher à cette production sa relative longueur compte tenu de la versatilité des chansons proposées. Le retrait d’une ou deux pistes, dont les sympathiques mais superflus "Repeat" et "Highlight Reel", aurait sans doute contribué à faire de cet opus un des immanquables de l’année.

Cela dit, il n'en est déjà pas si loin.


 


* dernier album de Frightened Rabbit

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