
Magma
Udu Wudu
Produit par
1- Udu Wudu / 2- Weidorje / 3- Troller Tanz / 4- Soleil D'ork / 5- Zombies / 6- De Futura / 7- Emehnteht-Re (Extrait n' Deux)


Si pour comprendre Magma, il n’est pas nécessaire de maîtriser le kobaïen, pour comprendre Üdü Wüdü, il faut saisir les enjeux de son processus de gestation.
En 1975, Magma trône au sommet de la vague progressive française. Après l’excellent Mekanïk Destruktïw Kommandöh, Köhntarkösz avait encore approfondi l’esthétique unique du groupe, et le live à l’Olympia attestait de ses qualités hors du commun sur scène. Pourtant, cette dernière production ne connut pas le succès escompté et le bassiste Jannick Top décide de quitter le combo au grand désarroi de Christian Vander qui finit tout de même par le convaincre de regagner la maison mère. Cependant, ce retour se fait au prix d’une abdication volontaire de l’omnipotence de Vander au profit d’un partage d’influence sur la musique du groupe.
Ainsi, Üdü Wüdü apparaît comme un disque bicéphale. Les deux compositeurs se répartissent les deux faces sans sacrifier la cohérence de l’album qui, pour autant, se distingue de ses prédécesseurs. La variété des développements et des registres employés favorisent l’effet de surprise plutôt que les longues progressions monolithiques zeulhiennes habituelles : Üdü Wüdü est résolument plus rock, plus mélodique et donc plus accessible – toute chose égale par ailleurs, il s’agit toujours de Magma. La définition de la Zeuhl s’en retrouve complexifiée, avec des claviers plus électroniques, un chant moins omniprésent au profit des autres instruments et notamment de la basse.
Le contraste avec Köhntarkösz apparaît vite évident, à l’exception peut-être de "Zombies" qui se rapproche du style originel de Magma par ses couleurs jazzy et ses jeux rythmiques époustouflants. C’est notamment le cas sur la première face : "Üdü Wüdü" et "Weidorje" renoncent à l’obscurité qui imprégnait les albums précédents au profit d’éclaircies musicales. Les sonorités électroniques de "Troller Tanz" surprennent dans leur mise en scène cinématographique d’une thématique fantasy. La référence aux mystiques africaines et caribéennes (Hoodoo Voodoo) s’incarne dans la basse funky de "Soleil d’Ork" qui sublime une composition très zeuhlienne par son chant et sa répétitivité (digne d’une cérémonie vaudou), décorée de jeux de claviers proches du Krautrock. Sur cette pièce, le travail de Jannick Top est déjà remarquable, mais il dévoile véritablement toute son inventivité sur la deuxième face.
En effet, la basse est le pivot de la longue pièce "De Futura", bourdonnant sans répit pour renforcer les passages les plus saturés d’un morceau plus rock que jamais. Moins alambiqué qu’à l’habitude, "De Futura" met en avant l’harmonie des instruments, notamment la guitare et la basse qui dialoguent devant un piano répétitif et bercées par les nombreux breaks de batterie. Le titre est appelé à devenir culte par bien des aspects, de la démonstration de force de la basse au cœur du développement, à l’accroissement du tempo et du rythme porté par des synthés angoissants.
Il est clair qu’Üdü Wüdü préfigurait un bel l’avenir au groupe. Hélas, Jannick Top décide de s’en aller malgré sa prestation remarquable, quand Gauthier et Paganotti forment un nouveau satellite de Kobaïa, Weidorje. Reste un héritage d’Üdü Wüdü : la volonté de rendre abordable la musique de Magma qu’on retrouvera sur son successeur, Attahk.
À écouter : "De Futura", "Troller Tanz", "Soleil d’Ork"


















