
Color Snake
Plan B
Produit par Charles de Schutter
1- Prélude / 2- Nana / 3- Spleen / 4- Ce soir / 5- Plan B / 6- Paris Sans Moi / 7- Ne partez pas


"On joue pour les gens. On est là pour les faire kiffer". Tels sont les propos sortis de cave (ou de bar) de Baptiste et Jules, les membres fondateurs du groupe Color Snake. Ils se connaissent depuis le primaire, ont trouvé leur nom aléatoirement, leur famille les ont introduits au rock classique: l’histoire est à priori banale. Oui, le plan aurait pu être simple (comme la formation québécoise du même nom) mais Color Snake a choisi de vivre son quotidien d’après un plan B, en accord avec le titre de son premier EP. Les Calaisiens sont par ailleurs aujourd’hui bien connus de leur ville et des alentours puisqu’ils se produisent depuis 2021 en tant que groupe de reprises à TOUS types d’occasions (évènements privés, fêtes de la musique, sorties de clubs de marche aussi). Un goût pour le défi qui leur a permis d’acquérir une connivence évidente et un investissement musical à toutes épreuves.
L’identité visuelle est léchée (The Hives mais en bleu marine), les egos mis de côté. Courageux, gros bosseurs et avec un réel esprit collectif en étendard, les templiers du rock n’écumeront pas moins d'une trentaine de dates cet été, et pas que près de la mer du nord. Mais les compositions dans le quatuor (ils sont trois sur la pochette mais il y a bien un bassiste) n’ont jamais été optionnelles, au contraire. Le plan B, de secours, était de d’abord divertir et fidéliser impeccablement les foules pour ensuite oser se lancer dans des titres plus personnels. L’objectif reste cependant le même: fournir au public une énergie immédiate.
La présence scénique porte le propos et transparait même sans l’image. Ça n’est pas le big band de Buddy Rich mais bien le it band (pas loin) de Blériot Beach qui percute les toms graves pour introduire "Prélude." "Encore des histoires de garçons/ encore des histoires à la con", le titre lancé comme une fusée va droit au but: on parlera ici de bluette juvénile sur fond de faux détachement chic. Le pont/break est lui plus prolo et mordant, et au final très Arctic Monkeys à l'époque où ils tapaient vite et fort. Color Snake veut plaire, est résolument tourné vers son audience mais aussi à l’écoute des ses aspirations et références, au large spectre puisqu’elles s’étendent des années soixante jusqu’à celles de 2010.
Selon une hypothèse jamais vérifiée on serait plus facilement touchés par la musique sortie autour de nos premières années de vie, et il est évident que les Color Snake ont infusé dans les groupes de l’indie sleaze, ce phénomène en réérmergence. Pour faire danser les filles la tendance BB Brunes est donc un bon plan (confirmé sur "Nana", "Ne Partez Pas"), et pour les plans plus foireux on peut toujours penser à Doherty et ses Libertines (le riff de "Spleen" avec l’audace de la cloche qui nous ramène au "Modern Way" des Kaiser Chiefs). Et tout ça en français, on pourrait l’oublier tant les paroles sont choisies en bonne partie pour leurs sonorités mélodiques. Comme a pu le faire un certain Matthieu du clan Chedid.
On trouvera aussi des faux plans jamais plan-plan avec un titre plus slow ("Ce Soir") et le regret de se sentir rejeté par la capitale avec le single bien choisi "Paris sans Moi". Mais il est intéressant de sentir l’essence du groupe sur "Plan B" qui synthétise l’élan du groupe à savoir un storytelling sur des histoires d’amours désoeuvrés, mis en suspens le temps d’un refrain frondeur. Si les compositions et leur instrumentation pourront s’épaissir avec le temps, elles sont déjà cohérentes et ont une assise solide notamment grâce à la supervision de l’ingénieur du son Charles De Schutter (Kyo, Superbus, Pleymo).
Le parcours d’un groupe jeune investi est toujours intéressant à suivre et les Calaisiens n’ont jamais été aussi prêts à conquérir Paris et le reste de la France."La piste est ouverte à ceux qui dansent, ceux" est un rappel qu’il faut d’abord oser pour espérer réussir. Color Snake navigue ainsi d’un plan B vers un plan A. Voilà un groupe qui se veut garage sans emprunter cette voie (de garage) tout en vivant sa trajectoire sous la forme d’un medley pas ringard, entre des covers qui retrouvent leurs lettres de noblesse et des morceaux à l’euphorie bien troussée. Fêtons les vingts ans du rock du début des années 2000 et supportons nos local bands.
L'interview de Color Snake est disponible sur Do Not Disc Us
















