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Critique d'album

Kiss


Hot in the Shade


(17/10/1989 - Mercury - - Genre : Hard / Métal)
Produit par

1- Rise To It / 2- Betrayed / 3- Hide Your Heart / 4- Prisoner Of Love / 5- Read My Body / 6- Love's A Slap In The Face / 7- Forever / 8- Silver Spoon / 9- Cadillac Dreams / 10- King Of Hearts / 11- The Street Giveth And The Street Taketh Away / 12- You Love Me To Hate You / 13- Somewhere Between Heaven And Hell / 14- Little Caesar / 15- Boomerang
Note de 3/5
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Note de 2.0/5 pour cet album
"Je me réfugie dans une honnête médiocrité."
Daniel, le 06/07/2026
( mots)

Soap Opera 

Paul : J’ai lu un article dans un magazine, ce matin. Encore un gars qui pense que Kiss ne va pas durer. Il dit que notre groupe est juste une blague...
Gene : J’ai pas envie d’écouter des types comme ça ! Kiss durera tant qu’on le voudra. On sait ce qu’on fait, non ?
Paul : On devrait peut-être virer nos maquillages ? Ca ne ferait aucune différence !
Gene : T’es cinglé ou quoi ? Enlever nos maquillages ? Ce serait trop crétin !
Paul : Gene, on peut le faire ! Quand on a commencé, on voulait juste être un groupe et jouer du rock. On pourrait en revenir à ça, retourner dans des clubs, se marrer...
Gene : Sans maquillage ? Je pense que t’es con !
Paul : Je te dis qu’on peut le faire. On peut tout faire !
Gene : Moi, je te dis que t’es vraiment con !

Même s’il fait l’objet d’une mise en scène "dramaturgique", ce dialogue est absolument authentique et documenté. Mais j’y reviendrai plus tard…

Compilations

Pour occuper le terrain commercial et collecter quelques devises, Mercury Records publie deux compilations en 1988 : Chikara (25 mai 1988) pour le seul marché japonais et Smashes, Trashes And Hits (15 novembre 1988) pour le marché mondial hors USA. 

Pour l’anecdote, Smashes... contient deux vilains originaux de Paul Stanley ("Let’s Put The X In Sex" et "(You Make Me) Rock Hard") de même qu’une version apocryphe de "Beth" chantée par Eric Carr, toujours en recherche de légitimité. 

Les deux albums sont extrêmement anecdotiques et l’artwork de Smashes... est particulièrement désastreux.

Trou

L’épisode précédent (Crazy Nights – 1987), nous avait appris que Kiss était au fond du trou.

Et le groupe va s‘offrir une pelle pour fouir encore un peu plus profond. 

Sous son artwork infâme, qui aurait pu contenir une compilation cheap du style Disco Summer Hits ‘89, Hot In The Shade dépasse la notion même de faute de goût.

Conscients que leur navire traverse un infernal pot au noir, Paul Stanley et Gene Simmons décident de réduire la voilure en se passant de producteur et en utilisant un maximum de démos sur lesquelles ils vont simplement greffer quelques enluminures en studio.

Le torchon brûle entre les deux hommes et, au-delà de la simple indigence technique, leurs dissensions vont donner des allures de patchwork plutôt pathétique à ce nouvel opus. Le discret Bruce Kullick est désormais proche de Paul Stanley. Pour sa part Gene Simmons regrette Vinnie Vincent (1) dont les frasques pimentaient le quotidien des tournées. 

Alors, puisque Starchild a "son" guitariste, Demon débarque avec le sien aussi : il a repéré Tommy Thayer en produisant Black ‘n Blue.

Il se crée deux clans et les principales victimes du combat des chefs à venir seront la patience et les tympans des malheureux soldats de la Kiss Army. 

Deuce

C’est un climat tendu que chaque "équipe" va concevoir et enregistrer des titres de son côté pour créer une collection de machins dépourvus de cohésion. Mal produit et d’une longueur insupportable (2), l’album ne contient aucune composition réellement  mémorable, si l’on excepte la plage introductive "Rise To It" et la fort mielleuse power ballad "Forever" (sur laquelle la basse est tenue par Bruce Kullick) qui deviendra un hit single.

Ceci dit, même si cinq ou six titres auraient pu honnêtement figurer en face B d’un single enregistré par un groupe de seconde zone à la fin des eighties, le sentiment général relève de l’ennui profond. Il manque une étincelle, une once d’imagination, une astuce de production ou un peu de brillance qui soit de nature à capter (ou capturer) l’attention (3). 

L’on ne peut par conséquent que s’en tenir à deux ou trois anecdotes qui relèvent plus du gai savoir que de la chronique musicale. 

A titre d’exemple, le très quelconque "Little Caesar" (le surnom dont Simmons a affublé Carr) est chanté par le batteur, ce qui en fait le premier titre interprété par quelqu’un d’autre que Stanley et Simmons depuis 1981. 

Pour sa part "Forever" sera le titre le mieux classé dans les charts (8ème aux USA) de toute la période "démasquée". 

Finalement, les deux faits les plus marquants sont de nature médicale. Kiss profite de la sortie de l’album pour mener campagne en faveur du préservatif ("Le SIDA n’est pas une fête"). 

Et, à l’insu de tous, un infâme petit crabe s’est installé dans le cœur d’Eric Carr. Comme le cancer du myocarde est une pathologie rarissime, plusieurs mois s’écouleront avant qu’un diagnostic sérieux ne soit posé. Quand il enregistre "Little Caesar", The Fox ne sait pas que ce sera la dernière fois que l’on entendra sa voix résonner dans un studio d’enregistrement. Les quelques vidéos qui seront ultérieurement tournées dans sa chambre d’hôpital sont littéralement pathétiques...

Soap Opera (suite)

Le dialogue intégralement reproduit au début de la chronique figure en prélude au clip MTV de "Rise To It". L’histoire est supposée se dérouler en 1975 et l’on retrouve à l’image Starchild et Demon backstage. Les deux acolytes sont en train de se maquiller pour le show du soir. Deux figurants, à peine entraperçus, interprètent les rôles silencieux de Peter Criss et de Ace Frehley. 

Le script a été écrit pour se moquer a contrario des critiques qui, en 1989, se montraient encore nostalgiques des masques. Mais l’histoire révélera que Demon avait mille fois raison et que c’est Starchild qui s’était fourré le doigt dans son œil étoilé.

En se démaquillant, Kiss s’est suicidé commercialement. Et le groupe n’a pas choisi une méthode rapide. Album après album, la lente agonie se poursuit inéluctablement tandis que les courageux soldats de la Kiss Army désertent les uns après les autres...

Dernier avertissement...

Hot In The Shade sera le premier album de Kiss à ne pas obtenir un disque de platine depuis Creatures Of The Night (1982). 

Paradoxalement, la terrible maladie de Eric Carr va – enfin - resserrer les rangs et mettre un terme à une décennie d’épouvantable disette artistique…

Mais ça, garçons (et filles - 4), c’est une autre histoire !

Sélection

Les petits rockers pressés écouteront prioritairement "Rise To It" puis "Forever". Ils se brosseront ensuite consciencieusement les oreilles avec un dentifrice puissant pour éliminer les traces de sucre et de miel. Bien rincer.

(1) Les amateurs d’intrigues auront deviné que le gugusse ne va pas tarder à faire son retour…

(2) Avec près de 59 minutes au compteur pour quinze titres, c’est l’album le plus (interminablement) long de la discographie de Kiss.

(3) Depuis 1989, je laisse tourner ce disque de temps à autre sur ma platine. Il ne s’est jamais rien passé. Je ne reconnais aucun titre ou presque. Je crois que je me ferais flinguer à tous les coups dans un blind-test.

(4) Je passe à une version contemporaine et plus inclusive de ma citation de Oncle Paul.


Cette 162ème chronique pour AlbumRock a été rédigée entre deux matches de la Coupe du Monde de football.

Je remercie les adorables lecteurs et lectrices qui corrigent mes textes, la femme qui partage ma vie et ma brave Gupette qui mordille avec obstination son jouet préféré, l’os qui fait Pouêt (et toujours à contretemps).


 

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