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Critique d'album

Parquet Courts


Wide Awake!


(18/05/2018 - - Indie rock - Genre : Rock)
Produit par

1- Total Football / 2- Violence / 3- Before the Water Gets Too High / 4- Mardi Gras Beads / 5- Almost Had To Start A Fight/In And Out of Patience / 6- Freebird II / 7- Normalization / 8- Back to Earth / 9- Wide Awake / 10- NYC Observation / 11- Extinction / 12- Death Will Bring Change / 13- Tenderness
Note de 4/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Parquet Courts, fournisseur officiel d'électricité chez les fans de rock: une onde de choc punk et nerveuse."
Raphaëlle, le 06/07/2018
( mots)

Il n'aura pas échappé aux lecteurs assidus d'Albumrock que la rédaction fait un peu grise mine en cette année 2018. Les groupes de rock ayant émergé au tournant des années 2000 n'en finissent plus de décevoir (Franz Ferdinand ronronne, Arctic Monkeys s'endort, Alt-J se perd) et on laissera pudiquement de côté les accidents industriels des poids lourds (Ride ayant raté son come-back et le dernier U2 étant tout simplement inécoutable). Alors certes, tout n'est pas à jeter dans cette fin de décennie 2010 : il y a eu la claque Shame en début d'année, Wolf Alice continue d'aligner des albums pertinents et évidemment Beach House sont toujours les bons élèves jamais pris en défaut. Néanmoins, à mi-parcours, force est de constater que 2018 ne s'annonce pas comme un cru exceptionnel.

Il n'aura pas non plus échappé aux lecteurs décidément bien réveillés d'Albumrock qu'il est terriblement tendance de se liguer contre le président Trump. Le monde américain de la culture, au sens le plus large possible, prend fait et cause contre Trump. Entre un De Niro en roue libre aux Grammy Awards, se contentant d'un efficace "Fuck Trump" et les tentatives engagées comme le dernier Thirty Seconds To Mars, le président Trump a le mérite d'administrer des électrochocs aux artistes américains, à défaut de les inspirer véritablement. Quand on s'attaque à président auréolé de sa légitimité démocratique, la moindre des choses est encore de le faire correctement. Si la musique ne suit pas, ça ne sert à rien de s'inventer une conscience à la Lennon, cela ne fait que le décrédibiliser.

C'est là qu'entre en scène Parquet Courts, groupe de rock indie New yorkais, cinq albums et huit ans d'existence au compteur. Le groupe clame en interview que ce disque est leur brûlot engagé à eux, s'inscrivant dans la lignée pré-citée. Cela pourrait donner un album tout en lourdeur mais heureusement, le quatuor a de l'esprit. Il propose un album qui n'a de cesse de prendre l'auditeur par surprise, et avec la qualité de la musique vient progressivement l'attention au message politique. C'est un album révolté, porté par une énergie à la limite du punk tant il s'agit d'hurler contre le présent plutôt que de construire pour l'avenir.

Dès la première piste, la couleur est annoncée: une véritable décharge d'énergie qui prend par surprise, après 20 secondes d'un mid tempo trompeur. N'est-elle pas magnifique, cette ligne surprise qui donne une énergie brute à cette accélération soudaine? Simple mais efficace, il suffisait d'y penser. Le chanteur débite son texte pied au plancher et le message est plutôt clair: "Only through those who stay awake/Can an institution be dismantled" ("C'est seulement à travers la voix de ceux qui restent aux aguets/Qu'une institution peut être renversée"). Punk, vous aviez dit? Et avec ça, on se paie un "Fuck Tom Brady", joueur de quaterback américain visiblement détesté par la petite troupe. C'est comme ça, c'est cadeau. Selon la bonne vieille formule anglaise qui mêle football et rock (voir Kasabian pour une étude de cas approfondie), Parquet Courts s'est converti au football lors d'une tournée en Angleterre, s'est découvert une passion pour Manchester United et bon intello New Yorkais, a tellement réfléchi au concept que ça a donné cette première piste, "Total Football". Le message? Comme pour le football total de l'Ajax où tout le monde mouille le maillot de la même façon, la société peut fonctionner comme un seul ensemble sans pour autant absorber les individualités ("Collectivity and autonomism are not exclusive"). L'homme seul au milieu d'un groupe, le besoin de se libérer la pression sociale tout en s'associant avec ses semblables pour lutter: punk, vous avez dit?

La tension mise en scène ne se relâchera pas jusqu'au dernier morceau, "Tenderness", où la voix du chanteur rappelle les intonations chaudes et rauques d'Elvis Costello. Le propos n'est pas beaucoup plus joyeux, mais la mélodie joyeuse au piano et le beat disco donnent à la fin de l'album un semblant de légèreté (et un petit côté Elton John somme toute assez sympathique).

L'album surprend en osant s'attaquer frontalement à ce qui révolte les membres du groupe. Le second titre, "Violence", est une prise de position directe, à la fois dans ses claviers frondeurs et ses paroles qui incendient la société américaine. La même simplicité sert la géniale "Almost Had to Start a Fight/In and Out of Patience", composée littéralement de deux titres qui se fondent en un seul. Au rythme haché et répété de la première répond la rythmique binaire et pied au plancher de la seconde. "In and Out of Patience" répand en particulier un malaise diffus, avec ses chœurs qui chantent progressivement faux, et ses paroles qui crachent le malaise de la vie moderne ("Lighting up my photo/darkening my mood"). Il y a quelque chose des Hives dans l'uppercut de "NYC Observation", une minutes 22 d'un cri de révolte contre les ravages de l'addiction au K2 dans les rues de New York. Le plus frappant est la description, à la fois concise et percutante, du dilemme du passant qui détourne le regard, lui-même cherchant à oublier ses problèmes dans l'alcool.

Les respirations, bien qu'appréciables, sont un peu anxiogènes. Les notes de guitares égrenées sur "Before The Water Gets Too High" ont un rythme de balancier qui rappelle le mouvement des vagues qui montent petit à petit : réchauffement climatique ? Catastrophe de la Nouvelle Orléans ? Dans l'Amérique moderne, il y a bien peu de sujets de réconfort et comme Savage le confesse à la fin de du dernier morceau, nous avons bien besoin d'un peu de tendresse ("I Need a Little Fix of Tenderness")... En recherche de fix, comme les junkies américains victimes de l'épidémie d'addiction aux médicaments anti-douleurs, tombés dans l'héroïne une fois leurs ordonnances arrivées à expiration ? Décidément, cet album est politique jusqu'à la dernière ligne.

Il faudra enfin dire un mot sur le morceau de bravoure de cet album, le titre éponyme "Wide Awake". A la fois cri de défiance (au sens premier: "Je suis bien réveillé", c'est-à-dire "Je suis bien là, je t'ai à l’œil"), le titre fait intervenir des percussions brésiliennes qui égrènent des notes légères avant l'arrivée d'une superbe ligne de guitare tout droit héritée de G-Funk. Néanmoins le titre s'inscrit dans les préoccupations de 2018 avec la ligne "Mind so woke cause my brain never pushed the brakes". En Amérique, le terme "wokeness" fait référence à ceux qui se sentent investis d'une certaine conscience sociale et qui n'hésitent pas à en faire bénéficier leur entourage. Parquet Courts met le doigt avec ironie sur ce paradoxe : installer les questions de races, de minorité et de politique dans le débat sans accaparer une parole qui a encore du mal à émerger... Sur un rythme de funk tout droit tiré de la culture noire américaine. Des petits génies, vous dit-on.

Musicalement, le résultat est irrésistible. Bien sûr, l'album reste un peu difficile à digérer et présente un fort risque de provoquer des crises d'angoisse chez l'auditeur en cas d'écoutes répétées. Malgré tout, Quotidien, émission branchée s'il en est, ne s'est pas trompé en choisissant "Wide Awake" comme musique de générique : comment résister à ce cocktail de basse, de beats, de sifflets, de clappement de mains? Cela n'est peut-être pas étranger à la production de Brian Burton, plus connu sous son pseudonyme de Danger Mouse. L'album entier donne l'impression d'avoir été compressé, passé à la moulinette et essoré. Andrew Savage, l'un des chanteurs, prétend que c'est parce qu'ils se sont isolés dans une ferme au Texas pour le réaliser: pas de distraction, pas d'autre exutoire que le rock pour se défouler.

Qu'on se le dise : on peut encore être agréablement surpris par un album de rock en 2018. Et c'est plutôt une bonne nouvelle!

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